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Grève à Carrefour : « C’est une pratique ancestrale de la part des syndicats de nous déposer des préavis la veille de Noël »

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La grève a démarré ce mardi matin au sein des 4 magasins Carrefour de Tahiti. Une nouvelle rencontre entre la direction et les syndicalistes devrait avoir lieu cet après-midi.

Publié le 22/12/2020 à 15:35 - Mise à jour le 22/12/2020 à 17:08
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La grève a démarré ce mardi matin au sein des 4 magasins Carrefour de Tahiti. Une nouvelle rencontre entre la direction et les syndicalistes devrait avoir lieu cet après-midi.

Sur les 600 salariés au sein des 4 Carrefour de Tahiti (Punaauia, Faa’a, Arue, Taravao) moins de la moitié faisait grève pour ce premier jour : « Les syndicats avaient annoncé 80% de taux de participation de grévistes, aujourd’hui nous sommes à 40% » indique Nancy Wane, directrice générale de la branche grande distribution du groupe.

La rencontre qui avait lieu hier en fin de journée entre les directeurs, les syndicats et les représentants syndicaux n’a abouti a aucune négociation : « Concernant le reclassement de la DRH et le harcèlement, ce sont des points personnels, donc considérés comme illicites dans le cadre d’un préavis de grève. Je ne prends pas le sujet du harcèlement à la légère, pour moi c’est un sujet sérieux, surtout en tout que femme, et c’est sûr qu’il va falloir qu’on creuse. (…) Il va falloir qu’on investigue sur les points de harcèlement qui sont balancés comme ça, car ce n’est pas non plus très précis. On balance le mot ‘harcèlement’, mais je n’ai aucune précision de quel fait de harcèlement il s’agit. (…) Et ce qui gène les syndicats, c’est la DRH. Il faut savoir que c’est une femme, qui plus est, Polynésienne, compétente, et qui utilise le droit et la loi comme base de relation avec les partenaires sociaux. Donc est-ce que c’est ce qui gène aujourd’hui qu’on utilise le droit et la loi comme bases de discussions ? Je m’interroge ».

Nancy Wane, directrice générale grande distribution du groupe

Concernant le 13ème mois qui fait partie des 16 points de revendication, Nancy Wane précise qu’il a déjà été payé, bien qu’avec, certes, 2 jours de retard : « Les accords prévoient que le 13ème mois soit payé à la fin du mois, et on se donne toujours l’objectif de payer le 13ème mois avant le dernier week-end de Noël pour que les employés puissent se préparer aux fêtes ».

Des « usages abusifs de certains élus »

« Aujourd’hui, les acquis sont acquis, c’est la loi. Les acquis n’ont jamais été remis en question. Par contre, les usages abusifs des accords de certains élus ont été arrêtés, et c’est ce qui gène certains élus dans nos magasins. Comme, par exemple, le travail du dimanche sans que l’employeur ne demande à ce qu’ils viennent travailler le dimanche. (…) S’il y a un litige en terme d’interprétation des accords, il y a des tribunaux qui sont là pour ça, puisqu’aujourd’hui, on n’arrive pas à tomber d’accord sur la lecture des accords », précise la dirigeante.

« Aujourd’hui, je dis ça suffit, stop »

Nancy Wane

« C’est une pratique ancestrale de la part des syndicats de nous déposer des préavis la veille de Noël. Si on regarde l’historique des accords que nous avons signés dans le passé, c’était toujours la veille de Noël. Et moi, de la jeune génération que je suis aujourd’hui, je dis ça suffit, stop » affirme la directrice du groupe.

Et malgré les salariés en grève, il n’est pas question pour les hypermarchés de fermer, surtout à deux jours du réveillon de Noël. Bien que le service est quelque peu perturbé, l’enseigne compte sur ses titulaires et ses renforts qu’elle avait déjà prévu pour les fêtes de fin d’année : « On tiendra le temps qu’il faudra. On fait ce qu’on peut, et on avance. Il n’est pas question qu’on ferme. Faaitoito à ceux qui sont sur le terrain ».

Du côté de Faa’a, malgré la pluie, ils étaient une soixantaine à faire grève devant l’hypermarché, brandissant plusieurs pancartes « Fiu », Harcèlement », bien décidés à se faire entendre. « On attend les négociations avec nos secrétaires généraux respectifs » déclare Chantal Ararui, déléguée syndicale CSTPFO et employée au service caisse à Carrefour Faa’a.

« Il faudrait faire bénéficier les nouveaux arrivants des mêmes conditions que les anciens concernant les départs à la retraite ou encore la prime d’ancienneté ainsi que son déplafonnement (…) Il y aussi le harcèlement, ainsi que le versement des primes qui était une habitude pour Carrefour Arue et Punaauia, la prime d’intéressement et du 13ème mois. (…) La date du 5 décembre qui a avait été demandée pour le versement a été repoussée petit à petit (…) Et il y a d’autres avantages qui ont été des acquis, et qu’on commence à perdre. Et ils veulent pouvoir garder ces acquis, comme les dépôts du 13ème mois. Quand il y a eu un accord qui été fait, pourquoi vouloir changer des choses qui ont déjà été acceptées dans les accords » explique-t-elle.

Une rencontre devrait à nouveau avoir lieu cet après-midi entre la direction et les syndicalistes afin de trouver un accord : « Les directeurs sont mandatés. Ils ont une délégation de pouvoir. À ce jour, je n’ai pas été contactée par les syndicats comme ils le prétendent publiquement. Ils sont libres d’aller voir chaque directeur de magasin pour solliciter une deuxième rencontre. (…) La grève est régie par des règles bien précises. Quand on donne une délégation de pouvoir à un dirigeant dans un établissement, si moi je m’implique dans les négociations, c’est aller contre la loi. Donc en fait, ce que les syndicats me demandent, c’est d’aller à l’encontre de la loi » déclare Nancy Wane.

« On espère qu’avec cette journée, ça va se débloquer, s’il faut continuer, on continuera » ajoute Chantal Ararui.

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