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Matahi, plus jeune contrôleur aérien de Polynésie

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Avoir le ciel pour bureau, un rêve pour certains, une réalité pour Matahi Anestides. À seulement 23 ans, le jeune homme obtient sa titularisation et devient alors le plus jeune contrôleur aérien de Polynésie. Un parcours exemplaire mais réservé aux plus persévérants.

Publié le 17/02/2022 à 14:16 - Mise à jour le 17/02/2022 à 19:24
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Avoir le ciel pour bureau, un rêve pour certains, une réalité pour Matahi Anestides. À seulement 23 ans, le jeune homme obtient sa titularisation et devient alors le plus jeune contrôleur aérien de Polynésie. Un parcours exemplaire mais réservé aux plus persévérants.

Connaissez-vous le métier de contrôleur aérien ? Essentiel à la navigation aérienne, l’aiguilleur du ciel régule la circulation des avions. Il surveille le trafic, les conditions météorologiques et guide les pilotes dans leurs manœuvres de décollage et d’atterrissage. Un métier à haute responsabilité vers lequel Matahi décide de se tourner lorsqu’il a seulement 14 ans. Choix de carrière étonnant pour un adolescent mais motivé par la qualité de vie qu’offre la voie : « ce que je voulais, c’était surtout avoir du temps libre pour surfer mais quand même bien gagner ma vie ».

Sur les conseils de son père, au lycée, Matahi choisit la filière scientifique. Une fois son baccalauréat en poche, il entame deux années en classe préparatoire Maths Sup Maths Spé spécialité chimie à Toulouse. Alors qu’il est encore étudiant en métropole, il tente de passer le concours de la fonction publique pour devenir technicien supérieur des études et de l’exploitation de l’aviation civile (TSEEAC). Un concours très sélectif auquel il échoue deux fois. Pas de quoi décourager Matahi pour autant. De retour au fenua en 2017, il passe l’équivalent territorial du concours, qui ne s’était pas ouvert depuis trois ans. Entre 200 à 400 Polynésiens participent pour espérer obtenir l’une des deux seules places disponibles. Et sa troisième tentative va payer puisqu’il obtient le précieux sésame grâce à un léger coup de chance : « au concours, je suis arrivé troisième donc je n’étais pas sûr d’être pris. […] On m’a finalement rappelé pour me dire que j’avais ma place car le deuxième s’était désisté ».

Enfant, Matahi manifeste déjà son intérêt pour le métier de contrôleur aérien (crédit photo : Instagram Matahi Anestides)

C’est le début de sa carrière. Mais avant de devenir aiguilleur du ciel, il lui faut compléter une formation. Il part en métropole et suit deux années de cours à l’ENAC, l’école nationale de l’aviation civile. Dans la continuité de sa formation, il entame ensuite son stage obligatoire à l’aéroport de Bora Bora en février 2020. Le jeune homme obtient sa titularisation et sa qualification la même année, en novembre, ce qui lui permet d’exercer en toute autonomie à seulement 23 ans. « Finalement, je suis tombé sur la seule île où il n’y a pas de spot de surf », plaisante-t-il.

Aujourd’hui, cela fait un an et demi que Matahi est contrôleur aérien. Avec 7 jours vacations réparties sur deux semaines et une rémunération « très convenable », il jouit d’une belle qualité de vie et de beaucoup de temps libre. C’est sans compter la vue imprenable sur le lagon depuis son bureau, en haut de la tour de contrôle. Un cadre de travail qui peut faire rêver certains mais qui reste isolé, puisque Matahi vit sur le motu de l’aéroport, en collocation avec quelques-uns de ses collègues : « être contrôleur à Bora, c’est sympa mais on est un peu loin de tout, on vit sur un motu. C’est bien pour l’instant, mais à terme, j’aimerais bien revenir sur Tahiti où au moins m’en rapprocher. Donc peut-être exercer dans un aérodrome plus proche, peut-être à Raiatea ou Moorea ».

Une journée dans la peau d’un contrôleur aérien

Six aiguilleurs du ciel sont basés à l’aéroport de Bora Bora. Mais seul un contrôleur est présent dans la tour, en fonction des horaires de roulement. « On arrive 15 minutes avant l’ouverture de la tour pour préparer le matériel, vérifier que les micros, les sirènes d’urgence et les lumières fonctionnent bien, etc. ». Tout au long de son service, Matahi doit garder une vigilance accrue « pour veiller à la sécurité des aéronefs, faire en sorte qu’il n’y ait pas de collision, soit en l’air, soit au sol. C’est le gros du métier, la partie la plus importante ».

L’aéroport de Bora Bora est considéré comme un petit aérodrome, contrairement à celui de Tahiti Faa’a. Mais malgré le trafic aérien relativement calme de l’île, il arrive parfois que Matahi soit confronté à des situations d’urgences : « ça m’est déjà arrivé d’avoir deux avions qui arrivent sur Bora, l’un de Tahiti, l’autre de Maupiti, avec des routes convergentes et des horaires d’arrivée estimées à Bora similaires. Mais l’un des avions ne me captait pas à la radio. Donc je ne pouvais pas communiquer avec lui. J’ai fait des essais mais en attendant, les avions se rapprochaient. Dans des situations comme celle-ci, il y a un risque de collision donc il faut trouver une solution. Là, en l’occurrence, cet avion était toujours en contact avec la tour de Tahiti, donc j’ai téléphoné à Tahiti pour leur communiquer les informations pour qu’ils puissent les communiquer à l’avion ».

La capacité d’anticipation et le sang-froid, tels sont donc les qualités essentielles selon Matahi pour faire carrière en tant qu’aiguilleur du ciel. Une voie qui pourrait inspirer certains…

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