lundi 12 avril 2021
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Marine Le Pen évoque l’outre-mer pour justifier qu’elle n’est pas xénophobe

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Marine Le Pen, candidate à l'Elysée, veut "rassurer" les Français sur sa capacité à exercer le pouvoir, en s'efforçant de normaliser toujours plus son discours, dont elle assume aussi les imprécisions.

Publié le 12/03/2021 à 9:52 - Mise à jour le 12/03/2021 à 12:32
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Marine Le Pen, candidate à l'Elysée, veut "rassurer" les Français sur sa capacité à exercer le pouvoir, en s'efforçant de normaliser toujours plus son discours, dont elle assume aussi les imprécisions.

« Décidément, que de témoignages de recentrage », s’est exclamée jeudi soir la présidente du Rassemblement national sur BFMTV, où elle a été interrogée pendant plus de deux heures.

Sur un ton mesuré, loin des outrances de 2017, la dirigeante d’extrême droite a défendu un projet, selon elle, « raisonnable » destiné à « rassurer » les Français qui ont « entendu beaucoup de (…) choses fausses » et « caricaturales » à son égard.

« La raison, l’équilibre, le bon sens » seront les « valeurs » qu’elle défendra dans sa campagne, relève son numéro deux Jordan Bardella. Campagne que Marine Le Pen aborde avec « combativité » face à Emmanuel Macron et une droite affaiblie, mais aussi « modestie ».

Si les Français la trouvent –à 65% selon Elabe– « arrogante », « cela doit être corrigé », assure la cheffe du RN.

« Je n’ai pas peur des étrangers », a affirmé aussi Mme Le Pen, qui revendique une « dédiabolisation » de son parti des accusations d’antisémitisme et de racisme depuis son arrivée à sa tête en 2011, et défend une politique hostile à l’immigration.

« C’est eux qui en l’occurrence ont voté pour moi, car ils sont contre l’immigration. On nous accuse en permanence de racisme et de xénophobie, or nos compatriotes d’Outre-mer, qui sont de couleur et qui votent pour moi, eux ne supportent pas l’immigration qu’ils subissent, ils ne sont pas xénophobes ni racistes. Ces accusations tombent« , a aussi déclaré Marine Le Pen.

Mais en invoquant l’Outremer, où le RN est arrivé en tête aux européennes de 2019, pour justifier qu’elle n’était pas xénophobe, la dirigeante d’extrême droite a créé la polémique.

« Faut-il comprendre que Madame Le Pen considère les Ultramarins comme des étrangers ? Les Outremer, c’est bien la France. La couleur de peau de nos compatriotes n’y change rien », a tweeté le ministre des Outremer Sébastien Lecornu.

Le député de Guadeloupe et président de la délégation aux Outre-mer de l’assemblée nationale Olivier Serva, a également réagi dans un tweet : « Nous sommes la France. NON Marine le Pen, les Outre-mer ne sont pas l’étranger ! Justifier votre non xénophobie par vos résultats électoraux dans les Outre-mer démontre le peu de considération que vous accordez à nos territoires. »

« Union nationale »

Accusée de manquer de personnel politique, la cheffe du RN a cité quelques ministres potentiels, comme l’ancien député LR Jean-Paul Garraud pour la Justice, ou l’ancien conseiller de Raymond Barre devenu le chantre au RN d’une écologie identitaire, Hervé Juvin, pour l’Ecologie. Les mêmes que Mme Le Pen avait investis sur la liste du RN arrivée en tête aux élections européennes et qu’elle a désignés comme têtes de liste aux régionales.

En quête de voix pour franchir la barre des 50%, alors que les sondages la portent aux rives de la majorité au second tour, Marine Le Pen a défendu l’idée de former, si elle était élue, un « gouvernement d’union nationale », n’excluant pas d’y intégrer sa nièce Marion Maréchal, qui plaide pour une « union des droites ».

Mais en s’inscrivant déjà dans une victoire potentielle, la candidate risque de démobiliser son électorat traditionnel. Son père et ancien président du FN (devenu RN) Jean-Marie Pen l’a prévenue qu’elle ne devait « pas du tout céder à cette attraction centriste avant le deuxième tour », parce qu’au premier tour, « il faut rassembler tous les Français qui sont légitimement excédés ».

« Pas tant des chiffres »

En quête de crédibilité notamment sur l’économie, Mme Le Pen a redit jeudi qu’elle était désireuse de rembourser la dette Covid mais sans « austérité budgétaire » et a défendu une politique d’investissements financée par « un grand emprunt national ».

La France insoumise a dénoncé son manque de « propositions sérieuses » en matière économique. « Dès qu’elle sort de son bac à sable ‘immigration-voile-délinquance’, il n’y a plus personne », a fustigé le député Adrien Quatennens.

Accusée d’incompétence face à M. Macron en 2017, Mme Le Pen a minimisé ses erreurs. « Que la langue d’un responsable politique fourche, les Français, ils s’en moquent ».

Pour la candidate, « l’économie ce n’est pas tant des chiffres que du bon sens » et, à cet égard, un « gouvernement d’experts, c’est catastrophique ».

Malgré ses imprécisions, Jean-Daniel Levy, directeur délégué d’Harris Interactive, relève que « les électeurs ont tendance à considérer de plus en plus qu’elle est crédible sur des sujets où elle ne l’était pas par le passé ». 

Aux élections européennes, elle a progressé auprès des populations âgées de 50 ans et plus qui ne votaient pas d’habitude pour elle à cause du Frexit (sortie de la France de l’UE), auquel elle a renoncé après la présidentielle de 2017, rappelle-t-il.

Et géographiquement, le vote RN s’est étendu vers l’Ouest « auprès de populations jusqu’à présent rétives à voter pour lui ».

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