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Un nouvel ouvrage sur les essais nucléaires en Polynésie

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L'ouvrage est écrit par un historien, Dominique Mongin, et par la direction des Applications Militaires du Commissariat à l'Énergie Atomique. Il s'agit donc de la parole officielle de l'État, déjà contestée par les associations anti-nucléaires.

Publié le 29/11/2022 à 16:06 - Mise à jour le 30/11/2022 à 16:57
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L'ouvrage est écrit par un historien, Dominique Mongin, et par la direction des Applications Militaires du Commissariat à l'Énergie Atomique. Il s'agit donc de la parole officielle de l'État, déjà contestée par les associations anti-nucléaires.


Le haut-commissaire Eric Spitz a présenté, lors d’une conférence de presse mardi à Papeete, un livre intitulé « Les essais nucléaires en Polynésie française », pour rendre accessible au grand public l’histoire et les conséquences des 193 tirs effectués entre 1966 et 1996 sur les atolls de Moruroa et Fangataufa.

Cet ouvrage, illustré de photographies et de documents d’archives, vise à expliquer pourquoi la France a choisi de procéder à des essais nucléaires, mais aussi pourquoi elle a choisi la Polynésie après 17 essais réalisés dans le Sahara. Il explique pourquoi la France a renoncé aux essais en 1996 et détaille la contribution de la Polynésie à la dissuasion nucléaire. Le chapitre le plus sensible porte sur les conséquences sanitaires et environnementales des essais.

Cinq mille exemplaires de ce livre seront distribués gratuitement en Polynésie, notamment dans les bibliothèques et les établissements scolaires. Une version numérique sera disponible en janvier.

Dominique Mongin, historien du nucléaire, docteur en histoire, invité du journal :


Dans son ouvrage, M. Mongin estime qu’un « travail de transparence sans précédent jusque-là, ni équivalent sur le plan international, a été entrepris par les autorités françaises ». La direction des Applications Militaires (DAM) du Commissariat à l’Energie Atomique, qui a contribué à la rédaction du livre, conteste les publications récentes de Médiapart et de Disclose, qui affirment que les conséquences sanitaires des essais ont été sous-estimées par la France.

« Ils ne se sont pas préoccupés des mesures réelles, ils ont eu une démarche englobante et non scientifiquement juste : ils n’utilisent pas les mesures qui, elles, sont irréfutables » a déclaré le directeur des applications militaires du CEA, Vincenzo Salvetti.

Le livre affirme que « seule une infime partie des personnels » du CEP (Centre d’Expérimentations du Pacifique) a été exposée à des doses supérieures au seuil de sensibilité. Il revient sur six essais atmosphériques « aux retombées supérieures à ce qui était attendu », entre 1966 et 1974. Pour ces tirs, il reconnaît des expositions de la population de Tureia, des Gambier et de Tahiti, supérieures à la dose limite réglementaire pour le public aujourd’hui. Mais à des niveaux inférieurs à ceux estimés par le livre-enquête de Disclose, ‘Toxique’, publié en 2021, selon lequel toute la Polynésie a été affectée par les retombées nucléaires.

« Comment croire les gens du CEA, qui nous ont tellement menti » a réagi le père Auguste Uebe-Carlson, président de l’association 193. « L’enquête fiable sur les essais nucléaires, c’est ‘Toxique’, qui est validée par des scientifiques indépendants et non par ceux du CEA » a-t-il déclaré.

« Je pense qu’au XXIème siècle, l’obscurantisme n’a plus sa place : on ne peut pas contester des données scientifiquement établies » a déclaré le directeur des applications militaires du CEA, Vincenzo Salvetti, interrogé sur l’absence de confiance des associations anti-nucléaires envers la parole officielle.

La volonté de transparence de l’Etat avait été affichée par Emmanuel Macron lors de sa visite en Polynésie en juillet 2021. Lors d’un échange à Moorea avec des militants anti-nucléaires, le Président de la République avait déclaré : « Je ne peux pas vous demander d’avoir confiance en moi après qu’on vous ait menti si longtemps en ne partageant pas les informations ». Il avait ensuite contesté le mythe de la « bombe propre » et avait promis la déclassification des archives et une meilleure indemnisation des victimes. Il n’avait, en revanche, pas demandé d’excuses au nom de la France, comme l’espéraient les associations anti-nucléaires.

Selon le haut-commissaire, les échanges se sont apaisés avec les populations des îles les plus touchées par les retombées des essais nucléaires, dans les atolls des Tuamotu et des Gambier.

Lors de cette conférence de presse, M. Salvetti a aussi réaffirmé que les atolls de Moruroa et Fangataufa ne seraient jamais rétrocédés à la Polynésie et resteraient des emprises militaires.

Les essais nucléaires en Polynésie française – écrit par l’historien Dominique Mongin et les scientifiques du CEA – septembre 2022, CEA, 136 pages.

Toxique, Enquête sur les essais nucléaires français en Polynésie – écrit par Sébastien Philippe Tomas Statius, mars 2021, PUF, 181 pages.