mercredi 27 octobre 2021
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Des tatoueurs 100% formés aux Marquises

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Le projet est en construction depuis deux ans : l’Association Patutiki et la Codim ont lancé depuis le 20 septembre une formation diplômante de tatoueur, à Taiohae. Les inscrits, issus des 6 îles de l’archipel des Marquises, vont apprendre durant 10 mois l’art du tatouage, mais aussi comment monter leur propre entreprise.

Publié le 04/10/2021 à 10:03 - Mise à jour le 04/10/2021 à 14:41
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Le projet est en construction depuis deux ans : l’Association Patutiki et la Codim ont lancé depuis le 20 septembre une formation diplômante de tatoueur, à Taiohae. Les inscrits, issus des 6 îles de l’archipel des Marquises, vont apprendre durant 10 mois l’art du tatouage, mais aussi comment monter leur propre entreprise.

Ils sont 12, et sont passionnés d’art et de cuture. Les membres de la première session de la formation tatouage mise en place à Nuku Hiva ont débuté leurs apprentissages le lundi 20 septembre.

Cette formation diplômante leur permettra d’acquérir un niveau bac+2. Il s’agit d’une première aux Marquises : les participants ont désormais la possibilité de se réaliser à travers leur passion, sans avoir à quitter leur archipel, comme l’explique Teiki Huukena, directeur de la formation et président de l’association Patutiki : “la plupart du temps, le chemin que suit un tatoueur marquisien, c’est de commencer comme il peut dans l’archipel, c’était mon cas, comme beaucoup d’autres. Puis il part sur Tahiti, se procure de meilleures machines, puis part se perfectionner encore à l’extérieur. Il n’y a pas de cadre en général. Il n’y a qu’une école française de tatouage qui certifie, à un niveau bac+2, ce diplôme d’artiste tatoueur”.

Teiki Huukena, membre de l’association Patutiki et directeur de la formation, est également à l’origine des deux volumes de “Te Patutiki”, l’ouvrage qui détaille chaque symbole du tatouage marquisien et sa signification (crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

L’association Patutiki, qui promeut le patrimoine marquisien, est à l’origine de ce projet. À ses côtés : la commune de Nuku Hiva, la communauté des communes des îles Marquises, les ministères du Travail et de la Culture, le Sefi et l’école française de tatouage avec laquelle un partenariat a été conclu.

“Nous avons co-signé une convention afin que cette formation puisse être réalisée d’abord aux Marquises, et ensuite sur Tahiti”, détaille Teiki Huukena. Les stagiaires sont formés sur place et sont ensuite certifiés par l’EFT. La formation, d’une durée de 10 mois, est également ouverte aux tatoueurs déjà expérimentés qui souhaitent disposer du diplôme.

Pour l’heure, les douze premiers stagiaires à inaugurer la formation ont été triés sur le volet. Pour pouvoir prétendre au diplôme, ils ont tous passé le concours d’entrée. Et selon Heretu Tetahiotupa, formateur, le niveau graphique de cette première promo est très élevé : “on revoit les bases du dessin. On a attaqué les perspectives. Ils sont en train d’étudier comment représenter un volume sur un support plat. Ils doivent être capables de manipuler ces formes en partant de schémas simples pour aller vers des formes plus complexes. En une semaine, je suis impressionné par leur progression. Ils assimilent rapidement les outils qui leur sont donnés […] Ils sont impliqués. Quand les cours sont terminés, ils sont encore en train de dessiner. Il y a une vraie motivation. On avance bien dans ces conditions.

Les 12 élèves de cette première promo ont tous été sélectionnés après avoir passé un concours. Le niveau graphique est déjà très élevé (crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Mais la formation, qui se veut complète, ne se résume pas qu’au dessin. Les règles d’hygiène et la gestion d’entreprise font aussi parties du programme : “on va passer en revue le matériel, l’hygiène… ils vont s’entraîner d’abord sur des peaux synthétiques, puis sur des peaux humaines. Le travail de tatoueur, c’est aussi apprendre à monter et à gérer une entreprise… On va faire venir différents professionnels de Tahiti pour leur permettre d’avoir un savoir complet, et d’être opérationnels directement à l’issue de leur formation”, assure Heretu Tetahiotupa.

Heretu Tetahiotupa, l’un des formateurs qui encadre les stagiaires pendant 10 mois (crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Angelo Tuki O’Connor est originaire de Hiva Oa. Il est l’un des apprentis tatoueurs et voit cette formation comme une véritable opportunité : “je ne connais pas trop les bases de l’entreprenariat, et là, je vais apprendre […]. C’est pas facile de trouver du travail ici. Ca dépend dans quel domaine on est. Mais là, on va pouvoir travailler dans un domaine qui nous intéresse. C’est ma passion. C’est un cadeau de pouvoir faire ça !“.

Pour les formateurs, le but est certes de créer de l’emploi mais aussi et surtout de perpétuer la culture marquisienne : “Ce que nous souhaitons, dans un premier temps, c’est que chaque île se dote de bons tatoueurs marquisiens qui vont travailler à la fois avec des machines occidentales, mais aussi avec du matériel traditionnel. Qu’ils puissent également transmettre les symboles du Patutiki au travers de ce métier. Et puis qu’ils puissent tatouer la population de leur île. Lors des festivals, nous pourrons avoir des marquisiens tatoués comme aux temps anciens”, souhaite Teiki.

“La culture marquisienne est très riche”, rappelle Heretu. “Le tatouage est un aspect connu qui permet de développer une profession lucrative mais l’art marquisien graphique est vaste. […] Ca prend tout son sens de proposer cette formation sur cette terre qui a vu naître cet art”.

La Codim souhaite ouvrir le même type de formation pour d’autres domaines, tels que la sculpture, la gravure ou encore la peinture sur tapa (crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

De son côté, la Codim veut profiter de cette dynamique pour développer le tourisme de la Terre des Hommes et, à terme, étendre ce type de formation à d’autres domaines : “avec le projet d’aéroport international, nous allons avoir davantage de flux sur l’archipel”, explique Benoît Kautai, président de la Codim et maire de Nuku-Hiva. “Il va y avoir une niche. Nous espérons que les visiteurs seront intéressés pour en savoir plus sur cet art lors de leur passage. Il y a déjà une section de sculpture au niveau du CETAD mais il faut que cela devienne plus professionnel. On va essayer d’ouvrir ces formations à la sculpture, à la gravure, la peinture sur tapa”.

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