Dissensions autour de chiens errant dans le lycée professionnel de Faaa

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Depuis des mois, le lycée professionnel de Faa'a est régulièrement occupé par des chiens errants. Une situation qui a poussé la direction à solliciter l’aide de la police municipale. Mais les chiens capturés et la façon de procéder sont à l’origine d’un conflit entre la commune et les associations. Tous appellent le Pays et l’Etat à agir et à trouver des solutions globales.

Publié le 06/10/2023 à 18:56 - Mise à jour le 07/10/2023 à 10:47

Depuis des mois, le lycée professionnel de Faa'a est régulièrement occupé par des chiens errants. Une situation qui a poussé la direction à solliciter l’aide de la police municipale. Mais les chiens capturés et la façon de procéder sont à l’origine d’un conflit entre la commune et les associations. Tous appellent le Pays et l’Etat à agir et à trouver des solutions globales.

Elle a toujours du mal à réaliser : une bénévole d’association de protection animale a été verbalisée la semaine dernière pour avoir nourri des chiens à proximité d’un collège et d’un lycée de Faa’a.

« La personne qui m’a verbalisée m’a dit que je n’avais pas le droit de nourrir ces animaux, par rapport à la réglementation de la commune de Faa’a, explique-t-elle. Moi, je nourris les animaux, mais je ne dépose pas de nourriture, puisque quand je leur donne à manger, c’est dans des contenants » . Le policier lui aurait aurait également dit qu’il serait là « chaque matin » à l’attendre pour la verbaliser, tant qu’elle continuerait à nourrir les chiens.

La sécurité des élèves en question

C’est en effet devant le lycée professionnel de la commune que des chiens se retrouvent et traînent au milieu des élèves, dans les coursives. Si le proviseur refuse de témoigner pour ne pas envenimer la situation, il confie qu’un élève aurait été mordu récemment, nécessitant l’intervention de la police municipale. « Ils avaient peu qu’un malheur se produise, explique le responsable de la police municipale à Faa’a Ariinui Tarahu. Nous avons vérifié les propos, et envoyé une équipe sur place pour effectuer des constatations. Il y avait une dizaine d’animaux dans l’établissement » , finalement capturés par le prestataire mandaté.

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« Au-delà du risque de morsures, on a aussi toute la problématique de la salubrité, de l’hygiène, sachant que c’est un établissement scolaire, poursuit-il. Le souci du proviseur, c’est la sécurité du corps enseignant et surtout de ses élèves » .

Les associations déplorent la capture de chiens extérieurs et s’interrogent. Selon la présidente de l’Alliance pour le respect et la protection des animaux de Polynésie Carole Couturier, plusieurs chiens errants saisis étaient inconnus sur la commune, sauf l’un deux qui était suivi par l’association SPAP pour être sorti de la rue. Ce dernier a finalement été récupéré par l’association à l’issue d’une procédure en référé devant la justice. « C’est dommage de devoir en arriver là (…) Nous, on est preneurs de discuter, mais la commune fait la sourde oreille, dénonce Carole Couturier. Si on nourrit des chiens, qu’on s’en occupe, qu’on les déparrasite, c’est bon pour la société. Ils ne sont pas agressifs s’ils n’ont pas faim ! On agit pour la société, pas contre elle » .

La gestion des animaux errants est toutefois compliquée par la capacité d’accueil des fourrières de la commune. « Nous souhaitons faire adopter nos animaux, mais nous savons que nous n’avons pas suffisamment de foyer, constate Ariinui Tarahu. Ça coûte de l’argent aussi. Plus un animal est gardé, plus cela coûte à la commune et aux administrés. S’il y a des soins, nous passons par un vétérinaire. Tout cela, ce sont des millions à l’année » .

Pour la commune, il s’agit seulement d’appliquer la loi. « Donner à manger à un chien, c’est interdit par la loi, martèle le 1er adjoint au maire de Faa’a Robert Maker. On ne peut pas alimenter un chien errant. Il vaut mieux le capturer et le mettre en sécurité » . Même son de cloche du côté de la police, qui assure que personne ne veut laisser un animal mourir de faim. « Mais cette dame peut-elle le faire tous les jours ? Et on a tout le lobbying des personnes qui sont victimes de ces animaux. Je vous parle de dizaines de plaintes par mois, relate Ariinui Tarahu. Le maire se retrouve entre les associations et les victimes de ces animaux errants. Il est pris en étau » .

9000 chiens errants à Faaa

De l’avis général, la question des chiens errants dépasse largement le cas du lycée ou de la commune de Faa’a. Pour Robert Maker, les communes seules ne « peuvent pas faire tout le travail, et surtout, financer » la gestion de ces animaux. « Nous on veut travailler avec la population, pas contre elle. Si on veut que les choses s’améliorent, il n’y a qu’un travail collectif qui peut être fait. » , conclut Carole Couturier. Elle propose de prendre exemple sur les voisins de Faaa : « Il y a plein de communes avec lesquelles ça se passe bien : Mahina, Bora Bora, Punaauia, Paea, On a démarré avec Papeete » .

Selon une enquête menée dans la commune, Faa’a compterait plus de 9000 chiens errants, un chiffre alarmant à l’échelle de Tahiti. « Dans un premier temps, il faudrait en passer par une sensibilisation des propriétaires de chiens. Qu’ils assument leur responsabilité vis-à-vis de leurs animaux, alerte Robert Maker. Au début, il y a un propriétaire, puis il s’en dessaisit. On ne peut plus continuer comme ça » .

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