lundi 6 décembre 2021
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Le Festival Tahiti ti’a mai confirme son envolée culturelle

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La seconde soirée du festival confirme la renaissance du 'ori Tahiti et du Himene Tarava après des mois de "disette culturelle". Les superbes prestations - tout en couleur, ferveur et passion - des groupes Tere 'ori et surtout Tamariki Poerani, majestueux, insufflent un air et une force nouvelle à la culture.

Publié le 03/07/2021 à 9:25 - Mise à jour le 03/07/2021 à 9:30
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La seconde soirée du festival confirme la renaissance du 'ori Tahiti et du Himene Tarava après des mois de "disette culturelle". Les superbes prestations - tout en couleur, ferveur et passion - des groupes Tere 'ori et surtout Tamariki Poerani, majestueux, insufflent un air et une force nouvelle à la culture.

Tere ‘ori – Hura

La troupe Tere’ori créée en 2018 et dirigée par Tinirauarii Taina a remporté le premier prix en catégorie Hura ava tau au Heiva i Tahiti 2019 avec son thème, écrit par Mike Teissier “Hoturoa te aepau a Tainui “. Depuis la troupe se produit sur des scènes privées ou publiques telles que le marae Arahurahu de Paea où elle a présenté en 2020 son spectacle « Taumata te aito tu’iro’o » sur un thème écrit par Serge Tuarau. Plusieurs projets qui ont demandé une préparation particulière dans un contexte sanitaire difficile.
Persévérance et espoir à l’image du Aito Taumata sont les messages portés par la troupe lors de sa très belle prestation colorée. Les danseuses, danseurs, musiciens, costumiers, auteurs et compositeurs de la troupe ont su mener le projet Tahiti Ti’a Mai à son terme malgré les nombreuses difficultés rencontrées. Ce soir, sur la scène de To’ata, Tere ‘Ori vous présente avec beaucoup d’enthousiasme le spectacle « ‘A’ataina » sur le thème “Le guerrier Tetueha de Tetaha” / “Te àito no Tetaha” écrit par-Serge Tuia Tuarau. L’orchestre est dirigé par Tuarani Tematahotoa, les chants ont été composés par Torea Peni, le orero et ra’atira est Mauri Teauna, la responsable des éléments est Hitirere Ludivion et le chorégraphe des garçons Moïse Tamariki.
Voici le résumé du thème : Après la bataille de Fē’i-pï, En 1815, Tahiti fut gouverné par la famille royale des Teva. Pomare Il devient le grand roi de Tahiti. Les missionnaires ordonnèrent au roi d’élire quelques guerriers pour protéger son royaume et empêcher les guerriers de Teva d’attaquer de nouveau. Un concours fut organisé sur la place de Tarahoi. Des messagers ont été dans les districts afin d’avertir du concours pour qu’ils proposent un guerrier. La compétition s’étalera sur une semaine. Les habitants des différents districts sont conviés afin de soutenir leurs guerriers. Même les guerriers des îles ont fait le déplacement. Des emplacements ont été mis à disposition afin d’installer les couchages et trois jours furent accordées pour s’installer en attendant l’annonce des serviteurs du roi. Les consignes ainsi que le règlement de la compétition ont été divulgués. Au troisième jour, aux sons des conques et des tambours, les districts pourront accéder au royaume à Tarahoi pour remettre les présents au roi Pomare et par la suite la compétition débutera. Les guerriers s’affronteront à la course de porteurs de fruits, à la lutte ma’ohi, à la pirogue, au lancer de javelot…

Tamari’i Tuha’a Pae No Mahina – Tārava Tuha’a Pae et ute pari pari

La troupe de Viviane Tavita, chef et ra’atira ti’ati’a himene, créée en février 2015, entre en scène sur des chants écrits par Poema Rochette et composés par Vaea Refi. La thématique du thème « Enfant des iles Australes développe ta terre » / « E te tama tuhaa pae a faahotu i to oe fenua » évoque, d’après un oiseau messager, Tamaterai, un enfant de la terre des Australes, cette dernière environnée par l’océan et des différentes îles la composant ainsi que les échanges entre ces îles et la colonisation qui s’en est découlée. Ces chants enseignent sur la conception particulière de l’océan et la nature des liens reliant les îles de l’archipel des Australes. L’océan, considéré comme un lieu sacré, est omniprésent dans la culture qui lie les différents peuples des îles polynésiennes. L’organisation politique qui prévalait avant le contact avec les Européens était basée sur une société de réseaux où les îles étaient perçues non pas comme une destination mais comme une étape. Si les bouleversements induits par la colonisation ont modifié les rapports entre les îles, il reste néanmoins que les habitants des Australes continuent de percevoir les autres îles comme de nouvelles opportunités pour étudier, se marier ou travailler. L’archipel dans son ensemble représente alors un espace de mobilité et d’échanges, dans la lignée des pratiques précédant le contact avec les Européens.

Un remarquable parcours et palmarès pour ce magnifique groupe au Heiva i Tahiti, en 2015 : 2ème prix en Tarava Tuha’a pae avec un prix spécial Ra’atira ti’ati’a puis en 2017 : 1er prix Tarava Tuha’a pae. Passage aux Heiva en 2015 : à Faaa et à Mahina puis en 2016 : Festival Tarava Tuhaa pae à l’ancien Otac, puis de nouveau au Heiva de Mahina et enfin en 2018 : Festival Tarava Rau.

Tamariki Poerani – Hura

Sur un thème évoquant l’amour, la loi, l’autre loi, la justice et le jugement, un vent de révolte souffle sur les planches de To’ata. Une très belle histoire créée par Makau Foster Delcuvellerie, sur des chants écrits et composés par elle-même et assistés par Merehau Anastase, Maggy Maono et Keha Kaimuko.

Tamariki Poerani existe depuis 1988, fondé par la prolifique Makau Foster Delcuvellerie, aux multiples cordes à son arc, et aujourd’hui dirigée par sa talentueuse fille Kohai Batani Gournac – le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre – confirme de main de maître ce soir sa maitrise de la danse (assistée de Poerani Germain et Noa Teiva), de l’histoire contée (Makau) et des compositions alternant sonorités rythmiques et mélodieuses. C’est Faimano Tupea qui dirige l’orchestre et, à noter, la remarquable prestation du ‘Ôrero : Gontran Hapaa. La fameuse troupe, maintes fois primée aux Heiva i Tahiti et au palmarès long comme un jour sans fin, possède un parcours inégalé, qu’on en juge :

1987 : Makau Foster Delcuvellerie crée sa propre école de danse et participe au 1er Heiva des écoles.
1989 : elle prend la direction de la troupe professionnelle : Tamariki Poerani.
1999 : la troupe remporte le premier prix du Tiurai à Vaiete avec le thème : Munanui.
2001 : sur le thème : Merehenua- Parau, elle remporte le prix du meilleur costume et celui du meilleur aparima.
2004 : 2ème prix Hura Tau sur le thème Mokorea et prix de la meilleure danseuse avec Maimiti Florentin.
2009 : 2ème prix Hura Tau avec Monoï et les prix du meilleur aparima, meilleur otea et meilleur ute arearea.
2012 : sur le thème Te Ora la troupe Tamariki Poerani remporte le prix du meilleur compositeur et du meilleur costume.
2014 : avec Te Huritau elle obtient le prix de la meilleure danseuse avec les félicitations du jury pour Asia Hammil.
2016 : Tamariki Poerani organise le record du monde de ‘ori Tahiti, réunissant près de 4000 danseurs et danseuses de ‘ori Tahiti à Atimaono. Toujours en 2016, à la demande du Conservatoire Artistique de Polynésie Française, elle présente sur le marae Arahurahu : 5 représentations du spectacle : Te moe a Taupapa.
2017 : le groupe remporte le 1er prix Hura Tau du Heiva i Tahiti avec le spectacle Te Matakaurika, ainsi que les 1er prix grand costume, meilleur danseur avec Noa Teiva et le prix du meilleur ra’atira avec Francky Tehiva.
Tamariki Poerani a également participé à plusieurs éditions du Hura Tapairu, en 2012, 2014, 2015 et 2017 en remportant de nombreux prix lors de chaque participation.A l’issue de sa victoire au Heiva i Tahiti 2017 et au Hura Tapairu 2017, Makau Foster Delcuvellerie décide de transmettre la direction de la troupe Tamariki Poerani à sa fille Kohaï, mais continue néanmoins à transmettre son savoir au sein de son académie de danse.

Une soirée clôturée sur une magistrale et époustouflante chorégraphie pleine d’énergie et d’émotion qui reprend, face à l’adversité et aux vicissitudes, le thème du festival Tahiti Ti’a Mai. Une fois de plus, la danse traditionnelle et les compositions originales retrouvent leurs lettres de noblesse en affirmant et confirmant ce soir, tout en emportant l’adhésion du public de la plus belle des façons : “Tamariki Poerani ! Dresse-toi !”

Texte et photos : Stéphane Sayeb / Tahiti Zoom

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