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Moorea : les autorités au chevet de la jeunesse un samedi soir

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Publié le 07/01/2017 à 16:01 - Mise à jour le 07/01/2017 à 16:01
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Pendant près de 5 heures, samedi soir, élus, éducateurs, mutoi, pompiers, personnels de la Santé publique et gendarmes sont allés à la rencontre des jeunes installés en bord de route. Une initiative qui survient moins d’un mois après le tragique décès, au cours d’une bagarre, du jeune Maui, 13 ans, le 18 décembre à Maharepa.

 « Nous faisons souvent de la prévention dans les écoles pour des rappels à la loi (…) Dans la rue aussi, à l’occasion des patrouilles, quand on voit un groupe de jeunes, ce n’est pas interdit de s’arrêter et de discuter », explique l’adjudant-chef Christian Pellier-Cuit, adjoint au commandant de la brigade de Moorea.

 « On ne peut pas dire qu’il y a de l’insécurité à Moorea, ce n’est pas vrai (…) Dans les missions de tous les jours, notamment la nuit, nous n’avons pas de jeunes qui font les andouilles, qui se battent, qui dégradent (…) Ce qui s’est passé il y a quelques semaines est un phénomène dramatique mais ponctuel », ajoute-il.

Tavaitai Hugot, en charge de la cellule de prévention de la commune, indique que cette tournée avait pour but « de comprendre ce qui les pousse à sortir de chez eux les week-ends ». « On a élaboré un questionnaire pour faciliter le dialogue. On leur demande qui est responsable d’eux, quels sont leurs rapports avec leurs responsables», poursuit celui-ci.

Ce questionnaire permet aux intervenants d’évaluer la situation familiale des mineurs. Ils sont interrogés sur l’atmosphère dans leur foyer, sur leurs relations avec leur entourage, sur leurs besoins et perspectives d’avenir.

« Ils nous disent qu’ils veulent discuter avec leurs copains. Cela peut aussi vouloir dire que la communication passe mal au sein de la famille. Les Polynésiens ne sont pas très communicatifs. Ils ne disent pas souvent à leurs enfants : ‘mon fils je t’aime, ou ma fille je t’aime’. Ils le disent d’une autre manière mais ne l’expriment pas toujours ouvertement (…) Aujourd’hui, même la maman travaille. Arrivés à la maison, les parents sont fatigués et ils discutent moins avec leurs enfants. La communication ne passe plus à mon avis », constate Tavaitai Hugot

Tout au long de ce tour de l’île, les autorités ont été bien accueillies par les jeunes, globalement ouverts au dialogue.

« Ce qui s’est passé, avec Maui, ça fait réfléchir. Tu vois qu’il y a un changement chez les gens », explique Nuihau qui vit à Maharepa, à proximité du lieu où l’adolescent a perdu la vie. « Après ce qu’il s’est passé avec Maui, ça nous a marqué. Nos parents nous ont interdit de sortir », témoignent trois autres mineurs, amis de la victime. Une interdiction de courte durée toutefois.

Pendant les vacances, les jeunes disent s’ennuyer à la maison et préférer sortir avec leurs cousins de passage ou leurs amis.

 « On parle avec les copains de tout et de rien. Après, quand on est fatigué, on rentre (…) Moorea c’est la belle vie. Il y a la famille, les amis. Les gens sont gentils. On profite des vacances. Ça change d’autres soirs (…) On est dehors parce-qu’on peut fumer, jouer, parler. À la maison on ne peut pas. Ce n’est pas assez grand», confesse un jeune de Vaiare.

Car pour beaucoup de mineurs présents dans la rue au-delà de 22 heures, la maison est synonyme d’ennui ou de règles à respecter qui ne leur conviennent pas. L’une des finalités de ces rencontres consiste aussi à aller au-devant des parents, non pas pour les stigmatiser, mais pour les sensibiliser à leur rôle d’éducateurs.

« On a ressenti que la jeunesse a besoin de référents, de plus d’activités : des skateparcs, des salles de sports, des barres fixes et, peut-être, un wifi gratuit pour qu’ils se rassemblent et communiquent », souligne Tavaitai Hugot.

Les intervenants prévoient de multiplier ce type d’échanges à l’avenir et de réfléchir à des actions destinées aux jeunes et à leurs familles. Les communautés religieuses seront invitées à se joindre aux prochaines tournées de prévention.
 

Rédaction web avec Laure Philiber 

 
 

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