Pas de « dissensions », mais des « différences de caractère » au Tavini, assure Moetai Brotherson

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De retour de New-York, où il a rencontré pour la première fois l'ambassadeur de l'État devant la 4e commision de l'ONU, Moetai Brotherson a tempéré les propos d'Oscar Temaru dénonçant l' "arrogance" et l'attitude "colonialiste" de l'Hexagone. Invité de notre journal ce lundi, le président du Pays maintient la stratégie de dialogue avec Paris. Sur le plan local, il assure que le budget primitif est prêt à être déposé par son gouvernement, et réaffirme l'objectif de 600 000 touristes par an au fenua.

Publié le 10/10/2023 à 11:12 - Mise à jour le 10/10/2023 à 14:26

De retour de New-York, où il a rencontré pour la première fois l'ambassadeur de l'État devant la 4e commision de l'ONU, Moetai Brotherson a tempéré les propos d'Oscar Temaru dénonçant l' "arrogance" et l'attitude "colonialiste" de l'Hexagone. Invité de notre journal ce lundi, le président du Pays maintient la stratégie de dialogue avec Paris. Sur le plan local, il assure que le budget primitif est prêt à être déposé par son gouvernement, et réaffirme l'objectif de 600 000 touristes par an au fenua.

TNTV : Des scènes d’horreur ont lieu en Israël et dans les territoires palestiniens. Des Polynésiens ont même été témoins des conflits, ils ont pu échanger avec le député Tematai Le Gayic. À cette heure, que pouvez-vous faire de plus ?

Moetai Brotherson, président de la Polynésie française : « J’ai été en contact avec père Bruno et d’autres membres de la délégation depuis le début de ces événements malheureux. Je veux d’abord adresser tout mon soutien à toutes les populations qui ont été touchées de part et d’autre. J’ai transmis tout de suite les coordonnées des contacts au Ministère de l’Intérieur (Gérald Darmanin, ndlr) qui s’est rapproché du ministère des Affaires étrangères. Ils sont inscrits sur la liste des ressortissants français à évacuer d’Israël. Maintenant, les choses seront difficiles. Ce n’est pas évident, les conditions d’évacuation ne sont pas encore bien définies. On va attendre (aujourd’hui) de voir s’ils ne peuvent pas rejoindre le Portugal comme prévu » (ils passent finalement par la Jordanie, ndlr).

TNTV : On revient sur votre déplacement à l’ONU, devant la 4e commission. Une séquence marquée par la présence de l’ambassadeur de France. Mais sur le fond, pas de changement. N’avez-vous pas l’impression que c’est un dialogue de sourd ?

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Moetai Brotherson : « Non, pas du tout. J’oserai dire que M. de Rivière n’est que le messager qui transmet les directives de Paris. C’est avec Paris qu’il faut discuter. Sur le fond de ce message, il faut tout de même saluer le changement historique puisque ça fait 10 ans que la politique de la chaise vide était en pratique du côté de l’État français aux Nations Unies. Pour moi, le dialogue commence. Mais la diplomatie française est un paquebot, ça ne peut pas virer de bord à 180 degrés comme cela, en un an. ça va prendre un peu de temps, mais on va y arriver » .

TNTV : Une présence certes, mais une position qui ne change pas. Le président du Tavini Huiraatira Oscar Temaru a même déclaré que ce positionnement de la France était une honte. Vous vous êtes montrés beaucoup plus nuancé. N’est-ce pas là l’illustration des dissensions au sein du parti ?

Moetai Brotherson : « Non, il n’y a pas de dissensions, mais des différences de caractère. Je suis quelqu’un de modéré et ça ne va pas changer. Je suis un partisan du dialogue. Pour moi, ce qui est important, c’est qu’on a ouvert ce dialogue. Ensuite, chacun apportera ses arguments. Je ne suis pas allé à l’ONU en tant que militant Tavini mais en tant que président de tous les Polynésiens, y compris de ceux qui ne veulent pas de l’indépendance. On ne peut pas, comme l’a fait le président Fritch pendant toutes ces années à l’ONU, passer sous silence une partie de la population. Quand il s’exprimait à l’ONU, il ne parlait que des autonomistes. Quand je vais à l’ONU, je respecte les indépendantistes, mais aussi les autonomistes » .

TNTV : Vous représentez l’ensemble de la population, mais le but final est le referendum ?

Moetai Brotherson : « Le but final à l’ONU c’est d’aller mettre en place un processus de décolonisation et d’autodétermination. Ce n’est pas d’aller demander l’indépendance, c’est ici qu’elle va se décider » .

TNTV : Pensez-vous y arriver avant la fin de votre mandature ?

Moetai Brotherson : « Certainement pas, je l’ai dit dans la campagne. À mon avis, un referendum ne peut intervenir que d’ici 10 ou 15 ans » .

TNTV : Avant votre déplacement à l’ONU, vous vous êtes également rendu à Paris, puis à Washington. Cela n’a pas été vu d’un bon œil par l’opposition qui estime que l’action publique doit d’abord se concentrer ici au fenua. Que répondez-vous ?

Moetai Brotherson : « On parle des mêmes qui ont fait exactement les mêmes déplacements à leur époque. Sauf que quand moi, je me déplace à deux personnes, ils se déplaçaient à six personnes. Il faut être un peu sérieux, ce sont des gens qui sont en politique depuis bien des années. Ils semblent oublier qu’un gouvernement ne se résume pas qu’à une seule personne, comme dans les années Flosse où l’on avait un über président et des ministres qui étaient des marionnettes. Un gouvernement, c’est 10 personnes, une vice-présidente. Ce n’est pas parce que le président n’est pas là que les affaires cessent » .

TNTV : Un autre déplacement est prévu ce mois-ci. Le président Emmanuel Macron vous a invité, il recevra l’ensemble des élus d’Outre-mer le 20 octobre à l’Élysée. Confirmez-vous votre présence ?

Moetai Brotherson : « Je ne peux pas confirmer ma présence à l’heure où l’on se parle. Vous le savez, la semaine prochaine va s’engager le congrès du SPTO (South Pacific Tourism Organisation), le congrès du tourisme du Pacifique, auquel je participe. Il y a également les exercices budgétaires qui se profilent. Ce mercredi, nous allons transmettre le Rapport d’Orientation Budgétaire à l’Assemblée. ça va être un peu difficile pour moi d’être à Paris le 20 » .

TNTV : Votre gouvernement vise les 600 000 touristes, soit près de trois fois plus qu’actuellement. Un tel objectif n’est-il pas incompatible avec un tourisme durable ?

Moetai Brotherson : « Je ne vois pas ce qui vous permet de dire ça. 600 000 touristes, c’est un ratio raisonnable de touristes par habitants, d’ici à ce qu’on atteigne ce chiffre-là. Ce qui est déraisonnable, c’est de continuer ce que l’on fait aujourd’hui, à savoir envoyer 72% de nos touristes sur une seule destination. Ça, c’est déraisonnable » .

TNTV : Y a-t-il réellement les capacités d’hébergement dans les autres îles ?

Moetai Brotherson : « C’est là toute la stratégie touristique. Il faut créer ces hébergements, avec des pensions de famille et des petits hôtels dans les autres archipels. Il faut arrêter de concentrer toute l’activité touristique sur un seul archipel, sur une île » .

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