samedi 31 octobre 2020
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De la rue aux études : ancienne SDF, elle décroche sa licence en reo ma’ohi

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Elle est l’un des "oiseaux" que Père Christophe suit depuis plus de 20 ans. Brenda a connu la rue lorsqu’elle était adolescente et pendant de longues décennies. À 41 ans aujourd'hui, elle vient de décrocher une licence en reo ma'ohi, en parallèle d’un contrat d’aide à l’emploi en médiation culturelle. Rencontre.

Publié le 12/07/2020 à 15:00 - Mise à jour le 16/07/2020 à 15:51
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Elle est l’un des "oiseaux" que Père Christophe suit depuis plus de 20 ans. Brenda a connu la rue lorsqu’elle était adolescente et pendant de longues décennies. À 41 ans aujourd'hui, elle vient de décrocher une licence en reo ma'ohi, en parallèle d’un contrat d’aide à l’emploi en médiation culturelle. Rencontre.


« À l’âge de 16 ans, j’ai connu un gars dans la rue et c’est comme ça que j’ai vécu dans la rue. Je n’ai pas été chassée par ma famille. Bien au contraire. J’ai eu une bonne éducation, mais j’étais rebelle à cet âge-là », confie Brenda.

Est-ce une erreur d’adolescence qui l’a conduite à vivre en marge de la société ? Brenda n’est pas encore une adulte lorsqu’elle débute un parcours de vie en dents de scie. Pendant de longues années, elle a été l’une des SDF de Papeete. Une « Hombo » comme elle préfère le dire pour parler de son passé : « Je sais que pour certains, ce n’est pas évident. Les anciens avec qui j’étais sont toujours dans la rue. J’ai beaucoup de peine pour eux ».

Pendant 20 ans, elle a côtoyé les difficultés quotidiennes des sans-abri, les violences, la drogue et l’alcool, mais elle ne s’est jamais sentie en danger, confie-t-elle. Au fil des années, Brenda réalise qu’elle doit sortir de la rue. Il y a dix ans, elle choisit de reprendre des études, soutenue par les associations et Père Christophe. « Le fait de voir mes amis boire, fumer… je ne les pointe pas du doigt, mais ça m’a fait réagir. Il fallait que j’arrête tout ça. J’ai beaucoup regretté d’avoir arrêté l’école en 4e et décevoir les personnes qui ont toujours été là pour mon éducation ».

Rouvrir des livres et suivre des cours s’avère difficile, mais la jeune femme s’accroche : « C’est comme si je m’étais lancé un défi avec Père Christophe, alors il fallait que je donne tout ! (…) J’ai voulu abandonner à plusieurs reprises car c’était dur ». Les révisions se font à  la lueur des réverbères la nuit après les cours. Sa persévérance paye : elle obtient une équivalence du baccalauréat. « C’est une immense joie de voir que quelqu’un qui un jour décide peut arriver jusqu’au bout », confie Père Christophe, vicaire de la cathédrale de Papeete.

Dix ans après ce premier diplôme, Brenda se plonge à nouveau dans les livres du Musée de Tahiti et des îles. Depuis 9 mois, elle est en CAE (contrat d’accompagnement dans l’emploi) médiation culturelle et suit le travail des équipes scientifiques. « Elle est dans un environnement particulièrement studieux, d’études et de recherches. Comme je lui ai expliqué, je pense que c’est une bonne chose pour elle parce que ça lui permet d’avoir un cadre, d’être entourée de gens capables de l’aider et de lui apprendre des choses à la fois sur le patrimoine mais aussi sur des techniques de travail », nous dit Miriama Bono, la directrice du Musée de Tahiti et des îles.

En parallèle, Brenda vient d’obtenir à 41 ans une licence en reo ma’ohi. Un challenge débuté il y a 7 ans. Cette fois, toutes les matières sont validées. « C’était aussi une façon de dire à mes camarades dans la rue qu’on peut y arriver », admet-elle. « C’est certainement la seule que je connaisse qui ait passé sa licence, certes sur 7 ans, mais dont la moitié pratiquement vraiment à la rue » ajoute Père Christophe.

Depuis quelques années, Brenda a retrouvé un toit. Au terme de son CAE, elle espère continuer à ouvrir des livres et faire des travaux de recherches. Elle souhaite continuer le travail de traduction et l’élaboration de jeux éducatifs pour la jeune génération.

Comme Brenda, ils sont 6 « oiseaux de la rue » à suivre le chemin de la réinsertion. L’un d’entre eux est parvenu à décrocher un CDI, un autre un CDD de 6 mois avec promesse d’embauche. Les 4 autres suivent toujours leur formation en CAE. Reste pour eux la difficulté de trouver un logement…

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