mercredi 5 octobre 2022
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Une Tahitienne Normande veut créer la première ferme pédagogique laitière de Polynésie

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Après une longue carrière dans la finance, Cindy Gelas prépare son retour aux sources. Ambitieuse et motivée, la Tahitienne Normande s'envole ce mardi pour la France où elle va se former à l'élevage laitier en vue de créer la première ferme pédagogique de Polynésie.

Publié le 29/03/2022 à 18:30 - Mise à jour le 30/03/2022 à 9:28
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Après une longue carrière dans la finance, Cindy Gelas prépare son retour aux sources. Ambitieuse et motivée, la Tahitienne Normande s'envole ce mardi pour la France où elle va se former à l'élevage laitier en vue de créer la première ferme pédagogique de Polynésie.


Après avoir été chargée d’affaires, analyste financière ou encore conseillère technique dans le secteur du tourisme, à 43 ans, Cindy Gelas tourne la page d’une carrière bien remplie pour le monde agricole et lancer “La Tahitienne Normande”. Son projet : créer la première ferme pédagogique de Polynésie. Une ferme destinée à l’exploitation de 8 vaches laitières, 4 brebis et 4 chèvres laitières, sur le site de Opunohu à Moorea. “C’est un projet qui est dur et complexe car ça n’a jamais existé. C’est mon projet de vie” admet-elle.

Pour concrétiser son projet, Cindy Gelas part ce mardi 29 mars en France pendant trois ans pour passer un certificat agricole et une certification en transformation laitière et viande, en plus de sa formation sur le terrain puisqu’elle sillonnera plusieurs fermes de Normandie à la rencontre de professionnels du secteur : “J’ai suffisamment acquis une maturité mentale aujourd’hui et les compétences pour me lancer dans ce projet. Il faut être courageuse pour partir en France, se former pendant trois ans… Mes enfants sont grands maintenant, et j’ai senti que c’était le bon moment. Depuis que je suis petite, c’est quelque chose que j’avais en moi. J’y pensais fortement depuis plus de 4 ans. Cela demande un certain moral et une force de caractère car c’est un métier qui est dur et très masculin”.

“Je crois en l’avenir de l’élevage bovin sur les terres polynésiennes”

Cindy Gelas

Aussi, la crise sanitaire a été un déclic : “L’élevage laitier bovin et la transformation laitière sont considérés par les Polynésiens comme un savoir-faire inaccessible car non traditionnel et réservé aux occidentaux. Or, la crise sanitaire nous a fait prendre conscience de notre fragilité économique et de notre dépendance à l’importation des produits de consommation. (…) L’agriculture prend de plus en plus de place dans la Polynésie d’aujourd’hui. Et il faut chercher une certaine autonomie alimentaire qu’il n’y a pas encore. Aujourd’hui, sans bateau ni avion la Polynésie n’a rien, alimentairement parlant. Et on n’a pas assez de viande dans les supermarchés, le lait est importé, pour le lait frais, c’est que Vai Ora. (…) 82% des aliments sont importés de l’extérieur”. Pour rappel, il existe une seule ferme laitière en Polynésie, à Taravao, sur Tahiti, et le lait frais ne représente que 3% de production en Polynésie.

(Crédit photo : Noémie Schetrit / TNTV)

Portée par le dicton familial : “Le gêne des éleveurs est dans le sang des Gelas”, Cindy veut acquérir les bases pratiques du métier d’éleveur, et faire découvrir le métier aux Polynésiens au travers de sa future ferme, le valoriser, et pourquoi pas, faire naitre des vocations : “Je crois au potentiel de la jeunesse polynésienne dans le monde de l’agriculture. Je crois en l’avenir de l’élevage bovin sur les terres polynésiennes”. Et de préciser qu’il faut néanmoins “adopter son savoir-faire à la Polynésie, car on n’a pas des prairies comme en Normandie. Il faut aussi penser au transport maritime, à l’importation de la nourriture des animaux, aux infrastructures, aux règlementations qui doivent être crées par le Pays, qui ne l’a pas encore fait, parce que ça n’existe pas dans le milieu public ici”.

Un retour aux sources

Née d’un père normand et d’une mère tahitienne, Cindy Gelas a grandi à Moorea avant de partir faire des études dans la finance en France, puis de revenir au fenua une fois ses diplômes en poche. Mais aujourd’hui, la porteuse de projet prône un retour aux sources, ses sources normandes. “J’ai toujours rêvé d’être une fermière, confie-t-elle. Je suis agricultrice dans l’âme”. Cindy est passionnée par l’élevage laitier, sa famille est descendante d’une longue génération d’éleveurs et elle possédait autrefois la plus grande ferme d’élevage de vaches laitières à Saint Lô en Normandie : “L’élevage, c’est un métier très complexe. Il faut vraiment intégrer le monde agricole pour le comprendre, et il faut être passionné pour le faire”.

“Aucun établissement agricole ne dispense de formations laitières en Polynésie”

Cindy Gelas

Un déplacement en France était nécessaire pour mener à bien son projet : “Nous ne disposons pas en Polynésie de moyens matériels, de cheptels adaptés, de machines dédiées à la transformation laitière sur le territoire, et aucun établissement agricole ne dispense de formations laitières en Polynésie. (…) Et il n’existe pas de fermes laitières d’élevages de chèvres et de brebis des races adaptées à l’environnement tropical, et résistantes aux maladies. Le suivi sanitaire des animaux est très important”.

Durant sa formation, la future cheffe d’exploitation compte bien promouvoir le fenua, sa culture, son histoire et son agriculture, avant de revenir créer sa ferme pédagogique : “Je ne veux pas une ferme industrielle. Je veux orienter les Polynésiens vers une ferme traditionnelle, avec des vaches ayant une meilleure qualité de vie, et produisant donc du meilleur lait. Une vache heureuse produit plus de lait. Il faut rester familial et traditionnel car être proche de la nature fait partie de la mission de l’association La Tahitienne Normande”.

Une ferme “comme en Normandie”, mais en Polynésie

Avec sa ferme pédagogique, Cindy Gelas souhaite ainsi apprendre aux visiteurs ce qu’est une ferme laitière, ce qu’elle peut produire et comment, ce qu’est une vache/brebis/chèvre laitière, expliquer le métier d’éleveur laitier etc. Des stages pour enfants, des activités touristiques et pédagogiques et des activités commerciales seront organisées.

“La ferme prônera le respect de l’environnement, de la faune et de la flore, et c’est dans cet état d’esprit que sera recruté le futur personnel” indique la Tahitienne Normande. Un respect de l’environnement qui sera également intégré dans le concept de sa construction, qui se veut la plus écologique possible aussi bien dans le choix des matériaux de construction que dans la gestion de l’énergie. Seront intégrés dans la ferme : un bâtiment pour le cheptel avec un système d’aération, une nurserie, une zone dédiée aux soins vétérinaires, un système d’évacuation des déchets et une salle de stockage de produits alimentaires pour les animaux. On trouvera aussi une salle de traite de petite taille et un laboratoire container modulable destiné à la transformation laitière pour la fabrication de fromages et de crème glacée destinés aux visiteurs : “On est très demandeurs de lait et de viandes en Polynésie. Et on peut faire beaucoup de choses avec du lait : du fromage, de la crème glacée…”.

La première ferme pédagogique de Polynésie devrait voir le jour d’ici août 2025. Coût total estimé du projet : 180 millions de Fcfp. Un réel investissement personnel et financier : “Rien que pour faire venir 8 vaches, c’est 50 millions de Fcfp” précise Cindy, qui reste résolument optimiste et ambitieuse : “Le Pays est intéressé par ce type de projet, je pense qu’il va suivre”. Avec son projet de ferme pilote, la Tahitienne Normande souhaite donc apporter à sa manière un nouvel élan dans le développement du secteur primaire polynésien. Elle souhaite initier un développement similaire sur d’autres îles comme à Raiatea ou aux Marquises et “développer ainsi notre capacité à produire notre lait et notre viande (tout en alternant avec les importations) et créer de l’emploi dans les archipels éloignés”.

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