mardi 30 novembre 2021
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En Polynésie, un cadre gagne 3,6 fois plus qu’un ouvrier

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L'institut de la statistique vient de publier une étude qui révèle les inégalités salariales en Polynésie. Malgré un salaire moyen de 263 900 Fcfp net par mois en 2018, les différences de salaires sont très marquées : les femmes gagnent moins que les hommes, les salariés des familles nombreuses et ceux résidant hors zone urbaine à Tahiti sont moins bien rémunérés et les salaires du secteur public sont en moyenne 40% plus élevés que ceux du secteur privé.

Publié le 24/11/2021 à 9:34 - Mise à jour le 25/11/2021 à 9:06
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L'institut de la statistique vient de publier une étude qui révèle les inégalités salariales en Polynésie. Malgré un salaire moyen de 263 900 Fcfp net par mois en 2018, les différences de salaires sont très marquées : les femmes gagnent moins que les hommes, les salariés des familles nombreuses et ceux résidant hors zone urbaine à Tahiti sont moins bien rémunérés et les salaires du secteur public sont en moyenne 40% plus élevés que ceux du secteur privé.


Un salaire moyen en Polynésie inférieur à celui de la métropole

Le salarié polynésien gagne en moyenne 263 900 Fcfp net par mois selon les chiffres de 2018, tandis qu’en métropole, un salarié touche en moyenne 285 400 Fcfp, soit 7,5% de plus. Le SMIG polynésien est également moins élevé que son équivalent métropolitain, soit 132 900 Fcfp contre 145 200 Fcfp net par mois. Un constat paradoxal alors que le coût de la vie en Polynésie est plus élevé qu’en métropole de 39%.

Et si le salaire moyen en Polynésie est équivalent à deux fois un SMIG, la moitié des salariés polynésiens gagne cependant moins de 201 500 Fcfp net par mois. Par ailleurs, la distribution des revenus est plus éclatée au fenua : on y compte davantage de salariés mieux payés que dans l’hexagone, en proportion du nombre total de salariés. Ainsi, les 10% des mieux payés gagnent plus de 457 300 Fcfp net par mois tandis qu’à l’inverse, 10% des salariés polynésiens ont un revenu inférieur au SMIG.

Des salaires plus élevés dans le public que dans le privé

Un salarié du secteur public gagne 40% de plus qu’un salarié du privé, rapporte l’ISPF dans son étude. En 2018, le salaire moyen dans le privé est de 234 200 Fcfp contre 328 800 Fcfp dans le public. Et ce sont les fonctionnaires d’Etat qui ont les salaires les plus élevés dans le secteur public, soit 402 200 Fcfp en moyenne, contre 291 400 Fcfp pour les autres salariés du même secteur. Une partie des salariés d’Etat sont des métropolitains venus en Polynésie pour des contrats de deux ou quatre ans. Leur salaire est alors plus élevé qu’en métropole pour compenser l’écart du niveau de vie avec le fenua.

A contrario, l’hôtellerie, la restauration et le secteur primaire sont les secteurs les moins rémunérateurs. Les contrats sont souvent courts ou précaires et les salaires moyens tournent autour de 156 000 à 168 000 Fcfp.

En Polynésie aussi, les femmes gagnent moins que les hommes

Les chiffres d’avant crise révèlent que le salaire net moyen d’un Polynésien s’élève à 268 000 Fcfp par mois contre 258 100 Fcfp pour une Polynésienne, en 2018. Un écart de 3,7%. Les femmes sont également moins bien représentées dans le monde professionnel puisqu’elles ne représentent que 41% des salariés et 34,5% des cadres. De plus, sur les 1% des Polynésiens les mieux rémunérés, seuls 15% sont des femmes.

Néanmoins, elles représentent 48% des salariés du public. Les Polynésiennes sont aussi plus diplômées que leurs homologues masculins : 29% ont un diplôme de l’enseignement supérieur contre 19% chez les hommes. Mais à diplôme équivalent, les femmes ont un salaire plus bas. Les détentrices d’un diplôme de l’enseignement supérieur gagnent en moyenne 357 500 Fcfp net par mois. Un salaire qui s’élève à 454 900 Fcfp pour les hommes, soit un écart de 21%.

Un meilleur salaire pour les mieux diplômés et les plus expérimentés

Comme en Métropole, le niveau du diplôme influence les salaires en Polynésie. Un titulaire d’au moins un bac+3 gagne en moyenne 458 200 Fcfp net par mois contre 183 700 Fcfp pour un salarié non diplômé.

Par ailleurs, l’ancienneté et l’expérience influent aussi sur les salaires. En moyenne, le salaire des 15-25 ans est de 153 400 Fcfp par mois en Polynésie, contre 409 900 Fcfp pour les 55-65 ans. Les plus de 55 ans gagnent ainsi 2,7 fois plus que les jeunes de moins de 25 ans. Un rapport qui s’abaisse à 1,9 en Métropole, où les écarts de salaires sont moins importants.

Autre constat : un cadre gagne 3,6 fois plus qu’un ouvrier, un écart de salaire conséquent et qui s’élève à seulement 2,2 en métropole.

Des revenus moins élevés dans les familles nombreuses et hors zone urbaine

Les salariés des ménages nombreux ont des revenus plus faibles. Les Polynésiens qui vivent dans des ménages comptant 6 personnes ou plus gagnent en moyenne 191 900 Fcfp. A contrario, les salariés vivant dans des foyers comptant une ou deux personnes gagnent 286 000 Fcfp.

Le lieu d’habitation influe aussi sur le salaire des Polynésiens. Ceux qui résident dans la zone urbaine de Tahiti, soit entre Paea et Mahina, gagnent en moyenne 290 500 Fcfp par mois en 2018. Sur le reste de Tahiti et à Moorea, le salaire moyen s’élève à 227 600 Fcfp et dans les autres archipels, à 229 200 Fcfp. Un constat qui s’explique par la plus forte concentration d’emplois qualifiés en zone urbaine : 66% des cadres, 77% des titulaires d’un bac+3 et 68% des fonctionnaires d’Etat y habitent.

De fortes inégalités sociales doublées d’un retard de développement humain

Le développement humain d’une région est estimé en fonction de trois axes : la santé, l’éducation et le niveau de vie. En Polynésie, l’ISPF estime que le développement humain est en retard par rapport à la métropole. L’espérance de vie d’un Polynésien est seulement de 74,7 ans et celle d’une Polynésienne de 79,1 ans. Des chiffres en dessous de ceux des autres départements et territoires français, à l’exception de Mayotte. En comparaison, un homme vit en moyenne jusqu’à 76 ans et une femme jusqu’à 81 ans en métropole, dans les DOM et en Nouvelle-Calédonie.

Le niveau d’éducation est aussi moins élevé en Polynésie comparé aux autres régions métropolitaines. 69% des plus de 15 ans ont un diplôme au fenua, contre au moins 75% dans le reste du territoire français.

On constate enfin que le niveau de vie en Polynésie est évalué à environ 86 400 Fcfp par unité de consommation d’un ménage. Un chiffre probablement sous-estimé selon l’ISPF et qui reste inférieur à ceux de métropole.

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