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Violences intra et extra-scolaires : un état des lieux inquiétant

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C’est un sombre constat que dresse une mission d’information de l’assemblée de Polynésie dans un rapport portant sur la « gestion des violences intra et extra-scolaires ». Un document présenté en fin d’année dernière en commission qui s’intéresse en détails à la « montée de la violence », mais aussi aux causes de celle-ci. Bagarres, harcèlement, « jeunesse livrée à elle-même », « parents démissionnaires », ou « châtiments corporels », les maux auxquels font face les jeunes du Fenua sont nombreux.

Publié le 23/01/2023 à 16:45 - Mise à jour le 25/01/2023 à 14:04
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C’est un sombre constat que dresse une mission d’information de l’assemblée de Polynésie dans un rapport portant sur la « gestion des violences intra et extra-scolaires ». Un document présenté en fin d’année dernière en commission qui s’intéresse en détails à la « montée de la violence », mais aussi aux causes de celle-ci. Bagarres, harcèlement, « jeunesse livrée à elle-même », « parents démissionnaires », ou « châtiments corporels », les maux auxquels font face les jeunes du Fenua sont nombreux.

En préambule, les rapporteures de ce rapport, les représentantes Minarii Galenon (Tavini) et Romilda Tahiata (Tapura), disent l’avoir conçu pour donner suite aux « sollicitations des membres de la communauté éducative » qui les ont interpellées « sur les actes de violences scolaires et les tentatives de suicide ayant parfois eu lieu au sein même des établissements ». Pour rédiger ce document, elles ont sollicité les avis de multiples interlocuteurs : élèves, personnels enseignants ou de vie scolaire, sociologue, représentants associatifs, magistrat etc.

Selon une enquête menée en 2016 par le ministère de la Santé et celui de l’Education, il ressortait que 15,3% des élèves âgés de 13 à 17 ans avaient été agressés au moins une fois au cours des 12 mois précédents. Et 30% d’entre eux avaient au moins une fois participé à une bagarre.

Le confinement lié à la crise sanitaire n’a pas inversé la tendance. Au contraire. Selon le rapport, les affaires de violences concernant des mineurs représentaient en 2019 un cinquième des dossiers de délinquance juvénile traités par le parquet. En 2021, c’est désormais près du tiers !

« Certains -interlocuteurs de la mission, ndlr- expliquent cela par le fait que la pandémie a apporté encore plus de pression aux enfants qui ont été confrontés à davantage d’interdits et d’injonctions tel que le port du masque par exemple. Les élèves ‘n’avaient plus aucun repère et se battaient dans tous les coins », souligne le rapport.

Pour ses auteurs, la cellule familiale est « au centre de la problématique » car de nombreux jeunes sont « livrés à eux-mêmes ». Soit parce que leurs parents sont « dépassés » par les comportements de leurs enfants, soit parce qu’ils ont tout simplement démissionné de leur rôle.

Remise en cause des droits de l’enfant

Un grand nombre d’élèves est aussi confronté aux violences intrafamiliales qui sont « souvent à l’origine des violences intra et extra-scolaires ». « Certains parents auditionnés vont jusqu’à remettre en cause les droits de l’enfant en indiquant qu’empêcher les parents de corriger leur enfant comme ils le souhaitent mène à une perte d’autorité », écrivent les auteurs qui ajoutent que, dans les îles, les « châtiments corporels » sont fréquents.

« Les personnels affirment que les actes de violence survenant au sein des établissements scolaires ne sont que le reflet de violences intrafamiliales présentes dès la maternelle et poursuivant l’enfant pendant toute sa scolarité », poursuit le rapport. Certains enseignants indiquent d’ailleurs « avoir arrêté de contacter systématiquement les parents en cas de problème, car ils savent que les enfants seront roués de coups en rentrant ». Et « « s’il y a des enfants victimes de coups dès la maternelle, il y en a davantage encore qui sont victimes d’inceste », note encore le rapport.

Reste que ces violences intra et extra-scolaires sont aussi le fruit d’un système éducatif calqué sur le modèle occidental qui doit être « repensé ». Car certains élèves sont orientés dans des filières qui ne les intéressent pas ou qui ne leur offriront aucun débouché sur le marché du travail, notamment dans les îles. Les auteurs du rapport pointent aussi du doigt des « méthodes d’enseignement et d’évaluation dépassées ».

Personnels peu formés et « accompagnement social défaillant »

Ils estiment en outre que les moyens humains et financiers destinés de la jeunesse sont « insuffisants », qu’il s’agisse du manque de « personnels formés » comme d’un « accompagnement social défaillant » : « La DSFE, qui est en charge du social, est saturée depuis de nombreuses années. Toutes les situations de souffrance sociale ne peuvent par conséquent pas être traitées et le manque de structures périscolaires pour adolescent aggravent ‘l’urgence sociale. »

L’accès des jeunes élèves « aux soins spécialisés » pose aussi problème du fait, là encore, d’un manque de spécialistes et de structures. « C’est même une catastrophe dans les îles », souligne le rapport. « S’ils ne sont pas pris en charge quand ils sont petits, il est très compliqué d’assurer une prise en charge réussie plus tard. En CM2, c’est déjà très tard et ces enfants rencontrent des difficultés dans la poursuite de leurs études. Ils sont ainsi réorientés, alors que leurs difficultés scolaires sont dues à un problème de santé », indique le document.

Des actions « urgentes » doivent donc être prises selon les auteurs du rapport qui émettent de multiples préconisations en conclusion du document. Ils demandent, entre autres, de renforcer les moyens de la DSFE et du Fare Tama Hau, d’organiser « une campagne de sensibilisation à grande échelle sur les violences » ou encore de créer des « structures périscolaires pour adolescents et de diversifier les activités proposées aux jeunes ».

Selon Christelle Lehartel, ministre de l’Éducation, ces préconisations sont déjà, aujourd’hui, mises en place dans les établissements scolaires, notamment avec “le travail d’une cellule de la DGEE” (Direction Générale de l’Education et des Enseignements). Il s’agit d’une cellule d’écoute, appelée GARI (Groupe d’Appui de Ressources et d’Intervention), composée de psychologues et d’assistantes sociales. Elle recueille la parole des élèves et des personnels, comme par exemple au Collège Henri Hiro en octobre dernier où un collégien avait été poignardé par un lycéen.

Concernant les établissements scolaires, ils appellent aussi de leurs vœux à pérenniser les emplois d’adjoints d’éducation, souvent occupés par des contractuels, mais aussi à « créer des filières qui correspondent aux besoins du marché du travail » local. Ils préconisent enfin de « placer au cœur des projets d’établissement » la culture et les langues polynésiennes ainsi que de respecter « la carte scolaire pour qu’il y ait une réelle mixité sociale. »

Ce rapport devrait être discuté le mois prochain par les représentants en séance plénière à Tarahoi.