Macron martèle que « la Nouvelle-Calédonie est française », déception des indépendantistes

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"La Nouvelle-Calédonie est française parce qu'elle a choisi de rester française" : Emmanuel Macron a fermement réaffirmé mercredi à Nouméa l'autorité de la République dans le territoire d'Outre-mer et sermonné les indépendantistes, qui ont dénoncé son "cynisme" malgré l'offre d'un double "chemin", "de pardon" et "d'avenir".

Publié le 26/07/2023 à 9:49 - Mise à jour le 26/07/2023 à 14:32

"La Nouvelle-Calédonie est française parce qu'elle a choisi de rester française" : Emmanuel Macron a fermement réaffirmé mercredi à Nouméa l'autorité de la République dans le territoire d'Outre-mer et sermonné les indépendantistes, qui ont dénoncé son "cynisme" malgré l'offre d'un double "chemin", "de pardon" et "d'avenir".

Lors d’un discours sur la place des Cocotiers, devant quelque 10 000 personnes selon les autorités, le chef de l’État a assuré ne pas « mésestimer les aspirations déçues de ceux qui défendaient un tout autre projet ».

Mais il leur a signifié qu’après trois « non » à l’indépendance lors des référendums de 2018, 2020 et 2021, il était temps de « bâtir » un « nouveau projet », « celui de la Nouvelle-Calédonie dans la République ».

« Pas de retour en arrière, pas de bégaiement, pas de surplace », a-t-il martelé sous les acclamations d’une foule acquise à la cause loyaliste, qui a scandé la Marseillaise au début et à la fin du discours.

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L’Union calédonienne (UC), principal parti de la mouvance indépendantiste, avait appelé ses militants « à ne pas se rendre » sur la place. Résultat : un seul drapeau kanak, dans une marée bleu-blanc-rouge.

Ses représentants politiques avaient aussi boudé, mercredi matin, une réunion autour de M. Macron.

« J’ai été personnellement blessé par leur absence », a-t-il lancé, avant de mettre en garde contre la tentation de se « réfugier dans un séparatisme » qui fait planer, « aujourd’hui ou demain », le « risque de la violence », alors même que la paix est un « trésor » à préserver.

Cette paix, « c’est lui-même qui la remet en cause », a protesté Roch Wamytan, président du Congrès, l’assemblée territoriale. 

Cette figure indépendantiste a dénoncé une « supercherie », et « une forme de cynisme ». « Après deux référendums et un référendum volé, il n’est pas question pour nous d’enterrer définitivement le droit à l’autodétermination », a-t-il prévenu, alors qu’Emmanuel Macron a évoqué cet « acquis » tout en fermant la porte à son expression rapide.

Côté non-indépendantiste, Virginie Ruffenach, vice-présidente du Rassemblement-Les Républicains, a salué un discours « qui replace une France forte en Nouvelle-Calédonie et dans le Pacifique ». « La France est bien là et elle va être encore plus présente », s’est-elle réjouie.

Le Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) conteste le dernier des trois référendums prévus par les accords de Nouméa de 1998, qu’ils avaient boycotté. Et les négociations pour définir un nouveau statut sont enlisées. 

Ambitions chinoises

Pour tourner la page, M. Macron a proposé deux « chemins jumeaux », celui « du pardon » et celui « de l’avenir ».

Le premier, censé répondre aux attentes mémorielles qu’expriment les Kanaks, « ce n’est pas un chemin de repentance », mais une manière de « regarder en face », ensemble, « ce passé qui ne veut pas passer ». Et toutes les « souffrances », notamment celle du « peuple kanak », a-t-il ajouté.

Le second chemin passe forcément par des « institutions pérennes, rénovées, efficaces ».

Le président de la République a dit souhaiter qu’une révision constitutionnelle, prévue par l’accord de Nouméa, intervienne « début 2024 ». Il a donc exhorté les responsables politiques à s’entendre pour dégeler le corps électoral à temps pour les élections provinciales prévues l’an prochain.

Pour le futur statut institutionnel, « je ne veux presser personne », a en revanche temporisé Emmanuel Macron, en quête d’un difficile « consensus ».

Il doit aussi comporter « une citoyenneté pleine et entière », faite « de devoirs et de droits » ainsi que de « l’appartenance au Caillou », a-t-il ajouté, dans un geste apprécié par les indépendantistes.

Autre « pierre dans le jardin des loyalistes », selon un membre de la délégation présidentielle, le chef de l’État a prôné une refonte du modèle économique et social calédonien qui reste « extraordinairement injuste ».

M. Macron a aussi promis une « relance économique », avec un « projet nickel d’avenir » pour rendre rentables les usines qui exploitent ce minerai. À la clé, un financement de l’État pour une « refonte de la filière énergétique » afin de fournir une électricité « compétitive » et « décarbonée ».

Le président, qui est ensuite arrivé mercredi soir au Vanuatu voisin, a enfin vanté sa stratégie régionale. « La France est une puissance indopacifique à travers vous et par vous, et c’est une fierté, et c’est une force », a-t-il lancé aux Calédoniens.

L’Union calédonienne lui avait reproché auparavant d' »instrumentaliser » la Nouvelle-Calédonie pour « servir sa stratégie d’équilibre entre la Chine et les États-Unis ».

Là aussi, M. Macron n’a pas ménagé les indépendantistes. « Si l’indépendance, c’est de choisir demain, d’avoir une base chinoise ici », « bon courage, ça ne s’appelle pas l’indépendance ! », a-t-il tancé, suggérant de « regarder » les pays de la région qui « ont perdu leur souveraineté ».

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