Edouard Fritch : « Si le gouvernement continue à hésiter, ces JO vont nous passer sous le nez »

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Le président du Tapura Huiraatira était l’invité des journaux de TNTV, mardi soir. Après plusieurs semaines en métropole pour raison de santé, Edouard Fritch a retrouvé la Polynésie, ce week-end. Nouvelle tour des juges pour les Jeux Olympiques, rassemblement des autonomistes, et propos polémiques du représentant Tavini, Mitema Tapati à l’Assemblée, il fait le tour d’horizon des sujets d’actualité. Interview.

Publié le 01/11/2023 à 9:17 - Mise à jour le 01/11/2023 à 9:26

Le président du Tapura Huiraatira était l’invité des journaux de TNTV, mardi soir. Après plusieurs semaines en métropole pour raison de santé, Edouard Fritch a retrouvé la Polynésie, ce week-end. Nouvelle tour des juges pour les Jeux Olympiques, rassemblement des autonomistes, et propos polémiques du représentant Tavini, Mitema Tapati à l’Assemblée, il fait le tour d’horizon des sujets d’actualité. Interview.

TNTV : Pour commencer, comment vous portez-vous après l’intervention chirurgicale que vous avez subie ?

Edouard Fritch : « Ça va. Je pense que beaucoup de gens ont prié pour moi et je voudrais les remercier. J’ai reçu beaucoup de soutien et d’encouragements. Cela m’a donné du moral pour me battre et essayer de revenir au plus tôt. J’ai aussi eu beaucoup de chances de tomber sur une équipe médicale à l’hôpital Cochin. Tout a contribué à ce que je revienne au plus tôt et que je me remette au travail le plus vite possible ».

TNTV : Votre problème de santé est lié au tabac. Avez-vous arrêté ?

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Edouard Fritch : « Oui. C’est un peu la leçon que je tire de tout ça. D’abord, je n’ai pas été un très bon enfant lorsque j’étais jeune. Ma mère faisait la guerre à la cigarette. J’avais 30 ans. Beaucoup d’amis, mes responsables politiques, me demandaient d’arrêter de fumer parce que ça ne peut que tuer, comme c’est écrit sur les paquets de cigarettes. C’est une leçon grave. C’est pour cela que j’ai arrêté, car je veux continuer à être là pour mes enfants, pour le travail. La deuxième chose, c’est aussi la prévention. Il faut profiter de la situation que nous avons en Polynésie pour aller voir les médecins. Il faut aller consulter et ne pas attendre le dernier moment, car la souffrance sera beaucoup plus grande. Puis la troisième chose que je retiens, c’est qu’on a la chance, en Polynésie française, d’être pris en charge par les hôpitaux de Paris. Ces évacuations sanitaires, c’est difficile, parce que 20 heures d’avion quand on est malade, ce n’est pas évident. Mais on a de la chance de bénéficier de toute la technologie de la médecine française. Je ne veux pas être vulgaire, mais les gars sont bons ».

TNTV : On vient de le voir dans un reportage précédent, la communauté de communes liant Arue, Pirae et Papeete se concrétise. C’est le début d’une coopération attendue depuis fort longtemps.

Edouard Fritch : « C’est vrai. Lorsqu’on dit ‘lors longtemps’, cela remonte à des décennies. Je travaillais pour la commune de Pirae et Gaston Flosse et Jacky Teuira, et Jean Juventin, du côté de Papeete…on avait déjà cela. C’est une obligation, aujourd’hui, pour nous, l’assainissement, le CGCT le prévoit. Et c’est une obligation vis-à-vis de nos enfants. Il faut protéger nos lagons. Cet assainissement va nous aider à protéger nos lagons. Je remercie le seigneur. On a réussi à se mettre tous les trois autour de la table. Je voudrais aussi remercier ceux qui étaient là avant : Philip Schyle, à Arue, Beatrice Vernaudon, sur Pirae. C’est un travail de longue haleine. Là, on a mis en avant mon troisième adjoint Yvonnick Raffin qui la présidera. Il sera assisté de Jacky Bryant. Il va prendre en charge une partie de la charge de cette communauté de communes avec Jules Ienfa. C’est un bébé qu’on a accouché avec beaucoup de difficultés, mais aujourd’hui, on est soulagé et heureux ».

TNTV : Sur le plan politique, vous êtes toujours dans une volonté de réunir la famille autonomiste ?

Edouard Fritch : « Plus que jamais. J’ai vu Gaston Flosse, le président du Amuitahiraa avant de partir. A Paris, on s’est vus avec Teva Rohfritsch et on s’est mis d’accord sur l’objectif. Il faut se préparer car lorsqu’on regarde la situation politique du Pays, il y a de quoi s’inquiéter un petit peu. Je ne veux pas taper sur la majorité, mais les engagements qui ont été annoncés avant la campagne électorale, on les regarde à la loupe et on n’arrive pas à voir. On a supprimé la CST, mais vous avez vu que cela va créer d’autres problèmes, parce qu’aller chercher 9 milliards…C’est facile de dire aux gens : ‘on enlève cet impôt’ mais, à côté de cela, on va aller chercher 9 milliards dans la poche de ce mêmes contribuables ».

TNTV : En créant une nouvelle taxe foncière par exemple…

Edouard Fritch : « Par exemple. On sait quelle est l’importance du foncier dans ce pays. Les gens sont attachés à leurs terrains et leurs maisons. On parle de 50 millions. Qu’est-ce que c’est que 50 millions ? C’est vite atteint. On prend de la main gauche et on rend de la main droite. Et ça n’a pas apporté ce que l’on attendait, c’est-à-dire une vraie chute des prix dans ce pays. A côté de cela, je ne sais pas si l’on va créer plus d’emplois. L’année prochaine, j’ai l’impression que la commande publique va souffrir. On va avoir des difficultés de financement. Peut-être pas en 2024, mais 2025, c’est sûr.  C’est beaucoup d’inquiétudes et beaucoup de travail pour le budget à venir ».

TNTV : Il faut être prudent…

Edouard Fritch : « Il faut être prudent et surtout vigilant. Il faut, à mon avis, se mobiliser pour essayer d’alerter ce gouvernement sur les difficultés qu’il est en train de créer pour l’avenir du pays ».

TNTV : Le gouvernement a hérité d’un projet initié par le vôtre, celui de la tour des juges de Teahupoo pour les Jeux Olympiques. L’opinion est divisée sur ce sujet. Qu’en pensez-vous ?

Edouard Fritch : « Des études ont été faites. On ne peut pas, aujourd’hui, pour les Jeux Olympiques, s’appuyer sur la tour des juges qui existe.  Donc, il a fallu en construire une nouvelle qui soit beaucoup plus aux normes, beaucoup plus importante, puisqu’on va y installer des caméras et des journalistes. On a fait des études de prospection. On a regardé sur le plan environnemental. Tout est déjà en place. J’ai un peu l’impression qu’ils sont victimes de ce qu’ils ont essayé…Ils vont jouer au pyromane. Ils ont essayé de mettre le feu à cette affaire et, aujourd’hui, ça va être compliqué. Je vous assure que si nous faisons la fine bouche, si le gouvernement continue à hésiter comme il le fait aujourd’hui, ces Jeux Olympiques vont nous passer sous le nez, et ce sont d’autres communes en France qui seront contentes de les récupérer ».

TNTV : Comprenez-vous tout de même l’inquiétude des associations ?

Edouard Fritch : « Je comprends, mais le sujet n’est pas simplement les Jeux Olympiques. Le sujet va être la place du surf et la place de Tahiti dans les compétitions internationales de demain. Parce qu’il n’y a pas que les Jeux Olympiques. Tous les ans, nous sommes une étape du Championnat du monde de la discipline. Est-ce qu’on a d’autres solutions que celles qui sont proposées aujourd’hui ? Je pense que c’est un petit peu tard, malheureusement. Il faudra faire au mieux pour que les associations soient rassurées sur ce qui va être fait ».

TNTV : Vous souhaitez être l’alternative aux indépendantistes. On sent beaucoup de tensions au sein du parti, pourtant les intéressés le réfutent. Dans les rangs de l’opposition, que ressentez-vous ?

Edouard Fritch : « Dans l’opposition que représente le Tapura Huiraatira, parce qu’en fin de compte, l’autre composante de l’opposition ne sait pas trop où elle s’inscrit, nous travaillons comme un seul homme. Vous avez vu que c’est Tepuaraurii Teriitahi qui m’a remplacé au pied levé. Je dois dire qu’elle a été superbe. C’est une femme qui fait honneur à la place du féminin dans le monde politique. J’espère qu’avec A Here Ia Porinetia, demain, on va trouver un terrain d’entente. Parce qu’il faut trouver un terrain d’entente avant que ce soit la catastrophe. Ce pays, l’actuelle majorité veut l’envoyer à l’indépendance, c’est sûr. A-t-on les moyens ? Aujourd’hui, on dit non. Donc il faut essayer de se battre pour que ce ne soit pas la voie à adopter ».

TNTV : Vous parliez de Tepuaraurii Teriitahi. Elle a répondu au représentant Tavini, Mitema Tapati lors d’une intervention, jeudi dernier à l’Assemblée, où il disait, je cite : « on le sait tous aujourd’hui, la Polynésie est devenue blanche (…) Sur les bateaux, dans les avions et dans les bureaux aussi.  Je me rappelle un copain à moi qui est parti en France (…) Il est revenu et il m’a dit : ‘tu sais, la France devient noire, c’est rempli d’Africains. Je lui ai dit : ‘oui, la France devient noire et, ici, on devient blanc ». Que pensez-vous de ces propos ?

Edouard Fritch : « C’est triste. Je suis attristé que dans mon pays on tienne des propos de ce type. C’est vrai que, des fois, on parle du farani, qui est un mot un peu péjoratif, mais pas des propos racistes comme ceux-là. La force de la Polynésie et ses valeurs sont construites sur une société qui est multiraciale, qu’on le veuille ou pas. Je m’appelle Fritch. J’ai des origines aux Australes. Pourquoi dire qu’on est train de blanchir ? Ce combat n’est pas de maintenant. Cela a commencé avec la composante chinoise de ce pays et, aujourd’hui, on finit avec les blancs, les popaa, les Français. Il ne faut pas que le politique crée, dans la société polynésienne, qui est une société extraordinaire, cette espèce de racisme qui va, demain, nous opposer les uns aux autres et qui va faire exploser notre société. Nous sommes bénis des Dieux. On s’aime tous dans ce pays. Il y a une solidarité qu’on n’a jamais vue ailleurs et on a des propos tenus par des gens comme ça qui, en plus, ont les cheveux blancs, c’est-à-dire des sages. On se battra pour qu’il n’en soit pas ainsi dans ce pays ».

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