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Village tahitien : « Le projet va se faire », assure Teva Rohfritsch

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Publié le 02/04/2019 à 12:37 - Mise à jour le 02/04/2019 à 12:37
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Vous étiez en Nouvelle-Zélande où vous avez pu rencontrer les représentants du groupe Kaitiaki Tagaloa, à qui vous avez laissé 45 jours de délai supplémentaire. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le projet de Village tahitien a-t-il de réelles chances de voir le jour ?
« D’abord, le Village tahitien, ce sont 16 lots et pas simplement les six des Maori. Ces six lots sont pour les hôtels et l’hébergement et nous avons donné 45 jours de plus au groupement. Car dans ce groupement, il y a trois sociétés : la société de M. Grey qui est déjà un propriétaire d’hôtels en Polynésie et qui est prêt ; la société du cabinet d’ingénierie et de développement de projet qui lui également est prêt ; et la troisième société, c’est celle de M. Tuku Morgan qui représentait les intérêts des tribus. Il nous l’a annoncé, puis confirmé lors du dernier voyage, que son tour de table changeait parce qu’il avait initialement prévu d’investir avec la tribu Tainui. Mais au final il a deux nouveaux partenaires qui sont Manuhiri et Napuhi, qui sont les tribus du nord de la Nouvelle-Zélande. Il se disait prêt à signer avec eux. Mais pour notre part, nous souhaitons avoir les garanties bancaires, financières et compte-tenu du changement de tour de table, nous avons dit à M. Morgan que nous souhaitons différer de 45 jours, le temps de produire les documents, parce qu’il n’est pas question de signer sans garanties. »
 
Aujourd’hui nous n’avons pas de date précise pour le premier coup de pelle et la population attend le démarrage des travaux…
« Oui, mais quand on fait nous-même notre propre maison, il faut d’abord faire les plans, passer un permis de construire, s’assurer de l’abduction en eau potable, de l’électricité, etc., et s’assurer que les banques vont nous financer. Imaginez à l’échelle d’un projet de plus de 150 milliards… donc ça prend du temps. On est tous comme Saint Thomas, on a hâte de voir. Ce que je peux dire à la population, c’est d’abord que le projet va se faire, j’ai presque envie de vous dire avec ou sans les Maori, mais on veut donner toutes les chances aux Maori de le faire. Nous allons lancer la partie remblai dès cette année. Nous préparons également le lancement du concours d’architecte ce vendredi pour la partie convention center, donc le palais des congrès on va dire, où nous aurons des salles de spectacle mais aussi des salles pour nos groupes de danse. »
 
Justement, vous projetez de délocaliser une partie des infrastructures de To’ata à Punaauia pour ce projet ?
« Ce que nous avons décidé en interministériel, c’est qu’effectivement le petit théâtre et le grand théâtre du Fare Tauhiti Nui iraient dans cet équipement, de manière à libérer du parking à To’ata parce que To’ata va rester pour le Heiva. Par contre, dans ce nouveau centre de convention qui est chiffré aujourd’hui à près de 7 milliards de Fcfp, qui sera un investissement public, nous avons non seulement prévu de faire un nouveau petit théâtre, un grand théâtre, pour nos écoles aussi, pour l’activité culturelle, une grande salle de spectacle de 2 000 places, un centre de conférence, parce que le tourisme de conférence est notre autre cible qui pourra accueillir 700 délégués en conférence. »
 
Quelles vont être les prochaines étapes concernant les investisseurs Néo-Zélandais ?
« Nous avons jusqu’au 6 mai aujourd’hui, ce sont les 45 jours qu’il nous reste. Je peux vous dire que d’autres investisseurs frappent déjà à notre porte en nous disant : si eux ne le font pas, on est prêt à le faire. »
 
Vous seriez prêts à changer ?
« Le gouvernement souhaite aller jusqu’au bout avec les Maori, parce qu’au-delà de l’investissement, c’est aussi deux peuples qui se réunissent à nouveau. C’est pour ça que nous avons décidé de donner ces 45 jours. M. Tuku Morgan s’investit pleinement dans le projet, donc nous lui donnons cette chance. Mais ce que je veux dire à la population, c’est qu’on veut prévoir des débuts de travaux dès cette année, la partie remblai maritime et toute la préparation du terrain va démarrer, parce que le jour où on va signer, il faut que le terrain soit prêt. Le projet ne s’arrête pas, il va se faire, on n’a pas d’autre choix de toute façon. »
 
Le maire de Punaauia, Simplico Lissant, qui doutait encore la semaine dernière du projet est apparemment plus convaincu aujourd’hui même si pour lui il reste des questions en suspens, notamment sur les conditions d’exécution des travaux, comment ça va se passer, ne serait-ce que pour le va-et-vient des camions ? Les agrégats, où est-ce qu’on va aller les chercher ?
« Je comprends que M. Simplicio Lissant qui arrive dans le projet, puisque c’est avec M. Tumahai que nous avons fait toute la première partie du projet. Malheureusement il nous a quittés et Rony Tumahai était bien au courant de tout ça. Mais c’est bien que M. Lissant ait pris part à notre comité, on souhaite que le maire de Punaauia soit partie prenante. Mais il faut d’abord boucler les financements, il faut concrétiser avec les Maori, après, ce que TNAD est en train de préparer, c’est tout ce qu’il évoque, c’est-à-dire où est-ce que les prélèvements vont se faire pour les matériaux, comment va être organisé le chantier, mais la question la plus importante, il ne l’a pas soulevée et c’est notre question à nous tous : c’est l’embauche des enfants de Polynésie en priorité et c’est ça aussi que nous préparons avec le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi pour faire en sorte que le moment venu, ce soient bien nos enfants qui soient sur les chantiers et c’est ça le plus important au-delà du ballet des camions. »
 
Ce village Tahitien est l’un des grands enjeux des municipales à Punaauia. Est-ce que vous comptez vous présenter dans cette commune ?
« J’aime ma commune et j’aime mon pays, mais on n’est pas encore aux décisions sur les municipales. Il faut mener ce projet à bien et le Pays s’investit pleinement : 12 milliards d’aménagement, 7 milliards pour un centre de convention, le reste on verra plus tard. Ce qui est important c’est que d’abord on puisse donner de l’emploi aux Polynésiens. Au moment des municipales, des décisions seront prises. »
 
Vous avez rencontré tout de même Simplicio Lissant pour en parler avec lui ?
« Je lui en ai parlé effectivement, je sais qu’il réfléchit de son côté. C’est mieux si on était tous unis. Maintenant il faut avoir envie d’être unis et puis je sais qu’il a une liste avec beaucoup de monde déjà. Donc on verra, mais en tout état de cause, quand la décision se prendra et si je dois porter un projet à Punaauia, ce ne sera pas contre Simplicio, mais pour proposer quelque chose à Punaauia. Mais on n’en est pas encore là. »
 
Un mot de politique. Des tensions sont apparues lundi entre le parti et vos parlementaires concernant le choix du Tapura de soutenir la République en Marche pour les européennes. Est-ce que vous comprenez le désaccord des parlementaires qui sont inscrits à Paris avec l’UDI ?
« Je comprends la surprise, mais dans la manière d’exprimer le désaccord, je trouve qu’on est allés un peu loin. En plus j’étais à Paris avec eux, puisque j’étais en train de les assister sur le travail parlementaire pour la réforme du statut en cours, et je n’ai pas non plus été consulté. Mais je respecte les organes de mon parti et je respecte la position de la majorité, l’unanimité d’ailleurs, du conseil politique et mon président. Et je trouve normal de soutenir le parti majoritaire. Je comprends que les parlementaires, qui ne sont pas inscrits au parti politique du centre mais dans les groupes parlementaires, étaient un peu surpris. J’ai envie de leur dire, revenez à la maison quand le travail parlementaire sera fini et on en reparlera, mais n’allons pas laver ce linge sale sur la voie publique, d’ailleurs le linge n’est pas si sale que ça. C’est simplement un problème de communication, il faut respecter les consignes du Tapura, et le Tapura doit se positionner fortement pour soutenir Tearii Alpha et donc République en marche lors de ces élections européennes, c’est important pour nous. »
 
Enfin, avant de nous quitter on va parler des PPN. Depuis février, le Pays a annoncé vouloir réviser la liste des produits de première nécessité. Pourtant, l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) vient de faire paraître un avis sur le sujet. Elle recommande de supprimer clairement la réglementation sur les PPN. Quelle est votre position ?
« Je n’ai pas encore lu totalement l’avis mais je suis un peu étonné de cette position, parce que le noir ou le blanc, c’est quand même compliqué, la vraie vie est toujours nuancée. Si on arrêtait les PPN aujourd’hui, le premier effet est qu’on prendrait de la TVA et des taxes à l’entrée sur ces produits, c’est-à-dire qu’ils augmenteraient au moins de 20% tout de suite. On dit non. On ne va pas supprimer les PPN. On a des personnes en difficulté dans notre pays, il faut leur donner les moyens d’accéder à des produits moins chers. Après par contre, il faut une gestion dynamique des PPN. Pendant 20 ans ça n’a pas bougé ou au contraire tous les gouvernements sont venus rajouter sur la liste. »
 
Où en est la révision de cette liste ?
« La liste a été révisée, puisque nous l’avons changée le mois dernier et nous allons poursuivre. On a retiré les produits qui étaient mauvais pour la santé, qui étaient contraires à notre politique de santé et sur le riz on a déjà fait des ajustements parce qu’on pouvait démontrer qu’en sortant d’un encadrement trop stricte, on pouvait faire jouer la concurrence. Mais ce n’est pas vrai sur tous les produits. Donc c’est pour ça que c’est un peu gênant de la part de l’APC de dire qu’il faut tout jeter, nous ne sommes pas d’accord avec ça parce qu’il y a deux effets importants. D’abord nous ne voulons pas taxer ces produits pour qu’ils restent moins cher quelles que soient les conditions d’approvisionnement, et secundo, il faut que ces produits aillent dans les îles et là aussi, le PPN c’est le Pays qui prend en charge le fret. Il n’est pas question pour le gouvernement de changer ça parce que les habitants des îles ont droit aussi à des produits moins chers. »
 

Rédaction web avec Sophie Guébel

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