vendredi 26 février 2021
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Crise politique en Nouvelle-Calédonie, où les indépendantistes font chuter le gouvernement

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Le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie est tombé mardi après la démission des indépendantistes de l'exécutif, qui ont dénoncé "l'impasse et l'immobilisme" dans l'archipel, où la vente d'une usine de nickel est devenue un enjeu politique.

Publié le 02/02/2021 à 10:52 - Mise à jour le 02/02/2021 à 10:52
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Le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie est tombé mardi après la démission des indépendantistes de l'exécutif, qui ont dénoncé "l'impasse et l'immobilisme" dans l'archipel, où la vente d'une usine de nickel est devenue un enjeu politique.

Les indépendantistes du FLNKS comptent cinq membres de l’exécutif sur 11. Leur démission, ainsi que celle de leurs suivants de liste, entraîne de facto une chute du gouvernement collégial, élu par les membres du Congrès. Un nouveau gouvernement devra être élu dans un délai de 15 jours, selon le statut de l’accord de Nouméa (1998).      

Les dirigeants Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS (Union Nationale pour l’indépendance) et son homologue de l’UC-FLNKS (Union calédonienne), Pierre-Chanel Tutugoro, ont écrit une lettre de démission au président du gouvernement, Thierry Santa (loyaliste).     

L’une des raisons invoquées par le FLNKS est le « processus de vente » de l’usine de nickel du groupe brésilien Vale « qui fait primer les intérêts des multinationales sans considération des aspirations des populations locales ».       

La vente de cette unité industrielle à un consortium calédonien et international où figure le géant suisse Trafigura pourrait aboutir le 12 février. Elle soulève un tollé dans la mouvance indépendantiste et a été à l’origine d’une flambée de violence en décembre. L’usine est à l’arrêt après avoir été prise d’assaut par des émeutiers le 10 décembre et est depuis la cible d’exactions permanentes.              

Les indépendantistes mettent aussi en cause « le retard dans le vote du budget primitif » de l’île, reporté à mars, ainsi que « la dynamique institutionnelle en panne et le consensus qui est de moins en moins la règle ».

– « Immense risque » – 

L’Avenir en Confiance (AEC), coalition des principaux partis non indépendantistes dont est issu le président du gouvernement Thierry Santa, a fustigé « une décision incohérente, irresponsable et dangereuse« .        

« En provoquant une crise institutionnelle en pleine période de gestion de la crise sanitaire, d’une possible crise budgétaire ainsi que des tensions économiques et sociales fortes, les indépendantistes font peser un immense risque sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie », ont-ils déclaré dans un communiqué.       

Leader de l’Eveil Océanien, parti charnière au Congrès, issu de la communauté Wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie et à même de faire et défaire les majorités, Milakulo Tukumuli, a estimé que la décision des indépendantistes visait à « bloquer la cession de l’usine de Vale ».        

Une réunion visant à faire valider le projet avec Trafigura par les exécutifs des collectivités, prévue pour le 12 février, aurait été avancée à mercredi, selon plusieurs sources.      

« Je préfère une action institutionnelle à une action sur le terrain. (…) Nous pensons qu’il faut repousser la vente de cette usine, les oppositions sont trop fortes », a déclaré à l’AFP M. Tukumuli. Il n’a toutefois pas précisé si son parti formerait une majorité avec le FLNKS « dans ce contexte compliqué ».

– « interlocuteurs légitimes »-

Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a pris acte de cette démission et formulé « le vœu de voir un nouveau gouvernement formé dans les délais les plus courts », dans un communiqué, expliquant que « l’Etat a besoin d’interlocuteurs légitimes pour poursuivre le combat contre le virus » du Covid-19.

Il rappelle l’importance des « discussions sur la place d’un actionnariat calédonien et le rôle de l’Etat » sur le dossier de reprise de l’usine Vale et souligne que « les discussions institutionnelles doivent reprendre au plus vite, notamment sur les implications et conséquences d’un +oui+ ou d’un +non+ à l’éventuel troisième référendum que le Congrès de Nouvelle-Calédonie pourra demander à partir du 4 avril ».

Cette crise institutionnelle « ajoute l’instabilité institutionnelle à la crise économique et sociale, à la confrontation des Calédoniens sur le dossier minier et à l’incertitude politique liée aux résultats du référendum du 4 octobre », a réagi dans un communiqué la formation Calédonie Ensemble (non-indépendantiste).

« C’est l’évolution que nous craignions. La majorité est tellement provocatrice à l’égard des indépendantistes qu’elle est en train de réunir les éléments d’un vote favorable à l’indépendance. C’est un suicide collectif irresponsable. Leur réaction à la démission est tout aussi irresponsable », a déclaré Jean-Christophe Lagarde, chef de file des députés UDI devant la presse. 

Les discussions avec l’Etat pour préparer « l’après accord de Nouméa » sont au point mort en raison de la vente conflictuelle de l’usine Vale. L’archipel fait aussi face à une crise budgétaire sans précédent et une économie en berne, due aux incertitudes institutionnelles et au Covid-19.

La chute du gouvernement intervient quatre mois après le référendum sur l’indépendance du 4 octobre dernier, remporté par les pro-français (53,3%). Un premier référendum avait eu lieu en 2018 et un troisième est encore possible d’ici 2022.        

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