Le Japon se recueille six ans après le tsunami

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Publié le 10/03/2017 à 16:02 - Mise à jour le 10/03/2017 à 16:02

Comme chaque année, tout au long de la journée, des milliers de personnes se sont rendues sur les plus de 500 kilomètres de côtes des régions sinistrées du nord-est de l’archipel. 

A Natori, une des villes les plus durement frappées de la préfecture de Miyagi, une centaine de personnes, principalement des parents et amis des enfants morts de l’école locale, ont lâché dans le ciel limpide des ballons en forme de colombes, a constaté un photographe de l’AFP. Ils étaient porteurs de messages adressés aux défunts: « Vous vivrez éternellement dans nos mémoires », disait l’un d’eux.

La chaîne de télévision publique NHK a montré des images d’habitants jetant des fleurs dans l’océan pour apaiser les âmes des défunts. « La mer est si calme aujourd’hui », observait une femme âgée sur la plage de la ville côtière de Soma. « Pourquoi s’est-elle soulevée en de si grandes vagues ce jour-là ? »

Des foules se sont recueillies à Sendai, Ishinomaki, Rikuzentakata, Minamisanriku et tous les lieux dont le nom est désormais lié à la triple catastrophe: le séisme et le tsunami où ont péri et disparu 18.446 personnes, et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, qui laisse derrière lui encore 123 000 déplacés, chassés par les radiations

Une minute de silence a été observée à 14h46 (05H46 GMT) dans tout le pays, au moment précis où le 11 mars 2011, se produisit le terrible tremblement de terre de magnitude 9 qui déclencha une gigantesque vague meurtrière.

Au même instant, une cérémonie officielle en présence du Premier ministre Shinzo Abe se tenait à Tokyo. Le couple impérial, qui avait pour le cinquième anniversaire présidé à ce moment empreint d’une grande tristesse, n’était cette fois pas présent mais représenté par son fils Akishino et son épouse Kiko.

« Le tsunami a emporté mon père. Son métier était étroitement lié à la mer et peut-être était-il naturel que sa mort le soit aussi. Mais dans mon coeur, il ne reste que chagrin et regrets », a témoigné, des sanglots dans la voix, Yo Chiba, un homme massif de 41 ans.  

Au son d’un orchestre jouant des airs classiques mélancoliques, chacun des quelque 900 membres du public vêtu de noir et constitué presqu’uniquement d’hommes, était convié à la fin de la cérémonie samedi à déposer une fleur blanche devant une stèle où était inscrit : « aux âmes des victimes de la grande catastrophe de l’est du Japon ». 

​Chaque année, le terrible film des événements traverse les esprits : des hordes de salariés affolés quittant les gratte-ciel de Tokyo, des images effroyables de villes entières balayées par le tsunami, des dizaines de milliers de personnes portées disparues. Et, à la fin de la journée, les premiers signaux alarmants en provenance de deux centrales nucléaires à Fukushima (Daiichi et Daini), les ordres d’évacuation, les jours d’angoisse, après ce qui s’est révélé la pire catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl en 1986 en URSS.
Promettant de « prendre soin tant des esprits que des corps » des personnes affectées et de « développer les régions touchées, dans le respect de leurs besoins », le Premier ministre s’est aussi engagé à « renforcer la contribution internationale du Japon dans la prévention des catastrophes ».   

Mais de nombreux déplacés reprochent aux autorités de vouloir hâter le retour des habitants dans les régions contaminées, afin de normaliser la situation à l’approche des JO de Tokyo.
« Le gouvernement veut montrer au monde que l’accident de Fukushima a été résolu avant la tenue des jeux Olympiques de 2020 », a ainsi dénoncé Hiromu Murata, au cours d’une conférence de presse avant les commémorations.
« Nous ne sommes pas responsables de l’accident de la centrale nucléaire », a lancé à ses côtés Miyako Kumamoto, du Comité de liaison des organisations de victimes de la catastrophe nucléaire.
« Nous ne faisons que demander aux autorités de prendre des mesures pour aider les personnes évacuées mais elles ne le font pas. Je ne peux accepter cela et je ne comprends pas pourquoi nous devons nous trouver dans cette situation si difficile », a-t-elle ajouté, réclamant la poursuite des aides financières et une reconnaissance de leur statut de victime.

Malgré l’élan de solidarité qui a saisi le Japon après le désastre, symbolisé par le refrain « Ganbarô Nippon » (tiens bon, Japon), de nombreux cas de brimades (« ijime ») et de stigmatisation des déplacés de Fukushima, et notamment d’enfants scolarisés, ont été constatés. 
 

AFP

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