mercredi 14 avril 2021
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Passeport vaccinal : « si on ouvre cette porte, on ouvre une porte à beaucoup de dangers » estime Thibaud Millet

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Interrogé sur l'éventualité d'un passeport vaccinal, Me Thibaud Millet, qui avait attaqué en justice le port obligatoire du masque l'année dernière, fait part de ses craintes et des problématiques diverses que soulève le dispositif.

Publié le 12/03/2021 à 15:07 - Mise à jour le 12/03/2021 à 15:22
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Interrogé sur l'éventualité d'un passeport vaccinal, Me Thibaud Millet, qui avait attaqué en justice le port obligatoire du masque l'année dernière, fait part de ses craintes et des problématiques diverses que soulève le dispositif.

Lors de son allocution hier jeudi au sujet de l’évolution des mesures sanitaires, Edouard Fritch avait évoqué la volonté du Pays de mettre en place l’obligation d’être vacciné pour sortir et entrer en Polynésie française. À l’origine des deux recours déposés en septembre dernier contre l’obligation de port du masque, Me Thibaud Millet estime que la mise en place d’un passeport vaccinal est une atteinte à la liberté individuel, mais pas que.

Lire aussi – Covid-19 : le Pays réfléchit à demander le vaccin pour voyager en et hors de Polynésie

« C’est une atteinte, ça c’est sur. La question, c’est de savoir si c’est une atteinte proportionnée à l’intérêt défendu […]. Ça pose un problème déjà d’éthique particulièrement fort sur le droit à la protection de la vie privée, le droit également de protéger son état de santé vis-à-vis des tiers ».

« Est-ce qu’on a le droit de priver les citoyens du monde en quelque sorte du droit de voyager, sur le principe qu’ils ne sont pas vaccinés ?« 

– Thibaud Millet

Selon lui, il faudrait également se questionner sur l’utilité d’un passeport vaccinal. « Lorsque l’OMS interroge les pays riches aujourd’hui qui sont en train d’envisager ce genre de mesure, en leur disant « attention, une personne qui est vaccinée peut être porteuse et peut contaminer d’autres personnes », ce n’est pas parce qu’on est vacciné que tout d’un coup, on ne représente plus un danger de contamination. Donc il y a ce problème d’utilité qu’il va falloir envisager sérieusement ».

« Une discrimination à la santé »

Pour les voyageurs non résidents de Polynésie française et qui devraient faire face à l’obligation de se faire vacciner avant d’arriver sur le territoire, Me Thibaud Millet explique qu’il y a également « des problèmes d’éthique très fort sur l’accessibilité au vaccin. Est-ce qu’on a le droit de priver les citoyens du monde en quelque sorte du droit de voyager, sur le principe qu’ils ne sont pas vaccinés ? Je pense notamment à certains pays qui n’ont pas accès au vaccin aujourd’hui tout simplement parce que les pays riches se le sont accaparés en violant tous leurs engagement auprès de l’OMS qui avaient été prises depuis des décennies […]. Aujourd’hui il y a tout un tas de pays plus pauvres qui n’ont pas les moyens de s’en procurer ».

« On est en train d’instaurer une discrimination à la santé qui est une discrimination économique, et qui pose donc un problème beaucoup plus large que la seule question de savoir si oui ou non on doit se voir imposer une vaccination qui, là aussi est déjà un problème majeur auxquels il va falloir répondre » a-t-il poursuivi.

« La nécessité d’en débattre »

Selon Thibaud Millet, rendre obligatoire la vaccination contre la covid pour les voyageurs se résume à enfreindre le droit à la vie privée uniquement dans le but d’attester des déplacements. « Il me semble qu’il faut un débat publique d’ampleur, c’est une décision qui est monumentale. Si on ouvre cette porte, on ouvre une porte à beaucoup de dangers. Ça voudrait dire qu’on commencerait à s’introduire dans l’intimité de la vie privée, c’est-à-dire dans la santé des gens, et qu’on commencerait à rendre publique et à faire sauter les verrous de l’intimité de la vie privée pour justifier tout simplement des déplacements de population ».

« Je pense que s’il y a une question fondamentale aujourd’hui dont il faut qu’on discute publiquement et sereinement, c’est bien celle-là. Et surtout pas prendre une décision en catimini pour des intérêts qui s’imposeraient là tout de suite dans l’immédiat parce que la saison va commencer (…) C’est dangereux de subordonner un retour à la vie normal à la vaccination générale de toute la population. Ça me semble très dangereux de commencer à rentrer dans ce genre de logique ».

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