dimanche 26 septembre 2021
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“Médecine de guerre” au CHPF, devant la déferlante de patients

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Lits, ressources humaines et appareils de ventilation : si le CHPF est bien équipé, il manque déjà de tout. Les renforts de la réserve sanitaire ont certes permis d’ouvrir neuf nouveaux lits de réanimation, mais ils ne suffiront certainement pas à absorber le flot continue de patients. En première ligne, le personnel soignant serre les dents et encaisse la vague.

Publié le 18/08/2021 à 17:47 - Mise à jour le 19/08/2021 à 10:29
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Lits, ressources humaines et appareils de ventilation : si le CHPF est bien équipé, il manque déjà de tout. Les renforts de la réserve sanitaire ont certes permis d’ouvrir neuf nouveaux lits de réanimation, mais ils ne suffiront certainement pas à absorber le flot continue de patients. En première ligne, le personnel soignant serre les dents et encaisse la vague.

Difficile depuis un mois, critique depuis deux semaines, vertigineux depuis quelques jours. Le bal des ambulances aux urgences donne le tournis ce mercredi après-midi. Pas de pause pour le personnel de l’hôpital, en première ligne du déferlement de patients. « On n’a jamais vécu ça » laisse échappe la responsable du service d’accueil des urgences, Mélanie Tranchet. Si la dernière vague fut difficile, elle avait mis quelques mois avant de commencer à engorger l’hôpital, atteignant une centaine de lits fin novembre 2020, contre plus de 300 aujourd’hui et en l’espace de seulement un mois.    

« On a des patients très graves, plus jeunes, et pour lesquels on n’a pas forcément de moyens humains et techniques malgré le fait qu’on mette tout le monde à contribution, tout notre matériel, tous nos moyens humains » confie la responsable. Les cliniques, les dispensaires et les hôpitaux de la direction de la santé à Moorea, Raiatea et Taravao ont beau jouer le jeu et improviser des soins intensifs, les evasan vers le Taaone continue d’affluer. « En tant qu’hôpital de dernier recours, on est obligé de prendre les patients les plus graves » poursuit Mélanie. Résultat : chaque jour, un nouveau service est saturé. La direction du CHPF passe ainsi ses journées à élaborer des plans pour libérer de nouveaux services… rapidement dépassés. « On est vraiment dans une situation de type médecine de guerre, honnêtement » résume le médecin.

(Crédit photo : TNTV/Esther Cunéo)

« On essaie vraiment de faire ça avec toute notre humanité, malgré le fait que tout le monde est très occupé »

A défaut de place, de machines ou de ressources spécialisées, le tri des patients s’impose. Des choix difficiles à faire, selon des critères qui dépendent de nombreux facteurs et d’une constante : faire au mieux pour chaque patient, en termes de soin mais aussi de confort, malgré le contexte de saturation. « Il n’y a pas d’âge limite, cela dépend de plein de choses, de l’état de santé de base des gens, de leur autonomie… On essaie d’avoir une réflexion qui est personnalisée » explique la responsable. Mais c’est surtout du côté des patients Covid que les choix se font, puisque c’est là que la pression est la plus forte. « On a des hospitalisés non Covid, mais on n’a pas eu à faire de choix spécifique sur eux » poursuit le médecin. Ce qui pourrait toutefois arriver si tous les secteurs affectés en réanimation étaient saturés.

Décision « collégiale », le tri -ou la priorisation des patients- intervient généralement avec la collaboration des réanimateurs et des médecins, dont le médecin traitant du patient. En parallèle, le comité d’éthique apporte une réflexion globale pour les questionnements qui restent sans réponse. « On essaie vraiment de faire ça avec toute notre humanité, malgré le fait que tout le monde est très occupé » ajoute le docteur.

TNTV/Esther Cunéo

« Vacciné, pas vacciné, ça fait une énorme différence. Les non-vaccinés, c’est le plus gros facteur de risque actuellement »

Alors que les lits se remplissent à vue d’œil, la structure envisage déjà de monter un poste médical avancé dans la nef de l’hôpital. Une cinquantaine de lits d’hospitalisation viendraient alors compléter la flotte du CHPF, afin de libérer de nouveaux secteurs pour les patients Covid. Mais, l’hospitalisation des patients dans ce contexte s’avère compliqué. « Les postes médicaux avancés généralement, c’est pour faire du tri, c’est pour prendre en charge de façon courte les gens. Nous on prend en charge les patients pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines » rappelle la responsable.

Le confinement partiel étendu à samedi, en plus du dimanche, comme annoncé hier dans l’allocution État-Pays, doit au moins permettre d’éviter les accidents de la voie publique. Car tout le monde doit être pris en charge. Infarctus, coronarographies, AVC et autre chirurgie lourde : seul le CHPF peut soigner ce type de patient. « Tous ces patients, il faut leur trouver une place. Il n’y a finalement aucun autre endroit pour les soigner ». Raison pour laquelle l’hôpital du Taaone tente de garder par exemple son secteur de cardiologie ou de neurologie. Mais à un moment donné, l’afflux de patient va forcément se heurter aux secteurs incompressibles. « On est quasiment au maximum de tout ce qu’on peut faire » rappelle la responsable. Dans ce contexte, le débarquement quotidien de patients non vaccinés suscite forcément des interrogations. « La quasi-totalité des patients hospitalisés, notamment chez les patients graves ou en réanimation, ne sont pas vaccinés, ou n’ont eu qu’une seule dose et n’ont pas une immunité complète » souligne le docteur. « Vacciné, pas vacciné, ça fait une énorme différence. Les non-vaccinés, c’est le plus gros facteur de risque actuellement ».

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