dimanche 5 décembre 2021
A VOIR

|

Malia, l’ange gardien des plus démunis

Publié le

Une écoute pour certains, une aide pour d’autres ou encore un réel membre de la famille pour une poignée d’entre eux : les sans-domicile fixe qui connaissent Malia ont tous fini par l’adopter. Sa douceur et son implication ont attendri les cœurs les plus endurcis par les difficultés de la rue. La Wallisienne d’origine est éducatrice pour Te Torea, une association qui accompagne les plus démunis.

Publié le 20/10/2021 à 7:30 - Mise à jour le 21/10/2021 à 11:23
Lecture 4 minutes

Une écoute pour certains, une aide pour d’autres ou encore un réel membre de la famille pour une poignée d’entre eux : les sans-domicile fixe qui connaissent Malia ont tous fini par l’adopter. Sa douceur et son implication ont attendri les cœurs les plus endurcis par les difficultés de la rue. La Wallisienne d’origine est éducatrice pour Te Torea, une association qui accompagne les plus démunis.

Elle fait partie de ceux qui agissent dans l’ombre. Quand la nuit tombe dans les rues de Papeete, Malia et l’équipe de rue de Te Torea parcourent la ville. À raison d’une maraude par jour, voire parfois plus, la jeune femme va à la rencontre des sans-abris pour prendre des nouvelles, discuter avec eux, ou encore distribuer des produits d’hygiène, tels que des préservatifs pour sensibiliser aux effets néfastes des maladies sexuellement transmissibles.

Ils me considèrent déjà comme une des leurs, c’est le plus important pour moi

Malia Tialetagi, éducatrice et responsable de l’équipe de rue de l’association Te Torea

Le but premier de ces sorties : “créer du lien […], maintenir ce lien-là pour pouvoir les orienter vers une éventuelle sortie”, explique Malia. “J’aime beaucoup être en contact avec les personnes […]. Ils me considèrent déjà comme une des leurs, c’est le plus important pour moi“. Même si parfois, certains demandent plus de temps avant d’accorder leur confiance : “le public de la rue, c’est aussi de la violence. Je me fais insulter. Mais c’est au fur et à mesure qu’ils vont me voir, ils reconnaissent un peu ce que je fais pour eux. Ils viennent s’excuser”.

(crédit photo : Tahiti Nui Télévision / E.Teinaore)

Te Torea gère également un centre d’accueil basé à Fare Ute qui compte aujourd’hui 60 pensionnaires, tous issus de la rue. Les profils sont divers : on croise un jeune couple tout sourire sur leur cyclomoteur ou encore une dame plus âgée assise à une table. L’association constate que la plupart d’entre eux se sont retrouvés à la rue à la suite de conflits familiaux et que les valeurs polynésiennes se perdent : “on va trouver toutes catégories d’âge, des jeunes à des personnes âgées. Mais aujourd’hui, il y a plus de personnes âgées dans la rue. Ce n’est pas normal parce que ce n’est pas Tahiti. Le Tahiti d’antan, où il y avait une certaine solidarité et les enfants qui prenaient soin de leurs parents même s’ils sont âgés”.

Au centre, tous sont majeurs, même si les familles avec des enfants en bas âge font aussi partie du quotidien de Malia. L’association s’occupe alors de faire un signalement auprès de la DSFE si besoin : “ça arrive souvent, mais la première approche déjà, c’est de négocier avec le parent s’il y a une possibilité de rentrer en famille et dire que la présence de l’enfant n’est pas tolérée dans la rue parce que ce n’est pas sa place. […] Après, ce sont les autorités compétentes qui s’occupent du reste”.

“Ce sont eux qui me protègent”

Malia, éducatrice et responsable de l’équipe de rue de l’association Te Torea

Après 3 années passées chez Te Torea, Malia veut “qu’on change le regard porté sur le sans-domicile fixe”, celui qui pense que le SDF “est un fainéant”, “un voleur”. “Si tu prends le temps de l’écouter, là tu vas moins le juger”. Elle déplore aussi une dégradation de la situation des sans-abris en Polynésie : “il n’y a pas du tout d’évolution, les chiffres montent. [Il y a] un manque de structures adaptées pour les « cas psy ». […] Il n’y a pas assez de structures en général”. Mais pour Malia, construire d’autres centres d’accueil ne suffit pas. D’autant plus que chaque sans-abri qui souhaite intégrer un centre est soumis à des conditions d’accès et un délai de séjour limité. Il faut cibler le problème en amont et prévenir les conflits familiaux pour éviter que ces personnes se retrouvent à la rue après avoir été rejetées par leurs proches.

Malgré tout, des “happy endings”, Malia en a connu quelques-uns. Après avoir renoué le contact avec leur famille, certains SDF parviennent à sortir de la rue. D’autres, toujours pensionnaires du centre, arrivent à trouver du travail. Et ils sont nombreux. Au cours d’une de ses rondes habituelles, Malia pointe un jeune homme qui travaille dans une roulotte : “lui aussi, il fait partie du centre”. Plus loin, on rencontre une raerae qui confie avoir ouvert une patente avec l’aide de Malia pour travailler dans une société de nettoyage.

(crédit photo : Tahiti Nui Télévision / E.Teinaore)

Car si l’éducatrice réconforte, elle conseille et accompagne aussi. Et avec humilité, la Wallisienne considère sa contribution comme minime : “à chaque fois je leur dis ‘on était là pour vous accompagner mais le travail, c’est vous. Remerciez-vous car c’est cette volonté-là qui a fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. Vous avez su rebondir là où il fallait’. S’il y a une réussite quelque part c’st grâce à eux-mêmes, ce n’est pas grâce à moi”.

Aujourd’hui, lorsqu’elle se promène dans Papeete le soir, Malia dit se sentir en sécurité. “Ce sont eux qui me protègent”, lâche-t-elle en souriant, rappelant qu’en ces temps difficiles, il faut s’asseoir et discuter avant de juger…

infos coronavirus