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Le racisme contamine-t-il la Polynésie ?

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Publié le 01/08/2016 à 12:29 - Mise à jour le 01/08/2016 à 12:29
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Facebook est magique : on peut réagir à la venue d’une ministre de l’Education en parlant de terrorisme. Mais comment certains internautes ont-il pu faire un rapprochement entre deux sujets si différents ? Tout simplement par le nom de la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, Française d’origine marocaine.

La Polynésie a des besoins immenses en matière d’éducation : il faut rénover de nombreux  établissements, en construire de nouveaux, améliorer le transport scolaire, améliorer la maîtrise des langues ou encore lutter contre le décrochage. Mais tout cela semble oublié à la seule évocation d’un nom d’origine maghrébine.

Si la ministre de l’Education nationale s’était appelée Charlotte Dupont, on s’intéresserait probablement à l’application de la réforme du collège en Polynésie, au financement des zones d’éducation prioritaires, à la suppression progressive de la notation des élèves, ou au rayonnement de notre université. Mais non ! Elle s’appelle Najat Vallaud-Belkacem, et dans les réactions sur Facebook, on ne parle que de langue arabe, d’islam, voire de terrorisme et d’attentats.

Passons rapidement sur les confusions entre islam et islamisme, ou entre Arabes et Musulmans, que nous avons déjà traitées ici. Ce serait d’ailleurs un grand défi de l’Education nationale, d’enseigner ces notions fondamentales à l’école, pour éviter que cinq millions de Musulmans soient confondus en France avec quelques centaines d’islamistes, terroristes avérés ou potentiels. En raison des très nombreuses réactions insultantes, racistes et contraires à notre charte, nous avons dû retirer notre article de Facebook, et nous ne publierons celui-ci que sur notre site.

Certains internautes craignent que Najat Vallaud-Belkacem « vienne imposer la langue arabe aux Polynésiens ». Il est question, c’est vrai, de proposer plus d’enseignement des langues étrangères dès l’école élémentaire, car les élèves français sont à la traîne dans l’apprentissage des langues. Mais ce projet concerne de nombreuses langues et pas seulement l’arabe. Après tout, pourquoi pas l’arabe ? Même si cet enseignement se fera en fonction des ressources humaines disponibles… et il y a peu de professeurs d’arabe en Polynésie. Cette peur n’est donc pas rationnelle, puisqu’elle amalgame une langue, un peuple, une religion et la folie terroriste.

En revanche, cette réforme, discutée avec la ministre de l’Education, pourrait permettre le renforcement de l’apprentissage du reo Tahiti pour les plus petits.

Bref, la visite de la ministre serait sans doute une bonne chose pour le fenua…. d’autant plus que la campagne pour la Présidentielle a déjà commencé, et que c’est une période idéale pour obtenir des financements. A condition, bien sûr, de ne pas l’insulter avant même qu’elle n’arrive. Quoi qu’on pense de sa politique, la première femme ministre de l’Education nationale mérite qu’on élève un peu le débat.

Mike Leyral

 
 
 
 
 
 

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