mardi 24 novembre 2020
A VOIR

|

Sean Casey, expert de l’OMS au fenua : la Covid-19 « n’est pas du tout comme une grippe »

Publié le

Afin de mieux comprendre l’épidémie de Covid-19 en Polynésie, Sean Casey, épidémiologiste de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) était l'invité de notre journal télévisé hier :

Publié le 01/11/2020 à 10:10 - Mise à jour le 01/11/2020 à 11:42
Lecture 3 minutes

Afin de mieux comprendre l’épidémie de Covid-19 en Polynésie, Sean Casey, épidémiologiste de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) était l'invité de notre journal télévisé hier :

Tahiti Nui Télévision : Vous avez travaillé sur de nombreuses épidémies, sur tous les continents. Et vous observez l’évolution de la Covid-19 à l’international. Où se situe-t-on, en Polynésie, par rapport au reste de la planète ? 
Sean Casey, expert de l’OMS : « On voit une situation qui s’aggrave au niveau mondial, donc depuis ces derniers jours, on a atteint des chiffres qu’on n’avait jamais atteints depuis le début de l’épidémie. En Europe surtout, on voit qu’il y a beaucoup de pays qui commencent à se confiner parce qu’ils sont dans des situations graves. Ici, on a des taux d’incidence, c’est-à-dire les nouveaux cas relatifs à la population par semaine, qui sont parmi les quatre [plus élevés dans le monde]. On est au même niveau en terme de transmission que la Belgique, la République tchèque et Andorre. Et par rapport à la taille de population, on est plus à un plus haut niveau que la France. »

Lire aussi > Covid-19 : le résumé des dernières mesures applicables en Polynésie

Comment expliquez-vous une augmentation aussi brutale du nombre de cas en Polynésie ? 
« On sait que quand le virus circule, une personne qui est infectée va infecter en moyenne entre 1 et 2 personnes. Et donc c’est un croisement exponentiel si on n’arrête pas les comportements qui facilitent les transmissions. Aujourd’hui, on voit bien que les gens portent les masques, mais ils circulent toujours. On a toujours des gens qui mangent ensemble, qui sont ensemble… on a eu des fêtes… Si on ne fait pas très attention, si on ne respecte pas à 100% les mesures barrières, -c’est d’ailleurs pour ça que je porte le masque même ici- on risque de contaminer les autres ou d’être contaminé. Et souvent, on ne peut pas savoir si on a l’infection, donc on peut même contaminer les autres avant le début des symptômes. Et pendant les symptômes, il y a aussi des gens qui circulent toujours, même s’ils sont malades. Il y a des gens qui voyagent toujours alors qu’ils sont malades, et ils risquent de contaminer les autres. C’est pour cela qu’on a un tel niveau de contamination aujourd’hui, surtout à Tahiti. »

Lire aussi > Covid-19 : Pas de confinement en Polynésie… pour l’instant

Justement, face à ce niveau de contamination qui est très inquiétant, la Polynésie a choisi de ne pas reconfiner la population pour préserver son économie. Aujourd’hui, quelles sont les recommandations de l’OMS par rapport à cette situation ? 
« L’OMS donne une recommandation à tous les pays qui sont dans cette même situation : garder le confinement comme la dernière option. On veut éviter le confinement car il y a des impacts sociaux, des impacts économiques, mais aussi des impacts sanitaires. On voit dans beaucoup de pays que les gens ne vont pas à l’hôpital même s’ils ont d’autres maladies, parce qu’ils ont peur d’attraper le virus, ils ont peur de sortir. Le confinement, ce n’est pas l’objectif, l’objectif c’est d’agir, de prendre des actions, d’éviter la transmission, d’arrêter les chaines de transmission. Ce sont les mêmes recommandations que l’on donne depuis le début, de porter le masque, de respecter les distances…
Mais je peux donner des recommandations pratiques aux gens : au lieu d’aller dans un restaurant avec la famille, mangez à la maison, sur la terrasse. Si vous allez voir des amis, allez dans un parc, marchez ensemble avec les masques, mais ne restez pas à l’intérieur, dans un espace clos. Au travail, évitez de manger tous ensemble, parce que si on est face à face l’un à l’autre et qu’on mange sans masque, il y a un risque de contamination. Il y a des petites choses qu’on peut faire au quotidien pour éviter d’arriver au point où on contamine tout le monde. Ce n’est pas ça qu’on veut. Si on n’a pas suffisamment de capacités à l’hôpital, si on n’a pas suffisamment de capacités en réa, pour accueillir les patients qui sont vraiment malades, on n’aura pas le choix à un certain moment, que d’arrêter les mouvements. »

Beaucoup pensent encore que la Covid n’est qu’une grippe et qu’on en fait trop. Que leur répondez-vous ? 
« Ce n’est pas du tout comme une grippe. Pour une grippe, on a des taux de transmission qui sont différents, des taux de mortalité qui sont différents. Cela se transmet comme une grippe et parfois il y a des symptômes qui sont similaires à la grippe, mais le Covid-19 est beaucoup plus dangereux, surtout pour les personnes les plus vulnérables de nos communautés. C’est dangereux et il faut éviter de l’attraper et de le transmettre. »

infos coronavirus

Covid-19 : quand la crise profite aux coursiers

La crise de la Covid-19 ne fait pas que des malheureux. A contrario du secteur du tourisme ou de la restauration, l’activité de coursier tire son épingle du jeu. Avec le confinement et la propagation du virus, les sociétés de livraison sont plébiscitées par les Polynésiens, en particulier ceux des archipels en cette période des fêtes de fin d’année.