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Moana ou comment trouver le bonheur

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Moana Van Der Maesen est une personnalité bien connue au fenua dans le monde de l’environnement. Plus qu’un éco-citoyen, il est un véritable touche à tout. Artiste-peintre mais aussi écrivain à ses heures perdues, le Polynésien de 35 ans s’est lancé dans une quête effrénée du bonheur.

Publié le 05/08/2021 à 17:38 - Mise à jour le 05/08/2021 à 18:23
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Moana Van Der Maesen est une personnalité bien connue au fenua dans le monde de l’environnement. Plus qu’un éco-citoyen, il est un véritable touche à tout. Artiste-peintre mais aussi écrivain à ses heures perdues, le Polynésien de 35 ans s’est lancé dans une quête effrénée du bonheur.

Connu pour être à l’initiative du collectif Nana Sac Plastique, Moana Van Der Maesen est également vice-président de la Fédération des associations de protection de l’environnement. En 2019, il se lance avec son ami Hiroana Putoa dans un tour du monde. Un voyage pour sensibiliser aux effets du changement climatique et s’enrichir des projets environnementaux d’autres Pays.

“On a été très surpris de toutes les solutions qu’on pouvait trouver un peu partout. Bien sûr, il n’existe pas de Pays parfait. Mais il y a des Pays qui sont très inspirants, comme le Costa Rica. Ils ont un plan de décarbonisation en 2050 et produisent déjà 100% de leur énergie de manière durable. Ils n’ont plus d’armée depuis une cinquantaine d’années. Ils ont mis tout le budget de leur armée dans l’éducation, l’environnement et la santé. La nature est ce qu’il y a de plus important au Costa Rica”, raconte Moana.

Dans ce tour du globe, il trouve également un épanouissement spirituel.

Si demain, il ne te restait qu’une semaine à vivre ou même qu’un jour, qu’est-ce que tu voudrais faire ?”.

– Moana Van Der Maesen.

“Ça nous a beaucoup apporté humainement parlant. Tous les jours, on avait une petite routine. […] Il nous est arrivé des anecdotes un peu folles tout au long du parcours, mais ça m’a permis de développer une meilleure compréhension du monde et de moi-même, et un peu d’humilité, sur notre situation en tant qu’humain sur Terre. En tant que Polynésien également, parce que parfois on a tendance à se plaindre et quand on voit la vraie misère dans certains pays, on est loin de pouvoir se plaindre”.

Hiroana Putoa et Moana Van Der Maesan lors de leur tour du monde en 2019 (crédit photo : Moana Van Der Maesen)

Sortir de sa zone de confort

Une prise de conscience qui entre dans sa quête du bonheur, débutée en 2018. Cette année, Moana quitte son poste de directeur d’une société de sécurité pour se recentrer sur lui-même.

“C’est un travail qui ne me plaisait plus. J’étais en quête de sens, donc je ne voulais faire que des choses qui me plaisaient. Je me suis dit ‘je gagne bien ma vie mais je ne suis pas heureux. Mais à quoi ça sert alors ? Est-ce que je vais travailler 50 ans de ma vie et faire un truc qui ne me rend pas heureux ?'”.

Quelqu’un m’avait dit un jour ‘je ne veux pas être le plus riche du cimetière’, et je le rejoins complètement. Tu peux avoir tout l’argent du monde, une fois que c’est fini, c’est fini. Si demain, il ne te restait qu’une semaine à vivre ou même qu’un jour, qu’est-ce que tu voudrais faire ?”.  

Ecrivain et artiste-peintre à ses heures perdues

Depuis, Moana a laissé plus de place à son âme d’artiste. En 2018, il écrit un roman dans le cadre d’un concours, “un défi que je voulais relever personnellement”, explique-t-il.

Début 2021, Moana sort son premier conte pour enfant, qui retrace les aventures d’une noix de coco et met également en vente son premier livre à destination des plus grands, intitulé Sur la Piste du Bonheur. Un ouvrage inspiré de son propre parcours et qui se veut être une initiation au développement personnel.

“Je voulais partager mon expérience, mon parcours un peu atypique, et éventuellement donner des astuces aux gens qui se cherchent également, qui ne trouvent pas forcément le courage de prendre des décisions qui pourraient leur faire beaucoup de bien. On a souvent beaucoup de mal à sortir de sa zone de confort. […] C’est un livre qui va à l’essentiel, c’est-à-dire ‘comment est-ce que je peux faire au quotidien pour éviter le stress ? Me focaliser au maximum sur les choses qui me rendent heureux ?’ “.

En plus d’exercer sa plume, Moana s’essaye à la peinture. “Pendant mon tour du monde, je faisais des petits sketchs (esquisses, NDLR) que je distribuais un peu partout. Et en revenant au fenua, j’ai commencé à faire des petites toiles, par ci par là. Ça me détendait en fait, ça me faisait du bien. Et puis un jour, quelqu’un m’a demandé si je vendais ma toile”, explique-t-il.

“J’arrive à allier quelque chose que j’aime bien dans la vie et à en vivre un peu” (crédit photo : Moana Van Der Maesen).

“Je suis quelqu’un qui a appris à aimer la peinture et l’art de manière générale. Après ça s’est développé, j’ai commencé à faire une deuxième toile, puis une troisième, puis après j’ai fait des expositions. Et j’ai commencé à vendre de plus en plus de tableaux. Là par exemple j’ai des commandes, j’en envoie sur Bora. J’arrive à allier quelque chose que j’aime bien dans la vie et à en vivre un peu”.

Conscient qu’il doit tout de même payer ses charges à la fin du mois, Moana confie avoir actuellement un emploi fixe dans la fonction publique depuis peu. “Le poste qu’on m’a proposé pour le moment permet de payer mes factures au quotidien. […] C’est vraiment alimentaire parce que j’ai d’autres projets personnels”.

“La Terre est en train de devenir un four”

Eco-citoyen averti, Moana ne manque pas d’alerter sur les conséquences irréversibles du changement climatique. “La Terre est en train de devenir un four ambulant. En 40 ans, on a quand même éliminé 60% de la biodiversité animale. […] Ça doit nous alerter ce qui est en train d’arriver. Est-ce que demain on parlera des baleines, des dauphins, des tortues, des requins ? Est-ce que nous parlerons d’eux uniquement dans nos légendes ? Et combien d’autres espèces vont suivre avant qu’on réalise que notre mode de consommation est en train d’impacter la vie du Terre ?”

À ceux qui souhaiteraient limiter leur emprunte carbone ou faire un premier pas pour l’environnement, Moana conseille d’arrêter la consommation de viande rouge issue de l’agriculture industrielle. “Aujourd’hui, c’est le premier facteur du réchauffement climatique. Un végétarien roulant en 4×4 polluera toujours moins qu’un carnivore roulant à vélo. Plus on consomme de viande rouge et plus la planète se réchauffe”.

En effet, la consommation de viande et l’élevage destiné à l’alimenter représentent la première source d’émissions de CO2 sur la planète, devant les transports. 70% de la surface agricole mondiale est d’ailleurs utilisée uniquement pour l’élevage de bétail. L’agriculture nécessite aussi 70% des ressources en eau douce du globe, l’élevage en consommant la grande majorité.

Ce n’est pas la Terre qui est en danger, c’est nous, l’espèce humaine

– Moana Van Der Maesen

“On est responsable de ce qui est en train de se passer. On le sait, mais on ferme les yeux. […] Ce n’est pas la Terre qui est en danger, c’est nous, l’espèce humaine. Les générations suivantes vont devoir vivre dans un monde qui sera beaucoup plus chaud, où il y aura beaucoup moins d’eau, où il y aura beaucoup plus de pollution”, s’alarme Moana.

Prendre conscience de l’urgence environnementale

Alors que le plan de relance économique 2021-2023 du Pays a pour adage la résilience et l’autonomie alimentaire, Moana appelle la population à revenir à l’essentiel. “On l’a vu, dès qu’il commence à manquer de riz, tout le monde panique alors qu’on a plein d’autres ressources. Mais le Polynésien a oublié ce que sa terre peut produire”.

“Ce que je regrette, c’est que le gouvernement soit complètement aveuglé par la relance économique, à tout prix. On rase nos vallées, on va surexploiter bientôt les capacités de nos océans alors qu’on devrait penser autrement. On devrait penser économie verte. […] Les décisions qu’ils prendront aujourd’hui impacteront les Polynésiens pour les années à venir”.

Des projets, Moana en a encore toute une flopée. Il souhaite refaire un tour du monde mais aussi sortir un documentaire retraçant son premier périple. Un film qu’il pourrait d’ailleurs présenter au Fifo.

“Avant de quitter cette existence, j’aimerais pouvoir laisser un maximum de graines derrière moi, pour que les gens comprennent et ne refassent pas les mêmes erreurs”.

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