Selon le ministre, le gouvernement travaille « sur la refonte du statut des professionnels de santé »

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Alors que la colère monte à l'hôpital de Uturoa sur l'île de Raiatea, le ministre de la Santé Cédric Mercadal était l'invité de notre journal. Pour lui l'objectif est avant tout de pérenniser les postes des professionnels de santé, en particulier dans les îles.

Publié le 07/09/2023 à 12:12 - Mise à jour le 07/09/2023 à 15:16

Alors que la colère monte à l'hôpital de Uturoa sur l'île de Raiatea, le ministre de la Santé Cédric Mercadal était l'invité de notre journal. Pour lui l'objectif est avant tout de pérenniser les postes des professionnels de santé, en particulier dans les îles.

TNTV : Les travaux sur la légalisation thérapeutique du cannabis ont démarré il y a deux mois. On l’a vu à la fin de ce reportage, on parle de substances qui peuvent aussi entraîner des risques pour la santé. A-t-on prévu un organe de contrôle ?
Cédric Mercadal, ministre de la Santé : « À propos du CBD, puisqu’on parle de ça, le texte est prévu depuis deux mois. On y travaille très fortement en collaboration avec le ministère de l’Économie et le ministère de l’Agriculture. On fait en sorte de pouvoir avoir une production locale, mais c’est surtout qu’en ce qui nous concerne en matière de santé, ce qui importe c’est l’état des patients. C’est de pouvoir les prendre dans le cadre d’un traitement. C’est pouvoir soulager leurs problématiques parce qu’en réalité aujourd’hui, une part des traitements n’est pas disponible sur le territoire. Il faut pouvoir donner accès quand même, comme c’est le cas dans l’hexagone, ou comme c’est le cas dans plusieurs pays européens ou américains. »

TNTV : Et qui est-ce qui va contrôler ?
Cédric Mercadal :
« Alors, sur le territoire, on a décidé, dans le cadre du texte, qu’il y aurait une entité qui serait en charge du contrôle du taux de THC puisqu’on parle de moins de 0.3% donc non psychotrope et complètement légal. Le taux sera déterminé par un organe qui va faire des contrôles également biologiques. Ça pourrait être l’ILM (institut Louis Malardé), ça peut être l’Arass (Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale, NDLR), ça peut être un ensemble déterminant. Pour l’instant nous n’avons pas encore acté qui sera le contrôleur. »

TNTV : Dans le CBD, le taux de THC maximum est donc de 0.3%. Est-ce qu’en Polynésie on pourrait relever ce seuil ?
Cédric Mercadal : « En réalité, si on devait relever le seuil, on irait contre la loi pénale. Le seuil de 0.3% est fixé par la loi pénale en métropole. Ce qui veut dire que nous, on peut légiférer dans tout le reste du domaine, c’est-à-dire autoriser la prise en charge de tous les produits qui sont inférieurs à ce taux. »

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TNTV : Vous avez rencontré la directrice des laboratoires Boiron. Y a-t-il un partenariat en perspective ?
Cédric Mercadal :
« Ou et non. Ils le souhaitent. Ils étaient sur le territoire. On les a rencontrés. On a eu une réunion de présentation. Ils ont voulu nous rencontrer pour savoir ce qu’ils pouvaient faire avec nos produits locaux, savoir si on pouvait leur fournir des produits. Pour autant, ça en est resté là pour l’instant. Il n’y a pas de discussion avec d’autres personnes. Nous, on voudrait favoriser la production locale quand même. On est dans une politique de production et pouvoir permettre à nos agriculteurs d’avoir de nouvelles filières et de nouveaux débouchés grâce à nos produits. »

TNTV : La production, il en sera question un peu plus tard, c’est bien ça ?
Cédric Mercadal : « Tout à fait. En fait, c’est prévu dans le projet de loi. Le projet de loi est fait en deux sens. D’une part, il prévoit toute la partie thérapeutique et encadrement législatif avec prescription médicale, donc on fera attention aussi aux produits qu’on mettra à disposition des gens. Et l’autre partie, la production du chanvre. C’est fait vraiment dans une vraie coopération interministérielle avec le ministère de l’Économie et le ministère des ressources primaires. »

TNTV : On a entendu dans ce journal le cri de colère des professionnels de l’hôpital de Uturoa. Ils déplorent notamment leurs conditions de travail et la non-rémunération de certaines heures. Au CHPF aussi il y a des tensions, des difficultés de garder les agents sur le territoire à long terme. Que répondez-vous à cette situation donc vous héritez finalement ?
Cédric Mercadal : « Complétement. On hérite d’une situation, mais qui est mondiale. En fait, il existe une pénurie mondiale de professionnels de santé aussi bien en Australie qu’en Nouvelle-Zélande que dans l’Hexagone. Quand on constate quaujourd’hui la politique attractive de l’Australie a fait se vider la Nouvelle-Zélande de ses professionnels de santé, et on n’est que dans le pacifique avec des pays à fort PIB, on peut se dire que sur le territoire, on a de la chance d’avoir encore des professionnels de santé actifs et investis. Mais leur difficulté en fait, elle est autre. Il faut permettre à nos postes de rester attractifs dans les îles. On parle d’Uturoa et c’est le meilleur exemple. Mais il y a Taiohae où je suis allé il n’y a pas longtemps. On a une vraie difficulté de terrain de recrutement. On a une politique de backpackers. On a des gens qui viennent ici, font quelques mois et repartent. On veut pérenniser les postes. On travaille sur la refonte du statut des professionnels de santé hospitaliers dans le cadre des travaux que je mène avec Vannina Crolas pour améliorer leurs conditions de travail. On a fait une deuxième chose importante, c’est qu’on a fait en sorte de pouvoir favoriser les postes dans les iles pour faire un soin de proximité.« 

TNTV : Sur la réforme de la Protection sociale généralisée (PSG), un rapport de la société Fraeris à Paris préconise une hausse des cotisations sociales de 5 points. Le Pays a-t-il l’intention de suivre cette préconisation ?
Cédric Mercadal :
« Quand on parle de PSG, on parle de protection sociale et de toutes les prestations qu’on sert à nos familles, nos enfants, nos anciens dans le cadre de la vieillesse, qu’on sert dans le cadre de la maladie. Et dans la maladie des plus proches, de ceux qui sont les plus malades aussi qui peuvent être au bord de la route si on ne paie pas la facture. C’est une vraie solidarité dont on parle. Donc le financement c’est une page sur tout ce livre. Il est important de revoir la copie ensemble. On a le gouvernement qui s’est engagé à retirer cette taxe puisque c’était une promesse gouvernementale. »

TNTV : Il faudra la compenser…
Cédric Mercadal :
« Il faudra la compenser, mais le gouvernement a prévu et s’est engagé à la compenser pour 2024 afin de permettre des travaux tous ensemble avec l’ensemble des acteurs, professionnels de santé, mais aussi salariés et patronat et les sociétés civiles pour avancer sur le projet. »

TNTV : Donc la hausse des cotisations n’est pas à l’ordre du jour ?
Cédric Mercadal : « Ce n’est pas à l’ordre du jour. Il y a surtout une chose qu’il faut prendre en compte, c’est qu’il va falloir travailler ensemble avec méthode. On vient de nommer aujourd’hui le délégué à la Protection sociale généralisée, en charge qui est Pierre Frébault, qui est nommé au niveau du gouvernement, ce qui démontre bien l’intérêt qu’a ce gouvernement d’avancer sur ce sujet avec une vraie coordination gouvernementale, mais pas que. On va établir un séminaire gouvernemental dans un mois après le budget, et dans la foulée, on s’entretiendra avec l’ensemble des partenaires. »

TNTV : Pour soulager l’assurance maladie, le Tavini a beaucoup milité sur la prévention. Fin 2022, un rapport de l’institut national du cancer a pointé du doigt la part des dépenses de santé consacrées à la prévention : 4%. Un taux qui peut paraître bas. Avez-vous prévu d’augmenter ce budget ?
Cédric Mercadal : « Quand on parle de prévention, on parle de la personne au coeur de sa santé. C’est de sa qu’on parle : il faut que chacun prenne soin de sa santé. On parle d’obésité, de diabète, de plein de choses. Dans le cas du cancer, on va faire les efforts nécessaire et ce sont les premières mesures qu’on a prises : on a mis un mammographe aux Marquises. On veut faire donc de la détection et de la prévention de terrain au plus près des populations. Une deuxième chose c’est qu’on va financer demain le HPV pour permettre d’éviter les cancers de l’utérus et les cancers de la prostate. On avancera sur d’autres choses en matière de prévention du cancer. mais comme je l’ai dit, on doit aussi avancer sur le reste. On dépense plus de 675 millions dans le cadre de la prévention. Il faut que cette prévention soit de terrain. Un peu comme on a fait avec les dents quand on était plus jeunes. Une promotion de la santé, un travail de terrain au jour le jour a eu de vrais effets sur 20 ans. les dents n’étaient pas en bonne santé il y a 20 ans. Aujourd’hui elles le sont. Mais ce n’est pas que ça. C’est tout le reste que l’on va faire ».

TNTV : Cette prévention a été également menée sur le plan de l’alimentation et pourtant vous parliez vous-même d’obésité, de diabète, des maux qui touchent les Polynésiens. Est-ce que demain, vous seriez prêts à prendre des mesures drastiques et par exemple de vous attaquer aux produits sucrés ?
Cédric Mercadal : « Il faudra règlementer le sucre, mais je pense que ça doit se faire avec l’ensemble des partenaires. Au-delà de ça, c’est une vraie politique alimentaire qu’il faut avoir. C’est le mieux manger. On a commencé à le faire à l’école avec les petits déjeuners en santé. Il faudra mieux apprendre à nos enfants. Ce n’est pas une position que de la direction de la Santé. Cela doit être fait avec les communes, les associations, les confessions religieuses et l’éducation. En fait, il faut apprendre à nos enfants à faire plus de sport, plus d’activité physique, mieux manger. Ça passe d’une part par cultiver ses produits, savoir les cuisiner et savoir quel apport glycémique ces produits leur donne. Mieux manger c’est mieux connaitre le goût aussi. »

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