Moetai Brotherson : « Ce que nous avions dit que nous ferions, nous le faisons »

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Un peu plus de deux mois après son élection à la présidence du Pays, Moetai Brotherson est revenu sur les principales critiques adressées à son gouvernement par l'opposition et sur les attentes des Polynésiens, notamment en matière de pouvoir d'achat. Le président assure qu'il ne faut pas "confondre vitesse et précipitation" et se réfère au programme de campagne du Tavini, "guide de conduite" des élus bleu ciel pour tenir les engagements de campagne. Ce dimanche, à trois jours de son déplacement au Vanuatu, où il rencontrera Emmanuel Macron, il était l'invité de notre journal.

Publié le 24/07/2023 à 12:41 - Mise à jour le 24/07/2023 à 15:35

Un peu plus de deux mois après son élection à la présidence du Pays, Moetai Brotherson est revenu sur les principales critiques adressées à son gouvernement par l'opposition et sur les attentes des Polynésiens, notamment en matière de pouvoir d'achat. Le président assure qu'il ne faut pas "confondre vitesse et précipitation" et se réfère au programme de campagne du Tavini, "guide de conduite" des élus bleu ciel pour tenir les engagements de campagne. Ce dimanche, à trois jours de son déplacement au Vanuatu, où il rencontrera Emmanuel Macron, il était l'invité de notre journal.

TNTV : L’ancien gouvernement avait projeté de lancer un nouvel appel d’offre pour augmenter le parc solaire en Polynésie. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelle est la stratégie de votre gouvernement ?
Moetai Brotherson, président de la Polynésie française : « Il y a un plan de transition énergétique. Tout n’est pas à jeter dedans, il y a des éléments positifs. Nous allons les poursuivre, nous ne sommes pas dans une optique de faire table rase du passé. Quand les choses sont bien faites, on les maintient. L’objectif reste le même. On a des réflexions notamment sur le stockage de batteries utilisées, les filières de recyclage ne sont pas encore bien définies » .

TNTV : La TVA sociale sera supprimée à compter du 1er octobre. Le Pays a décidé de mettre la main à la poche jusqu’en 2024 pour compenser le manque à gagner pour la CPS. Après 2024, comment fera-t-on ?
Moetai Brotherson :
« Pendant 2024, on entame les réformes nécessaires tant au niveau de la CPS que de notre fiscalité. C’est comme cela qu’il faut procéder, il ne faut pas se précipiter. Nous avions dit que nous supprimerions la taxe sociale, ce n’est pas une TVA, il faut le rappeler. Nous le faisons à partir du 1er octobre, nous tenons notre promesse » .

TNTV : La suppression de cette taxe ne garantit pas que les prix vont baisser dans les commerces. Quel est le bénéfice de cette suppression ?
Moetai Brotherson : « Les commerçants, les grands distributeurs, notamment lors des auditions qui ont été menées par l’Assemblée Nationale, ont tous pointé du doigt cette taxe sociale comme un des facteurs d’augmentation des prix. Le Pays fait sa part en supprimant cette taxe sociale. Maintenant, nous attendons que les distributeurs, les commerçants fassent la leur » .

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TNTV : Le Haut-commissaire indique que l’État pourrait s’engager à rembourser la caisse pour les frais engagés par la CPS concernant les maladies radio-induites, à raison de plus de 8 millions de francs par personne. Selon Éric Spitz, cela concernerait 400 personnes reconnues par le CIVEN. Qu’en pensez-vous ?
Moetai Brotherson : « Il faut voir le verre à moitié plein. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller au-delà de ces sommes si l’on veut obtenir une réparation totale des préjudices. Mais il faut commencer quelque part, et c’est un bon départ » .

TNTV : L’opposition vous reproche de ne pas aller assez vite sur vos actions en faveur du pouvoir d’achat. Qu’avez-vous à leur répondre ?
Moetai Brotherson : « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Ce sont des mécanismes délicats. Si l’on reprenait les programmes des uns et des autres, il y avait un certain nombre de mesures immédiates. Certains avaient proposé de supprimer la taxe sociale dès le premier conseil des ministres. D’autres proposaient de supprimer purement et simplement la partie CAF des importations, ce qui n’est pas possible puisque c’est une réglementation internationale. Entre les promesses de campagne que l’on ne peut pas tenir et ce que nous faisons, il y a une différence. Ce que nous avions dit que nous ferions, nous le faisons » .

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TNTV : Dans le prochain collectif budgétaire, on observe que 300 millions de francs seront consacrés à financer 1500 contrats CAE, dont l’efficacité en termes d’insertion est quasi nulle. Pourquoi ces CAE, et pas de l’apprentissage ?
Moetai Brotherson : « Encore une fois, il faut remettre l’église au milieu du village. Nous avions critiqué les CAE qui étaient en grande partie attribués à des organismes qui ne pouvaient pas embaucher en fin de cycle, comme les mairies, comme un certain nombre d’administrations. Avec le nouveau cadre fixé pour les CAE, nous les dirigeons vers des TPE, et vers des organismes qui pourront embaucher en fin de cycle. C’est toute la différence. Le taux d’insertion en fin de CAE ne sera plus le même » .

TNTV : Pensez-vous que la population perçoive bien le cap de votre gouvernement, ou faut-il attendre le fameux rendez-vous des 100 jours ?
Moetai Brotherson : « Les gens que je rencontre tous les jours me disent qu’ils perçoivent ce changement et qu’ils en sont satisfaits. La stratégie va se dessiner progressivement, j’engage tout le monde à relire le programme du Tavini huiraatira » .

TNTV : En interne, votre cap correspond-il aux aspirations du parti ?
Moetai Brotherson :
« C’était notre programme électoral, on a tous fait campagne dessus. C’est notre guide de conduite. Il y a toujours des tensions dans une famille, qui ne sont pas forcément un signe de divergence politique. Elles sont le signe que c’est une majorité qui est jeune. Sur 38 représentants, nous en avons 35 dont c’est la première expérience à l’Assemblée de la Polynésie Française (APF). Forcément, ils prennent leurs marques et essaient de pousser les lignes, de voir jusqu’où ils peuvent aller. C’est le rôle des anciens de leur rappeler les règles et le bon fonctionnement du groupe » .

TNTV : Les tensions persistent ?
Moetai Brotherson : « Il y en a, mais on s’explique et les choses rentrent dans l’ordre » .

TNTV : Le président Emmanuel Macron sera en Nouvelle-Calédonie ce lundi. Il s’exprimera certainement sur la stratégie indopacifique de la France. Selon vous, quel est le rôle de la Polynésie ?
Moetai Brotherson : « Depuis qu’elle a été énoncée lors du discours de New Delhi en 2018 par le président Macron, sachant qu’elle a été élaborée du temps du président François Hollande, très peu de gens arrivent à dire ce qu’il y a dans cette stratégie indopacifique. Que ce soit en termes de culture, d’économie… Aujourd’hui, la seule déclinaison palpable, c’est ce qui a été annoncé au plan militaire, à savoir la remilitarisation du Pacifique qui a été annoncée par Sébastien Lecornu, ministre des Armées. Nous disons que c’est insuffisant et que cela nous rappelle la raison d’État qui a prévalu à l’installation du CEP chez nous, mais nous ne voulons plus de cela. Nous ne sommes pas contre la stratégie indopacifique, c’est une stratégie équilibrée, de non prise de position entre les deux grands blocs. En revanche, nous voulons être intégrés dès le début de la réflexion. Nous ne voulons pas subir en fin de chaîne » .

TNTV : Vous allez participer aux célébrations de l’indépendance du Vanuatu le 30 juillet. Une rencontre est prévue sur place entre vous et Emmanuel Macron. Comptez-vous lui demander si l’État se rendra à l’ONU en octobre prochain pour qu’un dialogue s’ouvre sur l’ouverture du processus vers l’indépendance de la Polynésie ?
Moetai Brotherson : « Je n’ai pas besoin de lui poser cette question. La France est représentée aux Nations Unies de manière permanente, il y a un représentant qui est là à toutes les réunions. J’ai demandé à Emmanuel Macron, lors de notre dernière rencontre, que ce dialogue puisse démarrer. Je ne pense pas avoir besoin de lui redemander cela. C’est un homme intelligent, je pense qu’il a bien gardé en souvenir notre précédente discussion » .

TNTV : La France va-t-elle être considérée comme une alliée ?
Moetai Brotherson :
« C’est la stratégie de la France, on ne nous a pas demandé notre avis pour l’instant, mais il va falloir qu’on nous le demande » .

TNTV : Y aura-t-il d’autres sujets qu’il évoquera avec vous ?
Moetai Brotherson : « Je ne peux pas préjuger de ces sujets. Je pars avec un certain nombre de thèmes, notamment l’ensemble des conventions qui seront à renouveler, et d’autres qui seront peut-être à mettre sur pied. Si on veut tripler nos objectifs de pêche, il va falloir qu’un partenariat avec l’État se mette en place. Nous n’avons ni la capacité en local de construire des bateaux en nombre suffisant, ni la capacité de former les équipages et les personnels qui vont avec en nombre suffisant » .

TNTV : Un mot sur Philippe Vigier, nommé ministre délégué chargé des Outre-mer?
Moetai Brotherson : « C’est un député que je connais bien, on a travaillé ensemble au sein de la délégation des Outre-mer lors du mandat précédent. C’est un bosseur, fin politique puisqu’il est élu depuis très longtemps, Ce n’est pas quelqu’un qui a un parcours administratif, c’est un politique. On va avoir un style différent de celui du précédent (Jean-François Carenco – ndlr). Il ne connaît pas réellement les Outre-mer, il n’y a jamais exercé. On peut le voir comme un inconvénient, mais il doit avoir un regard neuf et non biaisé sur les Outre-mers, espérons-le » .

TNTV : Le CESEC sera-t-il opérationnel à l’ouverture de la session budgétaire en septembre ?
Moetai Brotherson : « La loi de Pays qui vient réformer sa constitution et sa composition a été adoptée à l’unanimité. C’est un bon signe. Les lois sont les lois, les organisations humaines seront toujours susceptibles de créer des perturbations, on l’a vu avec la CCISM récemment » .

TNTV : Antony Géros a déclaré sur notre plateau qu’il fallait rendre le PACS applicable en Polynésie. Cette volonté est-elle partagée par votre gouvernement ?
Moetai Brotherson : « C’est dans notre programme. Nous l’avons dit et écrit, nous respectons toutes les libertés. La première fois que le drapeau LGBTQ a été hissé sur les mâts de la présidence et de la vice-présidence, c’était sous ce gouvernement » .

TNTV : Pour quand est-ce prévu ?
Moetai Brotherson : « C’est le calendrier de l’assemblée qui nous le dira » .

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