A Taputapuatea, les familles préfèrent leurs jardins au cimetière pour enterrer leurs défunts

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C’est une coutume en Polynésie, en particulier dans les îles, mais elle devrait bientôt appartenir au passé. Les sépultures à domicile seront prochainement interdites par le Code général des collectivités territoriales. Si les municipalités ont jusqu’à décembre 2024 pour se conformer au texte, les mentalités peinent à évoluer. A Raiatea, la commune de Taputapuatea a ainsi mis à disposition un terrain, il y a plusieurs années, pour que les familles puissent enterrer leurs défunts. Mais les habitants préfèrent toujours garder leurs proches disparus auprès d’eux.

Publié le 08/09/2023 à 8:16 - Mise à jour le 08/09/2023 à 8:21

C’est une coutume en Polynésie, en particulier dans les îles, mais elle devrait bientôt appartenir au passé. Les sépultures à domicile seront prochainement interdites par le Code général des collectivités territoriales. Si les municipalités ont jusqu’à décembre 2024 pour se conformer au texte, les mentalités peinent à évoluer. A Raiatea, la commune de Taputapuatea a ainsi mis à disposition un terrain, il y a plusieurs années, pour que les familles puissent enterrer leurs défunts. Mais les habitants préfèrent toujours garder leurs proches disparus auprès d’eux.

La commune de Taputapuatea a mis à la disposition de ses administrés un terrain de 2 hectares, situé en hauteur avec vue sur la baie de Faaroa, pour qu’ils puissent y enterrer leurs morts. Les concessions sont gratuites et le site est entretenu par la municipalité. Ouvert en 2014, le lieu ne compte pourtant que 18 tombes à l’heure actuelle.

 « On a du mal à convaincre nos populations », constate le maire de Taputapuatea, Thomas Moutame, « pourtant, c’est gratuit. C’est la commune qui prépare tout : faire les caveaux, l’entretien. Mais chez les Maohi, la tradition est plutôt d’enterrer dans la cour, pas loin de la famille ».  

Enterrer un défunt, laisser partir l’être cher, et faire son deuil n’est pas chose facile. La population de la commune préfère donc inhumer ses morts à domicile. Les tombes fleurissent dans les cours et font partie intégrante du décor, comme l’explique cet habitant.

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« Ma maman est décédée l’année dernière. C’est une habitude d’avoir nos défunts près de chez nous. Si on les envoie au cimetière, on risque de les oublier. Chez toi, tu as le temps de venir les voir et de nettoyer les tombes », explique-t-il.

Si certains élus tolèrent encore les inhumations à domicile, la loi, elle, interdit cette pratique dès lors qu’un cimetière municipal existe.

« Pour le moment, on laisse faire »

« Pour le moment, on laisse faire », explique Thomas Moutame, « de notre côté, on essaye de les convaincre. Mais l’année prochaine sera la dernière année. Il n’y aura plus d’enterrement dans les familles. Il faut travailler dans les quartiers pour expliquer qu’il nous reste un an. Préparez-vous ».

« J’espère que cela ne va pas se faire », soupire un habitant, « la plupart des personnes, ici, ont l’habitude. Personnellement, j’aime bien qu’ils -les défunts, Ndlr- soient à côté de chez moi ». « On va se soumettre à la loi. On n’aura pas le choix », ajoute une autre.

Des dérogations peuvent être accordées, mais sous conditions, notamment en réalisant une étude des sols et un plan cadastral. Mais la plupart des familles de Taputapuatea devront se plier à la règlementation, comme l’ont fait celles de Uturoa depuis des décennies.

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