L’Australie autorise l’usage médical de l’ecstasy et des champignons hallucinogènes

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L'Australie est devenue samedi l'un des premiers pays au monde à autoriser l'ecstasy et les champignons hallucinogènes à des fins médicales, dans l'espoir de lutter contre certaines pathologies mentales.

Publié le 03/07/2023 à 17:24 - Mise à jour le 03/07/2023 à 17:25

L'Australie est devenue samedi l'un des premiers pays au monde à autoriser l'ecstasy et les champignons hallucinogènes à des fins médicales, dans l'espoir de lutter contre certaines pathologies mentales.

À partir du 1er juillet, les psychiatres agréés pourront prescrire ces substances, connues aussi sous les noms de MDMA et psilocybine, pour le traitement des états de stress post-traumatique et de certains types de dépressions, selon une décision prise en février par l’organisme australien de surveillance des drogues.

Le Canada et certains États des États-Unis ont autorisé l’usage médical de la psilocybine et/ou de la MDMA, mais uniquement dans le cadre d’essais cliniques ou avec des autorisations spéciales. 

L’Australie va pour sa part reclasser ces substances, après des essais de la Therapeutic Goods Administration australienne évaluant celles-ci comme « relativement sûres » lorsqu’elles sont utilisées dans un « environnement médicalement contrôlé ». 

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Les partisans de cette décision espèrent que ces substances pourront permettre des avancées décisives dans le traitement de certains troubles mentaux.

Mike Musker, chercheur en santé mentale et en prévention du suicide à l’université d’Australie-Méridionale, a déclaré à l’AFP que la MDMA serait utile pour traiter le stress post-traumatique, tandis que la psilocybine pourrait aider à lutter contre la dépression. 

« Manque d’options »

Il a expliqué que la MDMA donne aux patients « un sentiment de connexion » qui leur permet de faciliter le contact avec le thérapeute et d’échanger sur leurs expériences traumatiques.

L' »effet psycho-spirituel » de la psilocybine, « que l’on n’obtient pas avec les médicaments traditionnels », dit-il, « peut changer votre perception de vous-même et de votre vie (…) et avec un peu de chance, cela peut vous donner envie de vivre ». 

M. Musker doute que ces drogues soient « largement utilisées » par les patients avant 2024, et a déclaré que le processus ne consisterait pas à « prendre une pilule et disparaître dans la nature ».

L’ecstasy, par exemple, nécessiterait probablement trois traitements sur une période de cinq à huit semaines, chaque séance durant environ huit heures.

Il a précisé que les thérapeutes resteraient avec les patients pendant qu’ils sont sous l’emprise de la drogue, au cours de séances qui pourraient coûter environ 1 000 dollars australiens (609 euros) chacune.

Le docteur David Caldicott, consultant en médecine d’urgence et chercheur en substances cliniques à l’Université nationale australienne de Canberra, a déclaré à l’AFP que cette décision donnait à l’Australie une longueur d’avance dans l’exploration des avantages médicinaux des drogues.

Rapport avantages-risques

Mais Susan Rossell, neuropsychologue cognitive à l’université de Swinburne, a déclaré que, bien que ces traitements « aient du potentiel », l’Australie « avance cinq ans avant qu’elle ne devrait le faire ».

« Pour tout autre type de maladie, qu’il s’agisse d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer, il est impossible de mettre un médicament sur le marché aussi rapidement qu’on l’a fait dans le cas présent », a-t-elle dit à l’AFP.

« Il n’y a pas de médicaments sur le marché qui n’aient pas fait l’objet d’essais cliniques de phase trois et de phase quatre – et c’est ce que nous faisons ici ».

Un porte-parole du ministère de la Santé a déclaré à l’AFP que la décision « tient compte du fait que les preuves concernant l’utilisation de ces substances dans le traitement des maladies mentales ne sont pas encore bien établies ».

« Toutefois, les avantages pour certains patients (…) l’emportent sur les risques, et il y a actuellement un manque d’options pour les patients souffrant de maladies mentales spécifiques résistantes aux traitements ».

« Je pense qu’il faut avertir le patient que (les +bad trips+) sont un effet secondaire potentiel avant qu’il ne participe au programme », a déclaré M. Musker. 

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