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Sécurité routière : “Nous sommes dans le temps de la répression” lance le commandant de la gendarmerie

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Lutte contre le tafic de stupéfiants, sécurité routière : le commandant de la gendarmerie en Polynésie, le Général Frédéric Saulnier, était l'invité de notre journal lundi. Son interview complète :

Publié le 15/11/2022 à 15:26 - Mise à jour le 16/11/2022 à 9:10
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Lutte contre le tafic de stupéfiants, sécurité routière : le commandant de la gendarmerie en Polynésie, le Général Frédéric Saulnier, était l'invité de notre journal lundi. Son interview complète :

TNTV : Ce colloque réunit les professionnels du système judiciaire de différents pays. Au niveau du commandement de la gendarmerie, concrètement, qu’est-ce que cette rencontre vous apporte ?
Général Frédéric Saulnier : “Il y a un mot clef qui a été évoqué par M. Pison, procureur général, c’est la synergie, c’est ensemble. La volonté qui est la notre avec l’ensemble de nos partenaires étrangers, c’est de décloisonner le renseignement, de partager cette information. De bien se connaitre. Nous avons des liens institutionnels bien sûr. Mais au-delà de ces connaissances, de ces canaux institutionnels, nous avons besoin de connaitre les personnes avec qui nous travaillons au quotidien. Donc nous avons un échange de renseignements sur des thématiques qui sont sensibles. Encore une fois, de bien connaître les personnes, de travailler régulièrement avec elles, recevoir régulièrement pour échanger sur les bonnes pratiques, sur les réseaux, c’est une nécessité. Au-delà des rencontres en dématérialisé qui sont régulières, nous avons besoin de nous retrouver comme ça régulièrement. La dernière rencontre, et c’était assez novateur, a eu lieu au mois de mai cette année à Los Angeles. J’étais également présent. Nous avons revu à peu près les mêmes personnes que celles que nous avons vues aujourd’hui et c’est une très bonne chose parce que ce deuxième séminaire complète un peu le premier qui avait été organisé à Los Angeles. Et nous avons pour ambition encore une fois de perenniser ces démarches parce que nous avons besoin de nous voir régulièrement. Les thématiques sont sensibles et on ne peut échanger et être réactifs qu’avec des gens que l’on connait parfaitement bien.”

Cette mutualisation des moyens, des expériences, est-ce à dire que chacun de son côté, les objectifs ne peuvent être atteints ? Il faut absolument réunir les forces que ce soit humaines ou matérielles ?
“Ici en Polynésie nous avons mis en place un certain nombre de dispositifs de coopération ici en local. La cellule de renseignements opérationnelle sur les stupéfiants qui a été créée au 1er janvier 2021. une antenne de l’Ofast qui a été créée également au 1er janvier 2021. Ces structures marchent bien, elles fonctionnent avec l’ensemble des partenaires. Elles sont attachées en l’espèce au commandement de la gendarmerie mais elles font vivre l’ensemble des partenaires de police et lois. Et donc la vocation de l’ensemble de ces entités ici en local c’est de travailler en total partenariat avec nos camarades étrangers. Ils sont pourvoyeurs de renseignemetns pour nous mais nous pouvons également en envoyer qu’ils exploitent.”

Ces renseignements vous aident pour intervenir et réaliser des opérations se saisis de stupéfiants ?
“Oui notamment pour le targeting, c’est-à-dire le ciblage de bateaux, d’avions, sur renseignements. Pour travailler efficacement, nous devons être très réactifs. La délinquance ne connait pas de cloisonnement administratif. Elle ne connait pas de frontières territoriales. Et donc concrètement, ce constat doit nous inspirer pour que nous fassions de même. Et c’est tout l’objet, l’esprit de ces rencontres encore une fois pour que nous soyons très réactifs. Je me souviens d’une rencontre que j’avais eue avec un policier britannique à l’époque lors d’un stage (…). Il m’avait dit à l’époque “nous devons être légers sur nos pieds, nous devons être agiles, réactifs” et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire dans le cadre de ces séminaires : de bien identifier nos partenaires, de voir qu’on peut créer la confiance, de manière à ce que l’échange soit très rapide. Et lorsqu’on a un renseignement qui nous vient par exemple de Los Angeles, avec une très grande réactivité, une très grande disponibilité, nous mettons des moyens pour contrôler et projeter des forces, s’il faut sur l’ensemble des îles de Polynésie. la Polynésie présente des vulnérabilités. Nous avons 118 îles, 76 habitées donc il faut que nous soyons en capacité de projeter des moyens et la gendarmerie a un bon maillage territorial puisque nous sommes implantés sur 23 cites ici. Nous avons également un réseau de réservistes. Nous sommes en capacité de projeter des moyens et nous allons continuer à densifier cette capacité dans le cadre de la mise en oeuvre de la Lopmi, la loi d’orientation, de programmation du ministère de l’Intérieur, de manière à accroitre nos capacités de projection lorsque nous avons un renseignement qui nous est fourni par des partenaires encore une fois dans une logique d’exploitation. Mais nous sommes également des pourvoyeurs de renseigements pour ces partenaires.”

À côté de la lutte anti-drogue, vous avez aussi la lourde tâche de veiller à la sécurité sur les routes. Les accidents mortels se succèdent, plus de la moitié en deux roues. On enregistre 32 accidents mortels sur les routes depuis le début de l’année. Invité sur notre plateau hier, le procureur général Thomas Pison a suggéré une présence massive de la police et de la gendarmerie. Il a même utilisé le terme “bleuir” les routes. Alors faut-il s’attendre à un durcissement des contrôles ?
“Très clairement, c’est déjà une manoeuvre que nous avons opéré mais nous allons continuer à durcir, et à multiplier ces contrôles. C’est clairement la priorité du moment. Nous agissons sur plusieurs leviers. Les leviers traditionnels que sont les domaines de la prévention. Mais nous ne sommes plus dans ce temps là. Aujourd’hui nous sommes dans le temps de la répression. Les chiffres l’attestent : nous sommes en augmentation de plus de 124% de dépistages sur les stupéfiants, plus de 15% sur les dépistages alcoolémie. On va continuer parce que malheureusement on constate que dans ces accidents mortels que vous évoquez, comme d’habitude, malheureusement, trois quarts des faits sont en lien avec ces problématiques d’alcool, de stupéfiants et / ou de vitesse (…) la prévention c’est un levier qui marche avec ceux avec qui ça doit marcher notamment les jeunes qui sont au coeur de notre cible même si nous ciblons aussi les majeurs. Mais nous ne sommes plus dans ce temps de la prévention. Maintenant, la pédagogie c’est terminé. Nous sommes dans le temps de la répression. On ne fera pas de cadeau. Ce que je voudrai dire également c’est qu’il faudrait vraiment, et c’est quelque chose auquel je suis très attaché, que lensemble des Polynésiens comprennent que cette affaire est un fléau. C’est l’affaire de tous. Ça ne peut pas être seulement l’affaire des forces répressives. Bleuir, réprimer c’est bien, mais il faut que chacun s’approprie ses mesures de sécurité. Encore une fois, nous ne pourrons pas être présents partout. Nous essayons d’être présents dans les créneaux accidentogènes, dans les créneaux où il y a beaucoup de flux, notamment dans les moments du matin et du soir et nous allons accroitre cette présence. Mais je voudrai que chacun au nivau individuel, lorsqu’il est dans une fête ou autre, on n’empêchera pas de boire, mais ce qu’on peut faire c’est les empêcher de prendre le volant. Et encore une fois c’est une responsabilité individuelle et collective. Et c’est à cela que j’appelle aujourd’hui et c’est la raison pour laquelle je suis très heureux de voir que la direction des Transports terrestres va mettre au point un plan de com que j’appelle de mes voeux depuis quelques semaines et quelques mois de manière à jouer sur ces ressorts affectifs de manière à ce qu’ils comprennent qu’un drame sur la route ce n’est pas une statistique, ce n’est pas 30 morts pour la gendarmerie ou 32 au global, c’est une famille qui est endeuillée. Ce week-end noux avons du une nouvelle fois prévenir la famille d’une jeune fille de 26 ans que la petite était morte sur la route. C’est juste intolérable. C’est très dur à porter comme mission et encore une fois c’est l’affaire de tous. Aujourd’hui c’est les autres, demain c’est possiblement nous. C’est une affaire individuelle et collective.”