Nuihau Laurey : « Le consensus, après 4 mois de gouvernance, n’existe déjà plus »

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Le représentant non-inscrit, Nuihau Laurey était l'invité des journaux de TNTV, jeudi soir, pour commenter le déroulé de la première séance de la session budgétaire de l’Assemblée. L’élu dit être « resté sur-sa-faim » après le discours du président du Pays, Moetai Brotherson, qui, selon lui, n’a pas proposé de « solutions concrètes aux problèmes ». Il s’est aussi interrogé sur le climat au sein de la majorité, estimant que le « consensus », dans les rangs du Tavini, n’existait « déjà plus ». Interview.

Publié le 22/09/2023 à 12:53 - Mise à jour le 22/09/2023 à 12:59

Le représentant non-inscrit, Nuihau Laurey était l'invité des journaux de TNTV, jeudi soir, pour commenter le déroulé de la première séance de la session budgétaire de l’Assemblée. L’élu dit être « resté sur-sa-faim » après le discours du président du Pays, Moetai Brotherson, qui, selon lui, n’a pas proposé de « solutions concrètes aux problèmes ». Il s’est aussi interrogé sur le climat au sein de la majorité, estimant que le « consensus », dans les rangs du Tavini, n’existait « déjà plus ». Interview.

TNTV : Parmi les sujets évoqués par le président Brotherson, lors de la première séance de la session budgétaire : l’adaptation des filières traditionnelles, la réduction de la misère, mais aussi la protection de l’environnement et la transition énergétique. Attendiez-vous davantage de ce discours ?

Nuihau Laurey : « C’était un discours très court. Habituellement, l’ouverture de la session budgétaire permet au président d’exposer les grandes lignes de sa politique, sur le plan fiscal et économique. Généralement, c’est le président qui dicte les choix qui vont être opérés pendant la session. Dans le cas présent, le président a fait un discours très court avec, comme certains l’ont dit, beaucoup de généralités. Celui qui a volé la vedette, c’est un peu le président de l’Assemblée qui, lui, a fait des annonces. Des annonces qui ont même surpris le président Brotherson puisqu’il l’a aussi interpellé pendant les discours, notamment sur la proposition que le président de l’Assemblée a faite. Celle de supprimer le 29 juin comme date de célébration de la Fête de l’autonomie, ou du Pays, et de la remplacer par une date un peu plus religieuse, en indiquant que cette date du 29 juin ne faisait pas l’unanimité. Le président Brotherson lui a rappelé, et je pense qu’il a eu raison de le faire, que ce n’est pas en proposant d’office une autre date que cela va rassembler les Polynésiens. Il y a une deuxième chose intéressante. Le président de l’Assemblée a proposé la création d’une commission sur la décolonisation qui serait coprésidée par le président de la Polynésie française. Dans notre démocratie, il y a une séparation des pouvoirs : le législatif d’un côté, l’exécutif de l’autre, et le judiciaire. Là, le président du législatif propose au président de l’exécutif de coprésider une commission commune. Pour nous, ça n’existe pas. Après, sur le fond, durant ces deux discours, on n’a pas entendu grand-chose sur l’inflation, la cherté des prix et les choix économiques du gouvernement. Le président nous a renvoyés au débat d’orientation budgétaire qui aura lieu au mois d’octobre. Donc, effectivement, on est resté sur notre faim ».  

TNTV : Cette séance a donné le sentiment qu’il existait des divergences entre le président de l’Assemblée et celui du Pays. Les ressentez-vous au sein de l’hémicycle ?

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Nuihau Laurey : « On les ressent, on les voit et on les entend. Vos reportages le montrent de plus en plus clairement. Ça nous inquiète, car l’objectif de cette session budgétaire, c’est de donner les grandes lignes de l’action du gouvernement. Les élections sont terminées. Maintenant, on attend tous des actions concrètes : va-t-on augmenter la CST ? Baisser ceci ? Va-t-on changer le système des subventions ? Modifier les PPN ? On attend des solutions concrètes aux problèmes que se posent tous les Polynésiens. Proposer de créer une commission de décolonisation, on ne voit pas très bien l’utilité dans ce contexte. On voit cette divergence. Le président Brotherson a rappelé devant cette majorité qu’il était indépendantiste, car j’ai l’impression que certains en doute. Donc, ces divergences, on les voit et on est inquiet, car tout ce qu’on attend, c’est-à-dire les mesures concrètes qui vont s’appliquer à toute la Polynésie, est mis de côté ».

TNTV : Moetai Brotherson a appelé les cadres du Tavini à adopter une position consensuelle et non partisane lors de la 4ᵉ commission de l’ONU, en octobre. Si vous aviez l’occasion d’y participer, quel message auriez-vous souhaité faire passer ?

Nuihau Laurey : « Nous, on dit qu’avant d’aller à cette commission, avant de discuter de ce sujet, il faut régler les problèmes, ici, en Polynésie. Nous sommes compétents dans tous les grands champs d’intervention publique. C’est nous qui sommes compétents en matière de fiscalité, en matière sociale et en matière économique. Le gouvernement a supprimé la taxe sociale. Très bien. Maintenant, par quoi remplace-t-il le financement de la PSG ? Quelle est la politique de santé publique qui est proposée ? Pour l’instant, aucune réponse. J’ai l’impression, finalement, que, lorsque le président demande à sa majorité d’avoir une attitude plus consensuelle, cela prouve que ce consensus, après 4 mois de gouvernance, n’existe déjà plus ».

TNTV : Un collectif budgétaire a été examiné, jeudi, par la Commission du budget. Vous avez évoqué des irrégularités. De quel ordre sont-elles ?

Nuihau Laurey : « L’opposition était étonnée du fait, qu’il y a à peu près un mois, nous avons déjà voté un collectif budgétaire de 17 milliards. Et là, on nous propose un autre collectif d’1,2 milliard car, manifestement, certaines dépenses sociales n’avaient pas été prises en compte. Donc, on s’est interrogé sur ce second collectif. On nous a dit que les courriers s’étaient perdus et que c’était une erreur technique ».

TNTV : Est-ce fréquent ?

Nuihau Laurey : « Non, cela n’arrive pas souvent. On se pose vraiment la question de la réforme de la PSG. Manifestement, sur ce sujet, on n’a aucune indication ».

TNTV : Le président Brotherson a également évoqué certains dossiers initiés par l’ancien gouvernement comme le Village Tahitien ou l’organisation des Jeux du Pacifique de 2027. Des sujets qui « interrogent » pour reprendre ses propos, quant aux financements publics nécessaires. Le rejoignez-vous sur ce point ?

Nuihau Laurey : « On le rejoint sur le Village Tahitien, car, sur ce sujet, on est intervenu à de nombreuses reprises pour nous élever contre les choix qui ont été faits. Pour la première fois, l’exécutif, par la voix de son président, nous a indiqués que les choix qui ont été faits n’étaient pas les bons. Notamment le choix de permettre aux futurs investisseurs de racheter, dans 5 ans, l’ensemble de ces terrains, sans le préciser au départ. Sur ce point, on est satisfait. Sur le reste, encore une fois, il y a beaucoup d’annonces. Concrètement, sur le plan budgétaire, on ne sait pas comment cela va fonctionner. On n’a aucune ligne directrice sur la politique du gouvernement pour l’année qui vient. Et ça, c’est embêtant ».

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