lundi 4 juillet 2022
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Nucléaire : de nouvelles victimes potentielles en Polynésie selon Disclose

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Un an après Toxique, Disclose publie un article sur les derniers résultats des travaux réalisés en partenariat avec le collectif Interprt et le programme science et sécurité globale de l’université de Princeton.

Publié le 17/05/2022 à 7:23 - Mise à jour le 17/05/2022 à 16:51
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Un an après Toxique, Disclose publie un article sur les derniers résultats des travaux réalisés en partenariat avec le collectif Interprt et le programme science et sécurité globale de l’université de Princeton.

L’association à but non lucratif créée par des journalistes Disclose, fait de nouvelles révélations. Un an après la publication de Toxique, et la déclassification de 35 000 documents par l’Etat en février dernier, le chercheur Sébastien Philippe et son équipe de l’université de Princeton ont poursuivi leurs travaux de modélisation des retombées radioactives liées aux explosions atomiques. En suivant la même méthodologie que pour Toxique, ils se sont penchés sur le cas de deux nouveaux essais : « Sirius » (1966) et « Pallas » (1973), explique l’association.

“En calculant la trajectoire des nuages de Sirius et Pallas sur plusieurs jours, là où le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et les autorités françaises se sont cantonnées à une projection sur 24 heures, l’équipe de Princeton a découvert deux choses : lors de l’essai Sirius, l’île de Tahiti a été fortement contaminée sans que la population ne semble avoir été informée ; près de 5 000 habitants de l’archipel des Australes sont susceptibles d’avoir été contaminés par les retombées de l’essai Pallas, en 1973. Or, les essais Sirius et Pallas n’ont jamais été considérés comme des accidents nucléaires par l’Etat français”, écrit Disclose, contrairement au tir “Centaure” sur lequel s’est déjà penché l’ouvrage Toxique.

“Tous ces verrous historiques doivent sauter. Il n’y a aucune raison pour garder encore des secrets aujourd’hui”.

Sébastien Philippe, chercheur et co-auteur de l’ouvrage Toxique

L’essai Centaure “qui a le plus impacté Tahiti en 1974”, précise Sébastien Philippe dans une interview accordée à Tahiti Nui Télévision, “est toujours présenté comme un accident, un schéma météorologique qui n’était pas prévu. Or, on se rend compte qu’un an plus tôt, Pallas avait exactement le même schéma. C’est un essai qui a la même énergie, qui a lieu au même endroit, les vents vont dans la même direction. Et au lieu d’arriver directement sur Tahiti, le nuage tourne vers les Australes et impacte l’archipel de manière significative. Les gens qui vivaient sur ces îles à l’époque pourraient, aujourd’hui, être considérés victimes des essais nucléaires en droit français”. Pour le chercheur, “au moins 90% de la population en Polynésie” a été “impactée de manière significative par les essais atmosphériques. Aujourd’hui, on augmente ce chiffre, on arrive à 95%. Il y a vraiment peu de zones en Polynésie qui n’ont pas été impactées par des retombées directes”.

Des archives encore inaccessibles

Malgré les 35 000 documents déclassifiés, Sébastien Philippe pointe du doigt un manque d’accessibilité aux archives relatives aux essais nucléaires. Pourtant, lors de la table ronde sur le nucléaire organisée en juillet 2021, Emmanuel Macron s’était engagé à déclassifier les archives, hors documents reconnus comme “proliférants”. “Il y a des documents qui ne seront jamais déclassifiés, parce qu’il en va de la sécurité de la France et de la sécurité du monde. […] Mais tout le reste sera complètement communicable et déclassifié le plus rapidement possible“, avait d’ailleurs affirmé la ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens combattants, Geneviève Darrieussecq, à l’occasion de la table ronde.

Alors comment justifier qu'”en pratique, on se rend compte que ce n’est pas exactement ce qu’il s’est passé”, remarque le chercheur Sébastien Philippe ? “Les documents qui ont trait à ces essais là [les essais Sirius et Pallas], à notre connaissance, ne sont pas encore disponibles. Notamment pour l’essai Pallas qui a impacté l’archipel des Australes en 1973, on se rend compte aujourd’hui que les documents qui sont vraiment accessibles sont ceux qui sont vieux de 50 ans, ça s’arrête à 1972. On est loin de faire complètement la lumière sur les essais atmosphériques qui s’arrêtent en 1974 et puis sur toute la suite, jusqu’en 1996”.

“Depuis plusieurs années, l’association Moruroa e tatau et l’Eglise protestante maohi collaborent avec des chercheurs internationaux pour avoir plus de transparence, plus de vérité et on voit de plus en plus ce que vous nommez des révélations, en tout cas des études, recherches plutôt sérieuses qui sont montrées et qui démontrent que l’ampleur de la contamination nucléaire française dans le Pacifique est plus grande que ce que l’on croyait, relève l’avocat des victimes du nucléaire pour l’association Moruroa e tatou Philippe Neuffer. Et tous les jours, le mur du mensonge s’effrite. Mais ce n’est pas pour autant qu’on arrive à y voir de plus en plus clair. Il faudrait encore plus d’études étrangères et qu’il y ai cette commission internationale d’experts de l’ONU qui se déplace en Polynésie française pour avoir un autre son de cloche, quelque chose qui n’émane pas de l’Etat ou de ses satellites.”

Du côté du Pays, on assure être “totalement pour la transparence. (…) Que l’on en vienne à divulguer tous les éléments d’information possible au public, y compris aux chercheurs et scientifiques qui travaillent sur le sujet. Ce que l’on ne souhaite pas, c’est d’être manipulés dans des articles de presse avec des éléments d’information qui ne sont pas à notre disposition”, explique le vice-président Jean-Christophe Bouissou. “Pour l’instant c’est un article, ce que l’on aimerait c’est avoir toute la documentation de l’étude.”

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