Gordon Barff, une vie consacrée à l’enseignement et à la passion du sport

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De la carrière de sportif à celle d’enseignant, il n’y a qu’un pas. Gordon Barff, ancien athlète de haut niveau, devenu professeur d’éducation physique et sportive puis directeur d’établissement, est revenu sur son riche parcours. Portrait de ce mordu de sport.

Publié le 04/07/2023 à 17:10 - Mise à jour le 04/07/2023 à 17:14

De la carrière de sportif à celle d’enseignant, il n’y a qu’un pas. Gordon Barff, ancien athlète de haut niveau, devenu professeur d’éducation physique et sportive puis directeur d’établissement, est revenu sur son riche parcours. Portrait de ce mordu de sport.

Le chemin des sportifs de haut niveau est parfois semé d’embûches. Gordon Barff en sait quelque chose. Asthmatique depuis son enfance, il se souvient que c’est lorsqu’il commence à pratiquer le va’a avec son père, à l’âge de 14 ans, que sa santé s’améliore nettement. Une thérapie par le sport qui ne le quittera plus jamais.

Le va’a devient pour lui une passion si envahissante qu’il en néglige ses études. Ses professeurs d’éducation physique et sportive, eux, ne passent pas à côté de son envie dévorante et l’encouragent à pratiquer l’athlétisme. Une façon d’obtenir les points nécessaires pour décrocher son baccalauréat. Il se tourne alors vers le lancer de poids.

« J’ai vécu les moments les plus extraordinaires »

Bien qu’il excelle en va’a, ses débuts dans l’athlétisme sont compliqués. « Je suis arrivé au stade, j’ai lancé le poids et je n’ai fait que 7m. Je mesure presque 1m95. 7m c’est vraiment nul », ironise-t-il. C’est avec l’aide de Jean-Claude Duhaze qu’il devient l’un des meilleurs dans la discipline.

De 1985 à 1991, il remporte de nombreuses médailles aux Jeux et aux Mini-jeux du Pacifique et devient champion de France nationale 2 au lancer de poids. Classé troisième performance française en 1992, Gordon vise les Jeux olympiques. Mais une fracture de fatigue le contraint à renoncer à son rêve. « C’est dur. Ça fait mal » se souvient-il.

Cinq ans plus tard, il remporte une dernière médaille d’or au lancer de disque lors des Mini-jeux qui ont eu lieu à Samoa. « J’ai vécu les moments les plus extraordinaires », raconte-t-il ému. Des moments tout aussi extraordinaires l’attendent loin des podiums, auprès de la relève du sport au fenua.

L’expérience de l’athlète au service du professeur

C’est sa rencontre avec Michel Lourie, ancien conseiller technique régional qui le motive à passer son brevet d’État d’éducateur sportif (BEES). Il interrompt donc ses études pour se lancer dans le monde du travail, et décroche son premier poste au collège Tiarama en tant que maître auxiliaire d’Éducation physique et sportive.

« Les débuts de l’enseignement, c’est fantastique et en même temps bizarre. On pense que ce que l’on propose va plaire. Il faut dire que ça ne plaît pas toujours ! », s’amuse-t-il. Bien qu’il n’ait aucune expérience dans l’enseignement, son passé d’athlète lui est bénéfique.

Plusieurs fois champion de Polynésie, il pousse ses élèves comme le ferait un coach. « Une grosse erreur, estime-t-il avec le recul. Le sport c’est une chose, et l’éducation physique et sportive c’en est une autre ».  

Il décide finalement de partir pour la métropole avec sa femme, Lisa Manutahi. Une fois dans l’hexagone, il décroche son BEES 2ème degrés spécialité athlétisme, devenant ainsi le premier polynésien à obtenir ce diplôme.

À son retour en Polynésie, il intègre le service de la jeunesse et des sports. Mais, malgré son succès professionnel, quelque chose lui manque : l’opportunité d’accompagner les jeunes. C’est en 1997 qu’Yvette Temauri, professeur d’EPS à Pomare, lui propose de prendre sa place. Un grand retour dans l’enseignement… qui ne durera qu’un an.

L’année suivante, en effet, le président de la Polynésie Gaston Flosse fait appel à lui comme conseiller technique des sports. Une période de travail intense, où ses responsabilités sont multiples : la promotion de la Hawaiki Nui Va’a, l’ouverture de la compagnie aérienne Air Tahiti Nui, la finalisation des travaux de To’ata ou encore la mise en place de la chaîne de télévision TNTV…. « C’est la plus belle période de travail de ma vie. J’ai pu apporter ma pierre à l’édifice » confie Gordon avec fierté.

En 2004, il remet plus durablement les pieds dans le domaine de l’éducation. Avec Christian Chen, ils développent des projets de correspondance avec des élèves internationaux, et organise le déplacement des élèves tahitiens à Hawaii. C’est aussi lui qui poussera pour la création de classes option sportive.

Directeur du lycée agricole de Taravao

En 2016, la direction de l’enseignement protestant entreprend la création d’un lycée agricole, . Gordon Barff en prend la direction en 2018 et part en métropole pour se former. Il devient, en 2020, le premier Polynésien à obtenir le diplôme requis.

Gordon contracte le covid la même année. Affaibli, il décide de quitter son poste l’année suivante, mais exprime son souhait de continuer à enseigner en tant que professeur d’EPS. Il affirme qu’il continuera à enseigner jusqu’à la retraite, voire au-delà.

Après avoir défié ses prédispositions pour devenir un athlète accompli et fait ses preuves dans des domaines pourtant loin de sa zone de confort, il veut montrer l’exemple aux jeunes pousses : « il faut essayer d’aller jusqu’au bout des rêves, ne laissez personne vous dire que vous ne pouvez pas y arriver ».

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