Michel Monvoisin : « Heureusement qu’il y a les Airbnb »

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Le président directeur général d’Air Tahiti Nui, annoncé sur le départ, était l’invité du journal de TNTV, ce jeudi soir. Michel Monvoisin est revenu sur les difficultés rencontrées par la compagnie domestique soumise à une forte concurrence. Mais selon lui, le problème n’est pas là mais réside dans le faible « nombre de chambres d’hôtel » disponibles au fenua. « Heureusement qu’il y a les Airbnb », dit-il. Interview.

Publié le 05/04/2024 à 10:17 - Mise à jour le 05/04/2024 à 14:27

Le président directeur général d’Air Tahiti Nui, annoncé sur le départ, était l’invité du journal de TNTV, ce jeudi soir. Michel Monvoisin est revenu sur les difficultés rencontrées par la compagnie domestique soumise à une forte concurrence. Mais selon lui, le problème n’est pas là mais réside dans le faible « nombre de chambres d’hôtel » disponibles au fenua. « Heureusement qu’il y a les Airbnb », dit-il. Interview.

TNTV : La situation est encore délicate chez ATN. La Chambre Territoriale des Comptes vient de pointer du doigt un pilotage contradictoire du Pays. De son côté, le président Moetai Brotherson a annoncé du changement. De quoi parle-t-il exactement ?

 Michel Monvoisin : « C’est à lui qu’il faut le demander. Je n’en ai aucune idée. Maintenant, je ne partage pas trop le pessimisme de votre interprétation. Je pense que vous faites une erreur de mettre French Bee en avant. French Bee n’est pas notre concurrent principal. On leur a repris largement des parts de marché. Aujourd’hui, notre concurrent principal s’appelle Air France/Delta. Ce qui dit la Chambre, et je veux saluer son travail, car elle a passé plusieurs mois chez nous… les magistrats ont bien cerné la problématique de l’aérien et du tourisme en Polynésie. Sur ATN, ils disent que c’est une petite compagnie qui affronte les grosses sur des liaisons uniquement internationales, du long courrier. C’est une compagnie qui a été créée par le Pays pour deux missions : désenclaver le pays, c’est-à-dire assurer la continuité territoriale pour les Polynésiens, et ramener des touristes. La Chambre constate que le job a été fait ».

TNTV : Mais ATN est aujourd’hui lourdement concurrencée…

Michel Monvoisin : « On est concurrencé, mais le problème, ce n’est pas la concurrence. Le problème, et c’est la remarque que fait la Chambre, c’est l’adéquation entre la capacité des sièges offerts et la capacité réceptive en nombre de chambres d’hôtel. Si on avait mille chambres de plus, le nombre de sièges ne serait pas un problème. Il y a plus d’un million de sièges et il y a 2000 chambres.  On a perdu 9% de chambres depuis la Covid. Il est là le problème, principalement (…) Tout le monde reconnait qu’il manque des chambres ».

TNTV : Votre position est tout de même nuancée par les professionnels de l’hôtellerie…

Michel Monvoisin : « Bien sûr. Quand il leur reste 4 chambres à vendre, ils ne sont pas pleins, mais, aujourd’hui, même eux le reconnaissent, qu’ils ont des problèmes à rénover leurs hôtels en basse saison parce qu’ils étaient un peu trop pleins ».

TNTV : Diversifier les marchés émetteurs peut coûter cher à la compagnie. Est-ce judicieux aujourd’hui de l’envisager ?

Michel Monvoisin : « Le problème est toujours le même. Diversifier les marchés veut dire ouvrir des routes. Aujourd’hui, le problème n’est pas la capacité aérienne, mais le nombre de chambres d’hôtel. Pourquoi on n’a pas ouvert le Japon à l’été ? Parce que nos partenaires, les tours opérateurs qui vendent la Polynésie, nous ont dit : ‘vous n’avez rien à vendre à l’été’. Le dollar est fort. On a stimulé le marché américain. On a mis beaucoup de capacités sur le marché nord-américain et ça a marché. Les Américains ont pris toutes les chambres. La Chambre a raison, on va à l’encontre de la diversification, mais parce qu’on a laissé entrer beaucoup de compagnies aériennes, beaucoup d’offre en sièges, sur un marché nord-américain et également sur le marché France. Le premier marché émetteur, ce sont les États-Unis et, derrière, le marché France qui remplissent toute l’offre que la Polynésie peut offrir ».

TNTV : Les ennuis pour ATN ont commencé en 2018 avec l’ouverture du ciel. A l’époque, comment avez-vous vu arriver la concurrence ?

Michel Monvoisin : « On s’est défendu. On a mis de l’offre en sièges. On n’a pas laissé entrer aussi facilement la concurrence. Il faut vous enlever de la tête qu’ATN a perdu et les autres ont gagné. C’est vrai qu’avant la concurrence, sur le marché du tourisme, on avait 70% des parts. On est passé à 42%. Mais on est toujours leader. Les 58% restants, 6 compagnies se les partagent. Cela veut dire que celui qui nous suit, le numéro 2, ne fait même pas la moitié de ce que l’on fait. On est largement leader ».

TNTV : On peut s’interroger sur les raisons qui ont conduit les pouvoirs publics à ouvrir le ciel sans mesurer l’impact pour ATN…

Michel Monvoisin : « Il aurait fallu poser la question à l’ancienne gouvernance. C’est un des constats de la Chambre. Je pense peut-être par crainte de représailles, ou par manque de maîtrise ou de compétences sur le sujet des accords de trafics et des accords bilatéraux…il y a eu beaucoup de confusion. Les compagnies qui sont venues, on les a laissé entrer sans analyse d’impact. Quand on a ouvert Seattle, cela nous a pris 4 mois pour obtenir les autorisations. Pourquoi ? Parce qu’on a présenté un business plan, les tarifs. Les autres compagnies ont été interrogées. Cela ne s’est pas déroulé comme ça, ici. La Chambre le constate. On peut le regretter, mais c’est un fait. Aujourd’hui, ATN vit avec ça ».

TNTV : L’objectif du président est d’atteindre les 600 000 touristes. La compagnie doit grandir. Comment financer son évolution ?

Michel Monvoisin : « La croissance touristique peut être une bonne nouvelle. Là, je partage l’avis du président. Elle ne peut être que bénéfique à ATN. La question est de savoir si ATN pourra suivre avec ses avions (…) Aujourd’hui, plus de la moitié du parc des avions dans le monde est loué. Pour louer, ce n’est pas la même mobilisation de cash que pour acheter. Aujourd’hui ATN a 4 avions et il y en 2 qui sont loués. On a la chance d’avoir la confiance des loueurs. On a le même loueur depuis des années qui nous suit. ATN n’a jamais été en défaut sur aucun de ses loyers. Celui qui nous loue des avions depuis 25 ans a entièrement confiance en ATN. Le contexte actuel ne permet pas, malheureusement, d’augmenter la flotte, mais s’il le fallait, j’ai toute confiance. Je sais qu’il nous fournira des avions ».  

TNTV : Mais vous êtes prêt à contribuer à cet objectif de 600 000 touristes ?

Michel Monvoisin : « Bien sûr. Mais pour avoir les 600 000 touristes, il faut des chambres (…) On a fait 260 000 touristes l’an dernier. On commence à toucher le plafond de verre. On aura du mal à aller au-delà. Heureusement qu’il y a les Airbnb. Je suis un soutien du Airbnb. Aujourd’hui, il y a 2900 chambres en Airbnb et 2000 en hôtellerie. Heureusement. Sans les 2900 chambres en Airbnb, toutes les compagnies qui desservent la Polynésie auraient eu encore plus de difficultés ».

TNTV : Connaissez-vous le nom de votre successeur à la tête d’ATN ?

Michel Monvoisin : « Pas du tout. Je n’en ai aucune idée ».

TNTV : Avez-vous un échéancier ?

Michel Monvoisin : « Non. Je pense que c’est un sujet qui se débattra en Conseil d’administration. C’est l’instance qui nomme le PDG sur proposition du président ».

TNTV : Êtes-vous prêt à quitter votre siège ?

Michel Monvoisin : « Quand on est PDG, c’est un CDD qui est renouvelable tous les jours. Il faut être à tout moment capable de remettre son mandat. Ce n’est pas un souci ».

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