Mereana Reid Arbelot désignée rapporteure de la commission d’enquête sur le nucléaire

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La députée polynésienne Mereana Reid Arbelot (GDR) a été désignée rapporteure d’une commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire du Pacifique, constituée le 7 mai, après l’appel à candidatures des parlementaires prévu le 30 avril.

Publié le 07/05/2024 à 15:20 - Mise à jour le 07/05/2024 à 15:41

La députée polynésienne Mereana Reid Arbelot (GDR) a été désignée rapporteure d’une commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire du Pacifique, constituée le 7 mai, après l’appel à candidatures des parlementaires prévu le 30 avril.

C’est la députée polynésienne Mereana Reid Arbelot qui a été désignée comme rapporteure de la commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire du Pacifique. Une commission créée ce mardi à l’Assemblée nationale. Le Breton Didier Le Gac, député de la majorité, présidera cette commission composée de 30 parlementaires.

La France a réalisé 193 expérimentations nucléaires entre 1966 et 1996, sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, en Polynésie française. Cette commission d’enquête vise à mieux connaître cette période historique, mais aussi à mieux indemniser les victimes et à réparer les dommages environnementaux.

« On nous dit souvent que la Polynésie coûte cher, mais peut-on chiffrer ce que ça représente d’avoir l’arme nucléaire, de s’asseoir à la table des grands de ce monde ? Ce sont les expérimentations en Polynésie qui permettent à Emmanuel Macron d’être le seul dirigeant européen détenteur de l’arme nucléaire, ce qui lui permet de parler à Poutine comme il le fait », a déclaré Mereana Reid Arbelot.

Elle était la suppléante du député Moetai Brotherson jusqu’à ce qu’il soit élu Président de la Polynésie française, en mai 2023. Depuis qu’elle lui a succédé, la députée indépendantiste a fait de cette commission une de ses priorités. Parce qu’elle constate que les cinq archipels polynésiens ont été bouleversés par le Centre d’Expérimentations du Pacifique (CEP).

Dix-huit mille métropolitains sont alors venus s’ajouter à la population polynésienne, ce qui a représenté une augmentation de près de 20%. Les habitants des archipels isolés ont aussi convergé vers Tahiti.

« Le visage de Papeete, c’est le CEP qui l’a façonné. Le quartier Rurutu, le quartier marquisien : ce sont des gens qui ont quitté leurs îles, où ils s’autosuffisaient, pour travailler pour le CEP. Aujourd’hui ils sont agglutinés autour de Papeete, leurs enfants ne sauraient plus rentrer dans leur île d’origine, pêcher, ni cultiver des aliments » déplore-t-elle.

Elle rappelle la mauvaise santé des Polynésiens, parmi les populations les plus touchées au monde par le diabète, l’obésité et les maladies cardio-vasculaires, mais aussi par les pathologies mentales.

Les victimes directes du CEP souffrent de maladies radio-induites. Elles peuvent, tout comme  leurs ayant-droits, demander des indemnisations, depuis la loi Morin de 2010. Mais seule une minorité parvient à les obtenir.

La députée souhaite s’inspirer de la « référence mondiale » » » que constitue le rapport Duclert sur le génocide du Rwanda. Selon elle, la commission pourrait demander une mission d’une ampleur comparable, avec des historiens, des scientifiques et des médecins. Elle pourrait aussi travailler sur la reconnaissance des victimes indirectes des essais, comme c’est le cas pour l’amiante.

« Beaucoup de Polynésiens ont profité du CEP et ont en même temps des morts dans leur famille. Dans les tamaraa (grands repas, en tahitien) familiaux, on évite donc le sujet, il y a des non-dits et on voudrait les lever. Expliquer tout ça, ça ne peut faire que du bien à la société polynésienne » assure Mme Reid-Arbelot.

Elle s’interroge aussi sur l’Histoire enseignée en Polynésie et en métropole. « À l’école, on a appris que nos ancêtres étaient les Gaulois », regrette la Polynésienne. « Aujourd’hui encore, on parle plus d’Austerlitz et de Iéna que des essais nucléaires. Je voudrais que le petit Français apprenne aussi le fait nucléaire et pour le moment ce n’est pas dans les programmes ».

« Il nous manque des bouts d’histoire, il y a des pages blanches qu’il faut écrire » conclue-t-elle.

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