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“C’est la Covid qui a tué les gens, c’est pas les taote” : le CHPF répond aux élus sceptiques

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Non les médecins ne pratiquent pas l’euthanasie et non, le vaccin ne tue pas assènent les soignants du CHPF. C’est que les interventions médiatiques de certains élus ne viennent pas soulager les efforts des soignants en pleine crise sanitaire. Alors que la tension en réanimation se maintient, les taote invitent à prendre le variant Delta pour cible au lieu de nourrir la division au sein de la population.

Publié le 15/09/2021 à 10:25 - Mise à jour le 15/09/2021 à 11:06
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Non les médecins ne pratiquent pas l’euthanasie et non, le vaccin ne tue pas assènent les soignants du CHPF. C’est que les interventions médiatiques de certains élus ne viennent pas soulager les efforts des soignants en pleine crise sanitaire. Alors que la tension en réanimation se maintient, les taote invitent à prendre le variant Delta pour cible au lieu de nourrir la division au sein de la population.

Déception du côté des médecins du CHPF en première ligne sur le front. Les sorties médiatiques de certains élus ne viennent pas leur faciliter la tâche, ni gommer la défiance d’une frange de la population, d’abord contre le vaccin et maintenant contre l’hôpital : “Il y a une crise de confiance au sein de la société polynésienne (…) Le but, c’est de soigner les gens, d’aider les gens, c’est pas de faire de l’euthanasie, c’est pas de majorer les décès, sinon, on est en plein délire. La population doit faire confiance à son hôpital, c’est le seul hôpital. C’est l’hôpital de dernier recours, si l’hôpital tombe, c’est beaucoup de choses qui peuvent tomber. On a un niveau de soin qui est un niveau de pointe, on a les ressources sanitaires qui sont venues nous aider et qui voient dans notre structure notre niveau de performance et d’équipement” indique Tony Tekuataoa, chef du service des urgences.

“Tout le monde souffre, ce n’est pas le moment de se diviser”

Tony Tekuataoa, chef du service des urgences

En ces temps de crise, le médecin appelle à l’unité plutôt qu’à la division : “On fait tout ce qui est possible de faire à l’hôpital pour soigner les gens. Il ne faut pas croire qu’on n’est pas en souffrance nous non plus quand on voit autant de patients partir. (…) Tout le monde souffre, ce n’est pas le moment de se diviser”. Et concernant les soupçons d’euthanasies évoqués par Tony Géros, le maire de Paea, Tony Tekuataoa exhorte à ne pas se tromper d’ennemi : “On a été dans une situation très critique avec une explosivité de l’épidémie, avec des gens qu’on a dû accompagner. C’est la Covid qui a tué les gens, c’est pas les taote. (…) Mais par contre, on se doit d’accompagner les gens quand il n’y a pas de ressources ou de possibilités réanimatoires. C’est un accompagnement que l’on doit faire, et on est tenu de le faire par la loi, mais ce n’est absolument pas une euthanasie active”.

(Crédit photo : Esther Cunéo / Tahiti Nui Télévision)

Et d’ajouter : “D’ailleurs, dans ses dernières paroles, tavana Géros soutient l’hôpital parce que quand il y a des formes graves, c’est l’endroit où on soigne les gens les plus graves, donc, évidemment, on a des chiffres de mortalité qui sont au-dessus des autres structures, mais c’est normal. (…) Si on fait les calculs aujourd’hui, 1 200 patients hospitalisés sur moins d’un mois avec une durée moyenne de séjour assez longue, avec 900 patients qui sont sortis, 290 décès, moi, je trouve que le bilan est plutôt positif. (…) Malheureusement, même en période non Covid, tout le monde n’a pas accès à la réanimation en fonction des comorbidités, des maladies”.

97% des patients hospitalisés en réanimation ne sont pas vaccinés

Au rang des inquiétudes de la population, il y a également le décompte du nombre de décès, ouvertement remis en question par le maire de Bora Bora, Gaston Tong Sang : “Je pense que les décès qui ont eu lieu à domicile et qui n’ont pas été testés sont probablement des décès liés au Covid” admet Tony Tekuataoa. Quant au nombre de morts, plus élevés au CHPF que dans les structures périphériques, il est forcément plus élevé fait remarquer le chef du service des urgences. Ça revient à dire que plus il y a de médecins, plus il y a de malades. À un moment donné, il faut être réaliste. Les chiffres sont simples. 97% des patients qui sont hospitalisés en réanimation avec des formes graves ne sont pas vaccinés. Un archipel comme les Marquises a un taux de vaccination quasiment à 90% et on n’a pas de formes graves, on n’a pas fait d’evasan. Il n’y a pas d’hospitalisation en réanimation de patients marquisiens descendus des Marquises et evasanés. Je me fie aux chiffres. C’est la réalité, c’est palpable”.

“La tension diminue, mais la guerre n’est pas finie”

Tony Tekuataoa, chef du service des urgences

Si 150 patients sont encore hospitalisés, la pression de l’épidémie retombe lentement au fenua. Le CHPF a d’ailleurs commencé à désanctuariser les services. En témoigne le ralentissement des appels au centre 15, suivi des passages aux urgences. Pas de quoi baisser la garde pour autant : 40 patients sont toujours en réanimation. Aujourd’hui, “la tension diminue, mais la guerre n’est pas finie. Il faut être clair avec la population. Il y a, effectivement, une diminution de l’activité et de pression sur le numéro du 15, de l’appel d’urgence. (…) Au niveau des urgences, les flux se sont réinversés, on fait moins de Covid et plus de non Covid, donc c’est bien, ce sont des indicateurs qui poussent en faveur d’une diminution. Et il y a moins d’hospitalisations sur le secteur non réanimatoire, par contre, on reste toujours tendu sur le versant réanimatoire, c’est pour ça qu’on est vraiment dans la vigilance, parce que dès lors qu’on peut avoir une reprise d’activité, on peut avoir plus de patients sur la réanimation non Covid”. Il rappelle néanmoins que “la tension réanimatoire, elle est réelle. D’habitude, pour toute la Polynésie, 270 000 habitants, 5 archipels, c’est 24 lits, 18 de réa lourde, et 6 de réa de soins continus. Ce n’est pas 46”.

L’arrivée régulière de renforts de métropole ou encore de Nouvelle-Calédonie est toujours nécessaire pour soulager les équipes de l’hôpital : “il faut bien comprendre qu’après un mois et demi de crise, le personnel est assez fatigué et on a besoin d’une continuité de ces ressources. (…) On a besoin de renforts et on a aussi besoin de soulager les équipes qui ont tout donné et je les en remercie vraiment pour ça”.

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