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Levée de bouclier contre le projet de luxe du groupe City à Punaauia

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À Punaauia, le projet luxueux du groupe City suscite des inquiétudes au sein de la population. La commune, qui a indiqué avoir précédemment émis un avis défavorable au projet, met à disposition pendant un mois un cahier de doléances mais aussi l’étude d’impact à destination de ses administrés, mais également de tous les habitants de Tahiti.

Publié le 11/04/2022 à 18:03 - Mise à jour le 12/04/2022 à 11:55
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À Punaauia, le projet luxueux du groupe City suscite des inquiétudes au sein de la population. La commune, qui a indiqué avoir précédemment émis un avis défavorable au projet, met à disposition pendant un mois un cahier de doléances mais aussi l’étude d’impact à destination de ses administrés, mais également de tous les habitants de Tahiti.

406 appartements de luxe sur le terrain de l’ex Tahiti Village, situé au PK15 à Punaauia : c’est le projet d’envergure du nouvel investisseur City. Du jamais vu pour du logement privé. Mais la parcelle de 3,5 hectares censée l’accueillir longe également une plage publique très prisée de la population. Alors forcément, ils sont nombreux à s’y opposer fermement. “On avait déjà entendu parler de ce projet et on attendait que la commune demande l’avis à sa population. Et c’est tombé ce matin. J’en ai donc profité pour créer une pétition, afin qu’on se mobilise contre ce projet immobilier qui est vraiment beaucoup trop gros et démesuré pour la population et la commune. (…) Au niveau de l’aménagement du littoral, du lagon… tous ces travaux qui vont être faits vont sûrement chambouler l’écosystème qui existe déjà et je pense qu’il y a d’autres solutions pour loger la population” indique Vaihi Charles, une résidente de Punaauia, qui s’inquiète de ce projet. L’étude d’impact aborde justement la gestion des déchets et l’alimentation en eau. La consommation augmenterait alors de 30 à 40%.

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Mais le projet intervient également dans un contexte de flambée des prix l’immobilier. Les classes moyennes le savent, elles auront assez peu de chance d’accéder à ce type de logements dit de luxe. “Je ne pense pas que la population de Tahiti aille vraiment chercher ce genre de construction. On se demande vraiment si c’est pour la population locale. Cela ne correspond pas à la demande qu’il y a ici, et au pouvoir d’achat que la classe moyenne et populaire a. On a d’autres besoins plus urgents, plus modestes et plus terre à terre pour Tahiti et pour la population de Punaauia” confie la jeune femme. Un point de vue partagé par Douglas Tuahine, membre du collectif Tamarii No Nuuroa du quartier de la Pointe des Pêcheurs : “On est inquiet pour nos générations futures. On est complètement contre ce projet pharaonique qui arrive encore chez nous. Ce sont des appartements de luxe et donc destinés à qui ? Pas forcément aux locaux… Encore pour des étrangers…. À un moment, on aura plus notre chez nous. On est aussi inquiet au niveau environnemental et pour les nuisances que cela va générer. On a déjà eu l’expérience avec l’hôtel Le Méridien, aujourd’hui à l’abandon. On ne pouvait plus se baigner, plus pêcher, et là ça va être pareil. C’est déplorable. Sans compter la circulation, je ne sais pas comment on va régler ce souci avec ce projet”.

“Avec tavana, on a donné un avis défavorable. Mais en toute finalité, c’est le pays qui décidera.”

Nicolas Bertholon, deuxième adjoint au maire en charge du développement urbain

En effet, les nuisances s’annonces multiples, à commencer par la circulation. La zone est déjà un goulot d’étranglement aux heures de pointe. Avec 406 nouveaux logements, l’étude d’impact prédit environ 800 voitures et un millier d’habitants de plus. “Tous les habitants de la Pointe des Pêcheurs lorsqu’ils veulent venir dans le nord, à Papeete, ils convergent tous vers le petit rond-point du Méridien, c’est la zone la plus sombre de la circulation à Tahiti entre le pont de la Punaruu et le bas du lotissement Temaruata. Et là, avec ce projet, ça fera 2 000 personnes en plus et près de 1 000 voitures en plus, ça sera l’enfer sur terre ! On a donc demandé à ce qu’ils fassent un tunnel avec un rond-point au-dessus” explique le deuxième adjoint au maire en charge des finances communales et du développement urbain à Punaauia, Nicolas Bertholon.

Capture d’écran Google Earth

À la mairie, le cahier de doléances et l’étude d’impact sont mis à disposition du public jusqu’au 11 mai. La population de Punaauia et celle des autres communes est bien entendu invitée à donner son avis. A son niveau, la commune a déjà émis un avis défavorable sur certains aspects : “Avec le tavana, nous avons un principe de base, nous accueillons tous les investisseurs dans la commune avec bienveillance, mais cela ne veut pas forcément dire qu’on donne un accord tacite pour faire tout et n’importe quoi. Il y a des règles à respecter dans la commune. Il y a d’ailleurs un PGA (Plan Général d’Aménagement), et nous rentrons même dans sa phase de révision, et nous avons un PPR (Plan de Prévention des Risques) et un PADD (Plan d’Aménagement et de Développement Durable), donc on ne peut pas s’amuser à faire tout et n’importe quoi. (…) Je veux donner un message clair à notre population : avec tavana, on a donné un avis défavorable. Mais en toute finalité, c’est le pays qui décidera. (…) On ne dit pas que rien doit se faire, mais que cela se fasse à taille humaine et que ce soit acceptable par rapport à la population” admet Nicolas Bertholon.

La commune de Punaauia pourrait cependant faire valoir son droit de préemption, mais le terrain coûte trop cher. Reste alors au Pays, de trancher : “Ce terrain fait 3 hectares et demi, et est en zone de préemption. Nous, la commune, on pourrait faire jouer notre droit de préemption. Mais à Punaauia, en bord de mer, le mètre carré est à 80 000 – 120 000 Fcfp, faites le calcul… On n’aurait pas les moyens d’acheter le terrain. Le Pays peut faire jouer son droit de préemption et pourrait en faire un parc public”.

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