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La grogne des praticiens de santé de Tahiti : “on se moque de nous”

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Publié le 19/11/2018 à 16:54 - Mise à jour le 19/11/2018 à 16:54
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En cause, la décision de la commission conventionnelle paritaire favorable à une diminution de 15% sur 3 ans des honoraires des praticiens. Les spécialistes dénoncent une volonté du gouvernement de vouloir leur faire supporter le déficit de la CPS sans pour autant daigner les rencontrer… La pression monte chez les professionnels de santé libéraux qui selon eux pourrait donc se voir amputer d’une bonne partie de leur chiffre d’affaire, 40% soit près de 300 000 francs pour certain, si cette baisse venait à être adoptée.

>>> Lire aussi : Baisse des honoraires : les kinés réclament toujours des négociations

Une situation dénoncée depuis plusieurs mois par le syndicat des kinésithérapeutes de Polynésie soutenu cette fois-ci par celui des médecins libéraux. “Je partage leur inquiétude. On ne sait pas trop où on va dans cette politique de santé à long terme. On ne voit que le court terme pour faire des économies. (…) Nous sommes entendus mais pas souvent écoutés (…) Les professionnels de santé ne coûtent pas cher, ce sont les malades” déclare, Didier Bondoux, médecin généraliste à Faa’a et président du syndicat des médecins libéraux de Polynésie (SMLPF).

“C’est la médecine dans son ensemble qui est touchée. Nous travaillons en équipe. Le médecin est prescripteur et nous envoie les patients que l’on va prendre en charge, et ensuite, on va travailler avec les équipes de rééducateurs comme les podologues par exemple (…) Quand on s’attaque à un professionnel, on s’attaque à toute la santé” ajoute de son côté Nicolas Toussaint, président du syndicat des kinésithérapeutes de Polynésie.

Et pourtant le processus est enclenché puisque le Conseil d’administration de la CPS a déjà voté son budget le 9 novembre dernier et dans lequel figure ces dispositions. Au conseil des ministres ensuite à les faire appliquer. Les praticiens regrettent de ne pas être consulté malgré leurs nombreuses sollicitations auprès des autorités de santé du pays. “Nous essayons de joindre depuis des semaines le ministre de la santé qui refuse de nous rencontrer. (…) J’aimerais qu’on nous explique ce que l’on a fait pour être pénalisé de la sorte. Les kiné n’ont pas été augmenté depuis près de 20 ans. (…) On lance un SOS à la population : méfiez-vous, on ne nous donne plus les moyens de vous soigner. Ce qui coûte cher, ce n’est pas la santé, mais la maladie. (…) Je me mets à la place des jeunes Polynésiens qui font des études de médecine. Si demain, ils ont leur diplôme, je pense qu’ils feront le choix de ne pas revenir car le Pays n’est plus attractif pour eux : on se moque de nous” explique le kinésithérapeute.

> “C’est dommage qu’on écoute que les gens qui peuvent bloquer”

“Quand ce gouvernement a été élu il y a quelques mois, nous étions tous heureux de voir qu’on allait enfin vers une stabilité politique. On nous disait que les choses avaient changé et qu’on communiquerait énormément dans le but de trouver des solutions. Aujourd’hui, le Pays connait une belle embellie économique avec une baisse du taux de chômage, une fréquentation touristique qui augmente… Mais on nous annonce une perte de 15% de notre chiffre d’affaire, ce qui correspond pour moi à une baisse de 40% de mon salaire. (…) Je n’aurai donc plus les moyens de travailler et je mettrai la clé sous la porte” déplore Nicolas Toussaint.

>>> Lire aussi : Diminution de leurs honoraires : les kinésithérapeutes montent au créneau
 
À ce jour, près de 200 médecins libéraux et une centaine de kinésithérapeutes sont concernés par cette diminution. Des praticiens au pied du mur car ceux qui ne l’acceptent pas, prennent le risque d’être déconventionnés. “Nous ne sommes pas des nuisibles potentiels. Nous n’avons pas les moyens de bloquer ni l’aéroport ni le port, alors nous ne sommes pas écoutés. C’est dommage qu’on écoute que les gens qui peuvent bloquer. Nous n’arrêterons pas de soigner les malades et nous n’allons pas nous mettre en grève. On veut juste prévenir la population que le gouvernement prend une mauvaise direction en matière de santé” poursuit-il.
 

Rédaction web avec Jeanne Tinorua et Esther Parau-Cordette

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