lundi 26 septembre 2022
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Taria, seule femme mécanicienne à la centrale d’EDT

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À 37 ans, Taria Tinirauarii est la seule femme mécanicienne à la centrale électrique d'EDT à la Punaruu. Un métier où les femmes se font encore rares aujourd'hui et où Taria a su s'imposer par son courage, sa ténacité, mais surtout, ses compétences.

Publié le 04/09/2022 à 11:10 - Mise à jour le 05/09/2022 à 17:13
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À 37 ans, Taria Tinirauarii est la seule femme mécanicienne à la centrale électrique d'EDT à la Punaruu. Un métier où les femmes se font encore rares aujourd'hui et où Taria a su s'imposer par son courage, sa ténacité, mais surtout, ses compétences.


En 2022 à EDT, un employé sur quatre est une femme. À la centrale de la Punaruu, Taria Tinirauarii est la seule à travailler en tant que mécanicienne. Un recrutement réalisé il y a 4 ans pour ce poste : “On avait reçu 200 dossiers, et sur les 200, il y avait quelques femmes, dont Taria. Je me suis aperçu qu’il y avait de plus en plus de femmes dans les écoles qui forment à ces métiers (de la mécanique, NDLR), contrairement à mon époque, indique Sébastien Girard, contremaitre travaux mécanicien à EDT. On a regardé son dossier comme n’importe lequel, on a regardé son expérience etc. et on l’a reçue. (…) On a vu en elle un potentiel d’évolution, quelqu’un qui s’intéresse, qui a envie d’apprendre des choses. Techniquement, elle est à la hauteur de tous les hommes qu’il y a ici. Je ne fais aucune distinction, une femme mécanicienne travaille aussi bien qu’un homme mécanicien”. Une évidence pour certains, mais pas pour d’autres : “Déjà, une femme dans la mécanique, ce n’est pas commun, alors une femme dans un milieu d’hommes, c’est compliqué. Il faut se faire une place dans les mentalités” admet Taria.

“Une femme mécanicienne travaille aussi bien qu’un homme mécanicien”

Sébastien Girard, contremaitre travaux mécanicien à EDT

Et sa place, Taria se l’ai faite au fil des années que sa passion pour la mécanique grandissait. Si toute petite déjà, elle mettait les mains dans le cambouis en aidant son père à de divers travaux du quotidien dans la maison, c’est en Nouvelle-Zélande qu’elle a eu le déclic : “J’étais partie pour faire une formation en son et lumière, et je me suis retrouvée dans une famille d’accueil où le père était un retraité de la NAVY. Un jour, lors d’une sortie, on est tombé en panne et il m’a demandé de l’aider. Et là, je me suis dit : c’est ça que je veux faire”.

(Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

De retour au fenua, la jeune vahine enchaine pendant deux ans les formations à l’École maritime de Papeete pour être mécanicienne : “Il y avait la filière capitaine et la filière mécanique. J’ai préféré faire de la mécanique. Mais il faut naviguer pour valider certains brevets”. Alors Taria navigue. Elle embarque en tant que mécanicienne pendant deux ans à bord du King Tamatoa direction la Nouvelle-Calédonie : “Une femme sur un bateau, ce n’est pas facile, surtout pour la vie de famille”. Elle travaillera ensuite dans les mines de nickel pendant 5 ans.

“Il faut être courageuse pour ne travailler qu’avec des hommes”

Taria Tinirauarii, mécanicienne à EDT

Taria rentre en Polynésie en 2017 et commencer à exercer à EDT en 2018 : “Quand je suis arrivée, les hommes étaient un peu curieux. Ils appréhendaient mon arrivée, mais au final, j’ai montré mes qualités, et ça s’est bien passé. (…) Ma place à EDT, ce n’est pas moi qui l’ai trouvée, elle était déjà là, les chefs savaient que je conviendrais à ce poste”. “Ce que j’apprécie chez Taria, c’est qu’avant de se lancer dans un travail, elle va chercher à aménager son poste de travail. Elle va vraiment préparer son travail en amont du mieux qu’elle peut pour être à l’aise dans son travail” confie d’ailleurs l’un de ses chefs.

(Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Évoluer dans un milieu majoritairement masculin n’a jamais fait peur à Taria : “Je suis quelqu’un d’assez combattant. Je n’avais pas d’appréhension. Il faut être courageuse pour ne travailler qu’avec des hommes, mais il ne faut pas hésiter à se lancer. (…) Quand j’ai commencé à travailler, on m’a dit : ‘il y aura toujours une place pour toi, mais il faut la trouver’. (…) Par exemple, la métrologie -ce que je fais- il y en a pas beaucoup qui veulent le faire, c’est manipuler des appareils pour des mesures”.

À 37 ans aujourd’hui, Taria est fière de contribuer à la production d’électricité dans le plus grand site industriel du fenua : “Chaque journée est différente. Un jour, je peux faire de la métrologie, un autre, je peux être appelée en renfort sur la centrale, en dépannage”. Elle ambitionne de travailler dans un bureau d’études : “Il n’y a pas que de la mécanique à EDT, il y a de l’hydraulique, du solaire… L’énergie d’aujourd’hui n’est pas la même qu’avant. EDT va se développer, les besoins et les moyens ne sont pas les mêmes”.

(Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

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