Mehiti Sandford, devenue aiguilleuse du ciel à 23 ans

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Adolescente, Mehiti Sandford rêvait de devenir contrôleuse aérienne. Un rêve qu’elle a réussi à réaliser. Elle exerce aujourd’hui et depuis presque 4 ans en métropole, à l’aérodrome Grenoble-Le Versoud, au pied du massif montagneux de Belledone.

Publié le 26/06/2023 à 14:35 - Mise à jour le 11/04/2024 à 9:48

Adolescente, Mehiti Sandford rêvait de devenir contrôleuse aérienne. Un rêve qu’elle a réussi à réaliser. Elle exerce aujourd’hui et depuis presque 4 ans en métropole, à l’aérodrome Grenoble-Le Versoud, au pied du massif montagneux de Belledone.


Tout commence un soir, alors qu’elle n’est qu’en classe de troisième. Quand son père lui parle du métier d’aiguilleur du ciel, c’est la révélation pour la jeune Mehiti, 14 ans. « J’étais impressionnée. Je me suis dit : je veux faire ça ! », se remémore-t-elle.  Déterminée à atteindre son but, elle s’aperçoit rapidement qu’il n’existe qu’une seule voie en France pour faire ce métier : réussir l’exigeant concours de l’ENAC à Toulouse. Réticente à l’idée de quitter son île natale Raiatea, Mehiti se doit pourtant de surmonter ses peurs et rejoint ses deux sœurs aînées dans la ville rose.

Après deux ans à l’INSA de Toulouse, elle s’inscrit donc au concours.… Et le réussi du premier coup, ce qui n’est pas fréquent : « L’année où j’ai passé le concours, il y avait environ 570 candidats et ils n’en prenaient que 31. On n’était que 2 à réussir du premier coup », explique-t-elle simplement. « Je me souviens d’une fille de ma promotion, elle avait passé 10 fois le concours avant de l’avoir »a-t-elle confié. À seulement 20ans, elle fait ses premiers pas à l’école d’aviation « Quand j’ai été admise à l’ENAC, c’était incroyable », sourit-elle. « J’ai directement appelé mon père pour lui annoncer ».

Dès ses 23 ans, elle prend donc son premier poste. Maison ne devient pas contrôleur aérien du jour au lendemain. « Il n’y a pas une sortie de l’ENAC où tu te dis : ça y est j’ai réussi, je suis contrôleur aérien » assure la jeune aiguilleuse du ciel. Mehiti a d’abord suivi une formation qui inclut notamment deux années de théorie.

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Une période qui lui a permis de s’initier à plusieurs métiers de l’aviation, tels que pilote de ligne ou ingénieur aéronautique. Elle ne s’est pourtant pas écartée de son objectif initial :  en troisième et dernière année, au moment de la mise en pratique, elle décide de poursuivre en tant que contrôleuse aérienne.

Elle a alors le choix entre plusieurs postes à Paris, et deux autres à Grenoble. Préférant les villes paisibles à la frénésie de la vie parisienne, Mehiti opte pour la capitale des Alpes. Son apprentissage la fait passer par une large palette d’émotions, allant de l’appréhension à prendre le micro pour guider les pilotes à l’excitation de faire enfin le métier de ses rêves.

« Si tu commets une erreur, il faut absolument s’en rendre compte et se rattraper »

Aujourd’hui, Mehiti a 26 ans et 4 années d’expérience dans le contrôle aérien. Dans sa tour de contrôle, ils ne sont que 8 à guider les pilotes. Une petite équipe pour un trafic pourtant relativement important, ce qui plaît énormément à Mehiti. Au-delà de sa détermination, la jeune femme adore relever des défis. Son travail implique de gérer plusieurs avions simultanément et de faire en sorte que le trafic aérien soit fluide et organisé.

Si l’erreur est humaine, un contrôleur doit cependant faire très attention. « On n’a pas le droit à l’erreur, oui et non, nuance-t-elle. Si tu commets une erreur, il faut absolument s’en rendre compte et se rattraper. Ce qui est important, c’est de rapidement la remarquer et de repenser très vite à une nouvelle solution selon la situation ».

Depuis qu’elle exerce ce métier, Mehiti a vécu des situations hors du commun. « En 4 ans de service ici, il y a déjà eu 3 crashs mortels avec des appareils basés, dont un hélicoptère de la sécurité civile. » déplore-t-elle. Le risque zéro n’existe malheureusement pas dans son aérodrome, qui ne gère pratiquement que de l’aviation de loisirs. Les pilotes qui le fréquentent sont souvent bien moins professionnels et expérimentés que les pilotes des vols commerciaux. « Il faut savoir gérer ses émotions. Sur le coup, j’ai ressenti un frisson, mais moi, j’arrive à vite mettre ça de côté et à me reconcentrer sur mon travail », remarque-t-elle.

D’ailleurs, il lui est déjà arrivé de devoir assister un pilote qui rencontrait des difficultés à l’atterrissage. Une situation compliquée où le travail d’équipe s’est avéré essentiel. Pendant que son collègue rassurait l’aviateur, Mehiti se chargeait d’appeler les numéros d’urgence, tout en s’assurant de garder son sang-froid. « Finalement, l’avion a pu se poser et rouler, donc ça s’est bien terminé » relativise-t-elle.

Dans le micro, elle se fait remarquer par son accent tahitien

Lors des communications avec les pilotes, Mehiti attire l’attention grâce à son accent tahitien. Par moments, cela lui vaut de se répéter lorsqu’elle fait face à des pilotes qui ne la connaissent pas encore. « Ceux qui sont habitués à ma voix me comprennent bien et ne me font plus répéter. Mais les nouveaux, ils me font souvent répéter » explique-t-elle. Elle souligne d’ailleurs l’importance de comprendre et d’être comprise en retour. « Dans ce cas il faut être patiente, bien articuler et aussi s’assurer que le pilote te communique bien sa position ».

La jeune polynésienne aurait même un cercle d’admirateurs. Un groupe de pilotes d’Annecy apprécierait particulièrement son accent. Mehiti a eu l’occasion de rencontrer ses « fans », comme ils se désignent eux-mêmes, lors d’un événement qui regroupait des pilotes de différents terrains. « Je pensais qu’ils étaient juste fans des contrôleurs aériens en général, mais non ils étaient fans de moi » rigole-t-elle. « Ils voulaient même prendre des photos. Et ils m’ont dit qu’à chaque fois, ils sont trop contents d’entendre ma voix dans l’ATIS (Service automatique de diffusion, NDLR)», rajoute-t-elle, amusée.

À Grenoble, le fenua ne la quitte pas

Pour compenser la charge de stress élevée, les contrôleurs aériens bénéficient d’un emploi du temps avantageux. Mehiti travaille entre 25 heures et 32 heures par semaine. Si elle avoue apprécier ses horaires de travail, il lui faut toutefois combler son temps libre.

Le Ori Tahiti l’accompagne au quotidien, grâce à des cours en ligne donnés par Tahia Cambet. Des cours qu’elle a débutées en pleine période de covid.

Mehiti a pu concourir aux côtés de sa professeure de danse lors du Heiva i Paris dans la catégorie pro. Les deux danseuses ont même remporté la troisième place du podium grâce à leur prestation. Dans la vidéo ci-dessous, Mehiti porte le pareu noir.

Si son parcours est déjà impressionnant, Mehiti a un nouvel objectif en tête : passer l’examen pour devenir ingénieure du contrôle aérien.

Enfin, pour tous les bacheliers qui ambitionnent de devenir contrôleur aérien, Mehiti conseille de bien réviser les mathématiques et la physique. « N’oubliez pas l’anglais, qui est très important pour entrer à l’ENAC, mais aussi dans le secteur de l’aviation en général. Fa’aitoito ! N’ayez pas peur de partir à l’étranger, de découvrir d’autres choses », conseille-t-elle. Et surtout, elle insiste « si vous vous fixez un objectif, essayez de l’atteindre. Ne vous dites pas que vous n’êtes pas assez bons, parce qu’on ne peut pas savoir sans avoir essayé. Alors, il faut se lancer ! »

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