dimanche 26 septembre 2021
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A Marseille, le plaidoyer des Marquises pour protéger 430 000 km2 d’aire marine

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Rendez-vous crucial pour la protection de la biodiversité, le congrès mondial de la nature à Marseille a reçu de nombreux ambassadeurs des territoires insulaires, dont la Polynésie. Si le ministre de l’Environnement, Heremoana Maamaatuaiahutapu a présenté le concept d’aire marine gérée, une délégation des Marquises est également venue défendre son projet d’aire marine protégée sur 60% de ses eaux. L’occasion d’évoquer au passage le dossier Unesco.

Publié le 07/09/2021 à 18:44 - Mise à jour le 08/09/2021 à 9:15
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Rendez-vous crucial pour la protection de la biodiversité, le congrès mondial de la nature à Marseille a reçu de nombreux ambassadeurs des territoires insulaires, dont la Polynésie. Si le ministre de l’Environnement, Heremoana Maamaatuaiahutapu a présenté le concept d’aire marine gérée, une délégation des Marquises est également venue défendre son projet d’aire marine protégée sur 60% de ses eaux. L’occasion d’évoquer au passage le dossier Unesco.

« Nous avons du retard sur la biodiversité, il faut le rattraper ». La déclaration du président de la République, Emmanuel Macron en ouverture du congrès mondial de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) à Marseille, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le ministre de l’environnement du fenua, Heremoana Maamaatuaiahutapu et une délégation des Marquises ont fait le déplacement. Il s’agit pour le premier de présenter le concept polynésien d’AMG et pour le second de défendre son projet d’aire marine protégé (AMP) devant un panel d’institutions nationales et d’experts internationaux.

C’est que l’ambition des Marquisiens sur ce dossier remonte à 2012. Voilà maintenant plus de dix ans que la Codim (communauté de Commune des îles Marquises) défend le projet “Te tai nui a hau” soit « l’océan de paix » : une vaste AMP de 430 000 km2. Soit les deux tiers de la surface maritime de l’archipel qui s’étend sur 700 000 km². Celle-ci ferait dès lors partie des dix plus grandes AMP du monde. Dans une démarche de protection de globale de son espace maritime, l’archipel a déjà mis en place un rahui côtier à Ua Uka. Une mise en jachère que la Codim cherche à généraliser à tout l’archipel.

Deux zones distinctes sont dès lors identifiées. La première prévoit une zone réservée à la pêche artisanale exclusive afin de préserver l’activité des pêcheurs côtiers (121 588 km2). Soit 17% des eaux des Marquises jusqu’à 50 milles marins autour des îles. Des espaces réservés aux embarcations de moins de 12 mètres, de type poti marara et bonitier.

La seconde prévoit une zone de protection forte au large de 310 107 km2, soit 44% des eaux. Un espace de protection stricte qui correspond à la reproduction du thon obèse, afin de maintenir le renouvellement des stocks. « Le reste des eaux au large (sur 39% des eaux à l’ouest) permettrait de garantir le développement de la pêche palangrière industrielle et semi-industrielle et ne serait donc pas inclus dans le périmètre de l’AMP » précise la Codim dans un communiqué diffusé hier.   

« Aujourd’hui quand on va pêcher, on voit de moins en moins de poissons » a rappelé le président de la Fape -Te Ora Naho, Winiki Sage. Soutenu par la fédération des associations de protection de l’environnement et par la fondation Pew charitable trust, le projet entend s’inscrire dans les objectifs nationaux.

La ministre de Nuku Hiva, Joëlle Frébault, l’avait d’ailleurs glissé dans son discours, lors de la venue du président de la République, Emmanuel Macron. « Lors du One planet summit le 11 janvier 2021 au palais de l’Elysée, vous avez fixé pour objectif la protection de 30% des aires marines nationales dont 10% en protection forte » a souligné l’élu à l’attention du chef de l’Etat. « Nous travaillerons en étroite collaboration avec le Pays afin d’atteindre vos objectifs et de déterminer la meilleure stratégie de protection de nos océans ».

Pas de doute pour le président de la Codim, Benoît Kautai, avec « seulement 1,6% de l’espace maritime français classé en protection forte, on est loin des 30%. Et rien qu’avec l’AMP des Marquises ont pourrait atteindre 3% ». Alors que des projets de rahui bourgeonnent un peu partout sur le fenua, la ZEE polynésienne et ses 5 millions de km² sont déjà classés en aire marine gérée depuis 2018. Une zone de gestion qui n’est pas incompatible avec le projet de sanctuaire marquisien, estiment les grandes ONG de défense de la nature.

Car il y a urgence à lutter contre l’effondrement du vivant. Une biodiversité lourdement impactée par l’activité humaine sur tous les continents. Si la protection des écosystèmes marins nécessite plus que jamais des actions immédiates, c’est dans les outre-mer que la France a une carte à jouer. Car ce sont ces territoires qui abritent 10 % des récifs coralliens et 20 % des atolls de la planète.

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