Nuihau Laurey : « Il y a beaucoup de mesures, mais pas beaucoup de changements profonds »

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Le représentant non-inscrit et membre du parti A Here Ia Porinetia, Nuihau Laurey, était l’invité du journal de TNTV, vendredi soir, pour réagir à l’allocution du président Moetai Brotherson dans le cadre du bilan des 100 jours de sa mandature. L’élu de l’opposition estime que le chef de l’exécutif s’est montré trop « vague » lors de sa prise de parole. « Il y a beaucoup de mesures, mais pas beaucoup de changements profonds », ajoute-t-il. Interview.

Publié le 26/08/2023 à 15:10 - Mise à jour le 26/08/2023 à 15:17

Le représentant non-inscrit et membre du parti A Here Ia Porinetia, Nuihau Laurey, était l’invité du journal de TNTV, vendredi soir, pour réagir à l’allocution du président Moetai Brotherson dans le cadre du bilan des 100 jours de sa mandature. L’élu de l’opposition estime que le chef de l’exécutif s’est montré trop « vague » lors de sa prise de parole. « Il y a beaucoup de mesures, mais pas beaucoup de changements profonds », ajoute-t-il. Interview.

TNTV : Vous avez dit être resté sur votre faim après l’allocution du président Brotherson pour les 100 jours de sa mandature. Que manquait-il selon vous ?

Nuihau Laurey : « Il y a beaucoup de mesures qui sont proposées. Certaines existaient déjà. On parlait un peu de cette filiale de l’OPH. Il existe déjà des organismes de logement social privés qui interviennent sur le domaine du logement intermédiaire. La carte qu’il y a existait déjà aussi. Donc, finalement, il y a beaucoup de mesures, mais pas beaucoup de changements profonds. On attendait surtout des mesures d’ordre général sur les choix économiques et fiscaux du gouvernement et la réforme de la PSG qui est un vrai sujet. Là, on est effectivement restés sur notre faim, mais les élections ont eu lieu il y a 3 mois. Le gouvernement annonce sa feuille de route. On verra à l’Assemblée lors de la prochaine session budgétaire ce qui nous sera présenté ».

TNTV : N’était-il pas risqué de donner rendez-vous à la population au terme de seulement 100 jours de mandature ?

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Nuihau Laurey : « C’est l’exercice auquel le président a voulu se soumettre lui-même. Lorsqu’on m’a interrogé, j’ai dit que ce n’était pas vraiment un bilan puisqu’en termes de bilan, à l’Assemblée, nous avons examiné 2 textes : l’accélération du remboursement des emprunts et la suppression de la taxe sociale. Toutes les autres mesures qui ont été proposées, sont des mesures qui devraient arriver dans les mois qui viennent ». 

TNTV : Sur la lutte contre la vie chère, le président attend que les entreprises « fassent leur part », notamment dans la grande distribution. Comment peuvent-elles agir ?

Nuihau Laurey : « Toutes les entreprises subissent aussi de plein fouet l’inflation, les cotisations patronales. Beaucoup sont dans la difficulté aussi. C’est pour cela que nous avons été très simples lors de la campagne : le seul moyen de réduire le niveau des prix en Polynésie, c’est de baisser les taxes et les impôts. On ne peut pas intervenir sur les sociétés extérieures chez qui nous achetons l’essentiel de nos biens de consommation et d’équipement. Donc l’outil qui est à la disposition du gouvernement, c’est la fiscalité. C’est pour cela qu’on attendait beaucoup du président sur ce sujet, mais il est effectivement resté très vague ».

TNTV : Sur la question du cannabis, le président souhaite la légalisation du CBD. Il a notamment affirmé que les malades apaisent leurs douleurs avec du CBD. En réalité, ils ont plutôt recours au THC, plus puissant. Quelle est votre position sur cette question ?

Nuihau Laurey : « Le texte permettant la légalisation de l’utilisation du cannabis thérapeutique avait déjà été adopté à l’Assemblée l’année dernière. Nous, nous avons soutenu une proposition de texte qui a été mise de côté par l’ancien gouvernement. On entend le président nous dire qu’il va aller par étapes sur ce sujet. C’est une première étape, mais nous souhaitions qu’il aille plus loin. Surtout, nous avions demandé que des études soient faites au fur et à mesure de l’avancement de ce sujet, car cela pose aussi d’autres problèmes. On attend de voir. On est sur ce sujet, comme sur d’autres, un peu dans le vague. On a une session budgétaire qui commence dans 3 semaines à l’Assemblée. On aura, j’espère, les premières réponses ».

TNTV :  En tant qu’ancien ministre de l’Economie, que pensez-vous de l’orientation du gouvernement sur le financement de la PSG et sur la suppression de la TVA sociale ? A Here Ia Porinetia était contre cette taxe qui ne sera plus au 1er octobre…

Nuihau Laurey : « Nous l’avons toujours dit : si, pour résoudre un problème, il faut créer une taxe, alors c’est facile de résoudre tous les problèmes. On le voit avec les positions qui sont faites de relèvement des taux des cotisations salariales et patronales. On sait déjà que le coût du travail est très élevé en Polynésie. C’est ce qui conduit à une sous-activité. On n’a pas beaucoup d’emplois et beaucoup de travail au noir. C’est ce qui pénalise aussi la CPS. Augmenter encore le coût du travail, qui est déjà très élevé, ce n’est pas la bonne solution. Supprimer la taxe sociale, c’est aussi facile que de la créer.  Ce qui est compliqué, c’est de mettre en place une vraie politique de santé publique pour réduire tous les coûts qui sont liés aux pathologies que subissent les Polynésiens. Elles sont liées à la consommation d’alcool, la consommation excessive de sucre, le tabac. C’est sur ça qu’il faut se focaliser. J’ai vu le reportage sur le Feti’a Ora. C’est bien la prévention, mais il faut aussi aller à la responsabilisation. Si la solution, c’est de créer une taxe, on ne va pas résoudre tous ces problèmes. Il y a un vrai problème de réforme de la PSG qui est sur la table et il faut s’y atteler ».

TNTV : Il y aurait aussi la possibilité de diminuer le taux des remboursements. Qu’en pensez-vous ?

Nuihau Laurey : « Il y a tout un panel de solutions. Il y a surtout la notion de responsabilité qui est au cœur, à notre avis, de ce dispositif. Il faut que les Polynésiens se responsabilisent sur leur alimentation, sur leurs comportements. Je sais que des programmes ont été mis en place depuis longtemps. Ils produisent des résultats, mais insuffisants. On sait que notre population vieillit, que le nombre de maladies augmente. C’est un passage obligé. On aurait pu proposer de maintenir la taxe sociale et garder les 9 milliards de francs. Mais cela ne va pas résoudre les problèmes de fond de la PSG. Dans 2 ans, on va se retrouver dans l’obligation d’augmenter cette taxe sociale. De la passer à 2 ou 3 %. Et, finalement, on ne permettra plus la création d’emplois qui est la solution pour sortir par le haut de cette problématique de déficit de nos régimes sociaux ».

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