lundi 6 décembre 2021
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Plus de 200 malades et accompagnateurs en évasan

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Il y a cette semaine 116 patients polynésiens à Paris, 16 autres en province, et près d’une centaine d’accompagnateurs. Pour des centaines de familles chaque année, les évasan sont un déchirement. Autrefois hébergés en foyers, les patients préfèrent aujourd’hui les appartements proposés par la CPS à Vitry-sur-Seine.

Publié le 04/07/2021 à 10:27 - Mise à jour le 04/07/2021 à 10:28
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Il y a cette semaine 116 patients polynésiens à Paris, 16 autres en province, et près d’une centaine d’accompagnateurs. Pour des centaines de familles chaque année, les évasan sont un déchirement. Autrefois hébergés en foyers, les patients préfèrent aujourd’hui les appartements proposés par la CPS à Vitry-sur-Seine.

Parmi les 80 chambres de l’appart-hôtel, une quinzaine sont occupées par des malades polynésiens. L’association Te Ramepa Ora leur apporte un peu de réconfort, d’autant plus que la pandémie a rendu les rencontres plus difficiles. “Dans les centres d’hébergement, on est encore autorisé, mais dans les hôpitaux, c’est très compliqué et difficile pour nous, explique Nini Topata, la présidente de l’association Te Ramepa Ora. On est aussi frustré de ne pas aller auprès de nos compatriotes.”

Ce jour-là, Patricia Grand et Natacha Helme, de la Ligue polynésienne contre le cancer, arrivent de Tahiti avec des saveurs du fenua. Retia, punu puaatoro… Elles ne sont pas toutes recommandées par le médecin, mais c’est bon pour le moral.

(crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Les cancers, surtout les leucémies, représentent une part importante des évasan. Mais les plus fréquentes sont les pathologies cardiaques. Jean-Joseph pensait venir pour une intervention sur une valve. C’est finalement un cœur entier qui lui a été greffé. Il se souvient de la nuit où on lui a annoncé qu’un cœur était disponible.

“J’étais pris en panique aussi, se souvient-il. C’était vers minuit. Sur le trajet j’ai pensé au Seigneur. Il n’y a que lui qui t’accompagne dans ce genre de coup-là. Ta famille, tu ne sais pas si tu vas les revoir aussi. Après tu arrives au bloc, et tu t’en remets au docteur.”

Jean-Joseph est le plus ancien des patients évasanés. Il doit rester encore pour lutter contre un début de rejet. Son pire ennemi, confie-t-il, c’est l’ennui. Presque deux ans en métropole pour cet ouvrier reconverti en psychologue pour les nouveaux arrivants, surtout les plus âgés.

Germain, lui, attend toujours sa greffe du cœur, avec philosophie, et le sourire derrière son masque. “C’est difficile d’avoir un cœur compatible. On ne peut pas mettre un moteur de Fiat dans une BMW, ça ne se fait pas, lance-t-il avec humour. Il faut des organes compatibles. Psychologiquement, je suis bien. Ça fait six mois et je suis obligé de m’adapter à ma situation.”

La CPS propose un logement et finance les repas de tous les évasanés et de certains accompagnateurs. Comme Wilma, la maman d’un bébé évasané pour une opération des poumons. La solidarité entre Polynésiens lui a permis de trouver ses repères.

Mais la petite star parmi les patients, c’est Matauira. Cet enfant de Maiao souffre de pathologies lourdes qui l’ont rendu aveugle. Dans un tahitien parfait, c’est lui qui fait la prière.

Malgré le cancer, la séparation, la mort parfois, c’est bien la joie qui l’emporte parmi les évasanés. Une leçon de vie, plus forte encore que la maladie.

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