samedi 24 octobre 2020
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Covid-19 : la dépollution du navire échoué à Marutea stoppée

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La dépollution du navire échoué le 5 novembre 2017 sur le récif de Marutea Nord dans les Tuamotu, a pris du retard. Mandatées par le pays, les équipes de Rovotik découvrent chaque jour de nouvelles réserves de carburant dissimulées dans tous les moindres recoins. Ce que l’armateur taïwanais s’était bien gardé de communiquer. Le confinement du pays en pleine crise sanitaire a cependant contraint l’entreprise de rapatrier ses troupes.

Publié le 29/03/2020 à 16:07 - Mise à jour le 31/03/2020 à 11:50
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La dépollution du navire échoué le 5 novembre 2017 sur le récif de Marutea Nord dans les Tuamotu, a pris du retard. Mandatées par le pays, les équipes de Rovotik découvrent chaque jour de nouvelles réserves de carburant dissimulées dans tous les moindres recoins. Ce que l’armateur taïwanais s’était bien gardé de communiquer. Le confinement du pays en pleine crise sanitaire a cependant contraint l’entreprise de rapatrier ses troupes.

Couché sur le flanc, le Shen Long Yu reçoit depuis quelques mois la visite des équipes de Rovotik. Bateau de pêche côtière aménagé pour de la pêche hauturière, l’épave a réservé de mauvaises surprises aux unités de dépollution. « C’est un frigo géant, en fait. Tous les espaces sont en priorité des frigos, depuis l’avant du bateau où on va avoir des plus petits frigos qui servaient à la conservation des appâts, puis les gros frigos qui eux étaient là pour la conservation des prises. On a des espaces comme les deux frigos là-bas devant, qui ont été transformés en réservoirs de carburant justement pour donner plus d’autonomie au bateau et qu’il puisse faire des campagnes de pêche plus longues. Ensuite, tous les espaces qui étaient disponibles ont aussi été transformés en réservoir de carburant. On a trouvé du carburant sous des escaliers… des réservoirs, par exemple, ont été ajoutés au-dessus de la cuisine » explique Simon Jacquet, responsable des opérations.

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Cette imbrication de carburant et de zone stockage de poissons rend la tâche pénible et dangereuse. La dépollution devait durer quelques semaines. Trois mois plus tard, elle n’est toujours pas terminée. « On a déjà dû attaquer des opérations de démolition pour simplement accéder aux réservoirs de carburant qui n’ont pas été dépollués. (…) Si on se précipite, si on ne prend pas le temps d’effectuer des sondages régulièrement, d’être vraiment minutieux sur cette partie de dépollution, on a forcément un risque pour l’environnement en créant une petite marrée noire » poursuit Simon Jacquet.

Si l’entreprise spécialisée en travaux maritimes a remporté l’appel d’offres de la Direction Polynésienne des Affaires Maritimes (DPAM), c’est bien parce que son plan de démolition était suffisamment exigeant en termes de sécurité et de protection de l’environnement.

Voilà pourquoi Rovotik ne peut pas non plus rejeter à la mer le contenu des frigos. Car deux ans après l’échouement du navire, les prises et les appâts ont fondu en une soupe de nylon et de matière organique nauséabonde. « Le problème, c’est qu’avec les cartons et les plastiques, on ne peut pas du tout les jeter à la mer comme avec la pompe qu’on utilise. Elle ne laisse pas passer de tout façon ces nylons. On est obligés de le faire à la main, avec des seaux. Il faut y aller avec un masque qui prend toute la tête, cela permet de mieux respirer, de pas trop avoir les yeux qui piquent. L’odeur est forte. Ce sont des matériaux organiques qui sont décomposés depuis deux ans » déclare Guillaume Marrec, ouvrier spécialisé.

L’odeur des gaz putrides est en réalité insoutenable. Cependant, 20 mètres cubes d’amas visqueux ont déjà été retirés par les petites mains des ouvriers.

Niché à 1 kilomètre de là, le campement offre un certain confort. Une exigence de Rovotik pour compenser la pénibilité du chantier. Toilettes sèches, filtration et assainissement des eaux usées : son concept zéro déchet a séduit la DPAM. « On a travaillé avec le sable pour créer un système de filtration par sable. On a fait une sorte de cuve, et ensuite on a commencé les différentes épaisseurs, donc sable fin et ensuite de plus en plus épais, jusqu’à la soupe de corail au-dessus. C’est un système qui permet d’avoir une eau à la fin qui est quasiment neutre » précise Elodie Jacquet, responsable base-vie et logistique.

L’objectif est de partir sans laisser de trace sur cette oasis encore préservée de l’activité humaine. Mais le confinement forcé et la crise économique dûs au coronavirus a contraint Robotik de rapatrier ses troupes jeudi. Dans ce contexte, l’issue du chantier est plus que jamais incertaine.

REPORTAGEEsther Cunéo

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