dimanche 26 juin 2022
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Le gardian, gardien de la République dans les îles isolées

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L’avion de la flottille 25F a largué lundi 2 796 bulletins de vote et 796 professions de foi près de quatre îles, parcourant plus de 4 100 km en huit heures.

Publié le 14/06/2022 à 19:17 - Mise à jour le 15/06/2022 à 9:43
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L’avion de la flottille 25F a largué lundi 2 796 bulletins de vote et 796 professions de foi près de quatre îles, parcourant plus de 4 100 km en huit heures.


« Container de Rapa en place. Ouverture de trappe. On passe le col. 15 secondes, 10 secondes, 5 secondes. Larguez ». Il est 9h35, le Lieutenant de Vaisseau Vincent et l’équipage de son Gardian viennent de livrer un colis de bulletins électoraux dans la baie de Rapa. Ses habitants tiennent à exercer leurs droits de citoyens : au premier tour, 77% des 425 électeurs ont voté.

« Colis récupéré, on se revoit au prochain largage » plaisante le mutoi, à bord d’un poti marara. « Oui, on se revoit dans cinq ans, j’espère que ce sera encore moi » répond le pilote Julien.

Mais déjà, le Gardian est reparti vers le sud des Tuamotu. À l’arrière de l’avion, le navigateur Guillaume vérifie au côté du radariste que le pilote se dirige bien vers Tematangi. Le Premier Maître Anthony, radio sur le Gardian, contacte la mairie de l’atoll depuis son téléphone Iridium. Les agents sont prêts. Quelques minutes plus tard apparaît la constellation de motu. La trappe s’ouvre à nouveau. Un cylindre de sept kilos muni d’un petit parachute est largué dans le lagon.

Un militaire prépare le container de Tematangi, équipé d’un petit parachute pour ralentir sa descente – Photo : Mike Leyral

Le Gardian a décollé de Papeete à 7 heures : à 11 heures passées, il doit faire le plein. Ce sera à Moruroa. L’équipage n’a pas le temps de le visiter, ni même de rejoindre l’espace-vie : il ne reste qu’une heure. Attablés à 30 mètres de leur avion, les six hommes savourent leur affectation en Polynésie, après la base aéronavale de Lorient. Le survol des lagons turquoise n’est pas la seule différence : « Ici, les militaires sont très bien perçus : les Polynésiens savent que le Gardian peut leur sauver la vie, pour assurer une évacuation sanitaire ou après un naufrage » souligne le pilote Julien. Des missions bien plus délicates : « Un homme à la mer, c’est l’équivalent d’une noix de coco dans l’océan et si la mer est formée, c’est encore plus compliqué » confie le Premier Maître Anthony, qui est aussi photographe lors des missions de secours. Le Gardian emporte toujours avec lui deux canots de sauvetage. En plein vol, il peut être dérouté sur une mission jugée prioritaire.

Escale à Moruroa pour le Gardian de la flottille – Photo : Mike Leyral

Avant de repartir, le pilote inspecte l’avion avec le mécanicien et vérifie la trappe de largage. À 13 heures, le Gardian redécolle pour Reao, à l’extrême Est des Tuamotu. Comme Tematangi, cet atoll fait partie de la première circonscription polynésienne, la plus étendue des 577 circonscriptions législatives de la République française. Reao est le plus peuplé des atolls livrés ce jour-là par le Gardian. Le Maître principal Anthony fixe le plus gros container sur un treuil qui coulisse sur un rail au plafond de l’aéronef. Il pousse le cylindre de 42 kilos au-dessus de la trappe. À ses côtés, un autre militaire saisit une pince coupante. Si le container ne peut être détaché, il coupera le câble, pour que le colis n’endommage pas l’avion.

Un premier passage pour repérer les lieux, un deuxième à 90 mètres d’altitude pour larguer le matériel électoral, un troisième pour vérifier que les services municipaux l’ont bien récupéré, car ils sont dépourvus de VHF. Dressé sur son bateau, l’agent municipal adresse un hang lose au pilote : inutile de larguer le container en double, prévu pour chaque île.

Lors du largage, un militaire se penche au-dessus de la trappe, à 90m au-dessus de l’eau – Photo : Mike Leyral

Dernier largage sur Hereheretue, un atoll de 39 électeurs au Sud des Tuamotu. Le plus petit container de la mission est largué sans difficulté, mais le mécanicien ne parvient pas à refermer la trappe principale. Seule la trappe plancher, à l’intérieur, peut être fermée. Le chef de bord déclare l’aéronef « en panne-panne », une situation dégradée qui justifie une alerte, mais qui reste maîtrisée : il doit retourner à sa base, à plus d’une heure de vol. Le navigateur recalcule le plan de vol. Le gardian ne peut plus être pressurisé et ne peut donc plus voler à son altitude de croisière. « En cas d’incident majeur, Fakarava est l’aérodrome le plus proche » indique à l’équipage le Chef de bord. « On a de la chance que ce soit arrivé sur le dernier » répond le pilote. Le Gardian n’aurait pu continuer sa mission avec la trappe ouverte.

L’avion se pose sans encombre à la base de la Flottille 25F, à Tahiti, après 4 106 kilomètres au-dessus du Pacifique-Sud. La mission a duré neuf heures, dont plus de sept en vol. Sur un Gardian, l’heure est estimée à 2,5 millions de francs Pacifique. Mais le vote est un droit républicain, en métropole comme pour les Français des antipodes.

Photo : Mike Leyral

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