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Tahiti vue du ciel… en montgolfière

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Depuis quelques mois, il est désormais possible de survoler la Polynésie, en montgolfière. Une nouvelle façon d'admirer le fenua vu d'en haut, rendue possible grâce à un couple de retraités, passionné par ces ballons géants.

Publié le 14/06/2022 à 17:18 - Mise à jour le 03/07/2022 à 10:36
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Depuis quelques mois, il est désormais possible de survoler la Polynésie, en montgolfière. Une nouvelle façon d'admirer le fenua vu d'en haut, rendue possible grâce à un couple de retraités, passionné par ces ballons géants.


Certains matins, au parc de Atimaono, un petit ballon rouge -biodégradable- attaché à une camionnette blanche flotte au grès du vent. À côté de la camionnette, un autre ballon se trouve, beaucoup plus grand cette fois -de 15 mètres de circonférence. Il s’agit de la montgolfière de Jacqueline et Jean-François Rigollet. Après avoir volé au Japon, en Libye, au Qatar, au Canada ou encore aux États-Unis, c’est en Polynésie que le jeune couple de retraités à décider de se poser depuis trois ans, afin d’être près de leur fille qui y vit et de leur fils qui vole aussi, mais lui, à Las Vegas.

Pilote depuis 40 ans en France, ancien champion du monde de montgolfière, Jean-François Rigollet, 62 ans, a voulu proposer des balades aériennes en montgolfières, jusqu’ici inexistantes en Polynésie : “on a voulu faire connaitre cette fabuleuse invention qu’est la montgolfière aux Polynésiens. (…) On s’aperçoit qu’il y a beaucoup de gens qui veulent voler en Polynésie. Et tous les gens qui commencent veulent recommencer”. Une passion qu’il partage aussi avec sa femme, et qui est née alors qu’ils avaient tous les deux 25 ans, lors de leur rencontre.

Un investissement de près de 10 millions de Fcfp a été nécessaire pour mener à bien leur projet et ils se sont surtout armés de beaucoup de patience pour qu’il aboutisse enfin. Il leur a fallu trois ans afin d’obtenir toutes les autorisations nécessaires pour voler à bord de l’engin en Polynésie et faire des vols commerciaux. En effet, il n’existait pas encore de loi pour les montgolfières au fenua : “On a bien été aidé par le ministère du Tourisme, Nicole Bouteau nous a appuyé dans les démarches” tient à souligner Jean-François.

La montgolfière de 1 200 mètres cube fait partie des plus petites au monde : “il y a 3 – 4 engins comme le nôtre dans le monde. Il a été inventé par un pilote français, Dany Cleyet-Marrel, qui a travaillé pour le CNRS. Au départ, il avait un ballon dirigeable et il emmenait les professeurs sur la canopée pour prendre des échantillons de fleurs etc. Parce qu’en se posant dessus, il mettait un grand filet, et les professeurs arrivaient à marcher sur la cime des arbres. Et il les reprenait après. Puis il a inventé ce système que l’on a nous, qui est beaucoup plus petit, où il n’emmenait qu’une personne à la fois, et là, les professeurs descendaient avec une corde à la cime des arbres pour prendre leurs échantillons”.

Car contrairement aux montgolfières traditionnelles, celle de Jean-François et de Jacqueline n’a pas de panier en osier, et on ne peut être que deux à bord : le pilote et le passager. “En Polynésie, on ne peut pas voler avec une montgolfière traditionnelle qui a une nacelle, parce qu’il faut une grosse enveloppe, et quand on a une grosse enveloppe, on ne peut plus mettre de moteur. On est obligé de se diriger et si on se dirige, il faut qu’on ait une petite enveloppe et donc une petite nacelle. Et comme on est sur une île, et que les vents nous emmènent à droite et à gauche sur l’océan, il faut qu’on puisse revenir au point de décollage. À Atimaono, on a de la place pour se poser. La seule solution, c’était donc de mettre un moteur d’ULM. D’ailleurs, ce n’est pas une montgolfière, elle est classée à l’aviation civile comme ULM. Il faut la licence de pilote d’ULM et la licence de pilote de montgolfière. Et un ULM c’est 2 places maximum” précise Jean-François.

Autre contrainte, en raison du vent, les vols de 45 minutes environ s’effectuent uniquement très tôt le matin, avec un survol du lagon, du golf de Atimaono ou encore de la palmeraie : “pour le moment, on a les autorisations de décoller de la Presqu’île, de Papara et de Punaauia”. D’autres sites et même îles sont envisagées, mais pour les survoler, les maires des communes doivent au préalable donner leur accord, ainsi que l’aviation civile.

Une fois dans les airs, le réveil matinal est en tous les cas vite oublié : “C’était magique. Il y avait un peu d’appréhension, mais c’était merveilleux. L’idée de ne rien avoir devant soi et sous les pieds m’a fait monter l’émotion. C’est très beau. On voit parfaitement les couleurs du lagon… C’est une super expérience. C’est une autre manière de voir la beauté de notre fenua. Je rassure les gens qui ont le vertige, ils peuvent venir sans souci, on ne peut pas l’avoir comme on n’a pas les pieds accrochés au sol” confie Karine, une passagère. “On a une sensation de liberté. On est comme suspendu en l’air. Quand on peut couper le moteur, il n’y a plus de bruit, et on est comme un oiseau. Et on a un cadre exceptionnel en Polynésie. C’est très doux. On ne vole que quand les conditions sont favorables. Il n’y a pas de turbulences. On est très stables. On fait même voler des enfants et des personnes âgées. On peut monter tant qu’on respire ! Mais en Polynésie, le plus beau, c’est de voler à 200 – 300 mètres d’altitude” explique Jean-François.

Depuis le début de l’année, une cinquantaine de vols ont été effectués au-dessus de Tahiti, une clientèle 100% locale. À terme, Jean-François et Jacqueline aimeraient transmettre leur passion et former un Polynésien pour que l’activité perdure au fenua : “Notre objectif, c’est de trouver un jeune Polynésien qui serait intéressé et que je pourrai former, et qui passerai son brevet de pilote pour reprendre la suite, pour que ça reste en Polynésie”.