vendredi 24 septembre 2021
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Nucléaire : Emmanuel Macron “assume”, un pardon en demi-teinte

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Ce n'est pas le mot que les victimes des essais nucléaires attendaient. Emmanuel Macron "assume" mais ne demande pas "pardon". "Je me méfie des facilités", a expliqué ensuite le Chef de l'Etat.

Publié le 27/07/2021 à 20:23 - Mise à jour le 27/07/2021 à 21:51
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Ce n'est pas le mot que les victimes des essais nucléaires attendaient. Emmanuel Macron "assume" mais ne demande pas "pardon". "Je me méfie des facilités", a expliqué ensuite le Chef de l'Etat.

Le discours final du Président de la République en Polynésie était très attendu, et principalement par les associations de victimes des essais nucléaires. Plus tôt dans la journée ce mardi, l’association 193 avait interpelé le Président à son arrivée sur l’île de Moorea.  “J’assumerai jusqu’au bout. Je m’exprimerai ce soir mais j’ai entendu“, avait-il déclaré.

Lire aussi : Emmanuel Macron sur le nucléaire : “j’assumerai jusqu’au bout”

Ce mardi soir, à la fin d’un discours très applaudi par l’assemblée présente, le Président a enfin abordé le sujet du nucléaire. Il a assuré avoir “entendu des doutes”. “J’ai vu des manifestants parfaitement pacifistes, respectueux (..) Le plus beau trésor que nous avons c’est la confiance et je sens qu’il y a une ombre portée à cette confiance (…) Je sais que vous ne direz pas les choses spontanément (…) je ne serai pas sincère avec vous si je ne parlai pas de ce doute qui s’est installé. Il y a un doute qui s’est installé avec la République, avec la France. Ce doute il est lié au nucléaire.”

Le Président l’a répété à plusieurs reprises, il souhaite “assumer”, “tout assumer avec vérité et responsabilité”. Mais les Polynésiens n’entendront pas le mot “pardon” cette fois.

“Je pense que les choix faits à l’époque par le général De Gaulle (…) étaient des choix forts et qui nous servent et je pense que c’est aussi utile pour la Polynésie française (…) Pour se doter, il fallait faire des essais. (…) Il est vrai que ces essais ont été faits sur le sol Algérien puis en Polynésie française (…) Je pense que c’est vrai qu’on aurait pas fait les mêmes essais dans la Creuse ou en Bretagne. On a fait les essais ici parce que c’était loin”, a-t-il reconnu.

On a fait les essais ici parce que c’était loin

Emmanuel Macron, Président de la République française

Néanmoins, le Président a reconnu “que la Nation a une dette à l’égard de la Polynésie française. Cette dette est le fait d’avoir abrité ces essais et en particulier les essais nucléaires entre 66 et 94 dont on ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres.”

Emmanuel Macron a tenu a souligner que les scientifiques et militaires de l’époque “ont pris alors les mêmes risques, se sont baignés dans les mêmes eaux.” Le Président estime qu’il n’y a “pas eu de mensonge, il y a eu des risques qui ont été pris parce qu’on ne les connaissait pas parfaitement (…) Je veux que nous nous inscrivions ensemble sur un chemin. Trop longtemps l’Etat a préféré garder le silence sur ce passé. Ce que je veux briser aujourd’hui c’est le silence. Je veux que tout le monde sache ce qui était su alors et ce qui est su aujourd’hui.” Cela avait déjà annoncé mais le Président l’a confirmé : les archives seront ouvertes.

Pas de pardon mais la confirmation des annonces déjà faites à Paris. Emmanuel Macron souhaite que les victimes soient mieux indemnisées : “J’ai entendu le faible nombre de dossiers instruits par le Civen. (…) Que les services de l’Etat puissent aller directement au contact (…) identifier les victimes et les aider à faire valoir ce qui leur revient. Ayant droit : les délais de dépôt des dossiers seront prolongés.” Il a annoncé le renforcement des moyens humains et financiers du Civen.

On n’ a payé des tas de choses. On n’a pas payé les gens qui étaient victimes.

Emmanuel Macron, Président de la République française

Emmanuel Macron l’avait expliqué dans la journées aux membres de l’association 193, “On ne peut pas tout prendre en charge de manière indifférencier (…) Les conditions sont élargies. Les victimes et ayant-droits, nous irons les chercher et accompagneront (…) je veux qu’on en finisse avec le pacte du mensonge. (..) On n’ a payé des tas de choses. On n’a pas payé les gens qui étaient victimes. (…) Il y a une dette mais je ne veux pas qu’elle soit prétexte à toutes les démagogies”

Par ailleurs, le Président l’avait annoncé lors de sa visite à l’hôpital de Taaone, et l’a répété lors de son discours ce mardi soir, la recherche sera développer concernant les cancers : “Nous devons faire davantage face aux nouveaux cancers (…) Je veux ce soir prendre un engagement vis à vis de vous. C’est permettre de développer de la recherche, des essais cliniques mais aussi des traitements ici en Polynésie française. J’ai souhaité que le gouvernement de la Polynésie française puisse s’appuyer sur les meilleurs spécialistes.” Une mission doit venir prochainement en Polynésie. Un partenariat nouveau en matière d’oncologie devrait être mis en place. Le Président souhaite développer un pole de cancérologie pour “répondre aux besoins de la population. Mieux prévenir, mieux diagnostiquer et mieux traiter les cancers.”

“L’Etat prendra à sa charge les couts exceptionnels de dépollution (…) parce que c’est juste”

Emmanuel Macron, Président de la République française

La santé, mais aussi l’environnement. L’Etat prendra à sa charge les couts exceptionnels de dépollution (…) parce que c’est juste”, a déclaré Emmanuel Macron. (…) Dès décembre notamment à Mangareva et Tureia, nous engageront le retrait des matériaux abandonnés par les armées depuis trop longtemps”

“Mon voeu le plus cher, et je le crois partagé par le plus grand nombre d’entre nous, est de tourner cette page, pour regarder l’avenir sereinement. Je souhaite que les familles qui se déchirent trouvent dans nos réponses le chemin de l’apaisement et de la paix“, avait déclaré dans son discours préliminaire le président du Pays Edouard Fritch.

Le discours du Chef de l’Etat n’a en tout cas pas convaincu ni apaisé Moetai Brotherson, député et membre du parti indépendantiste Tavini Huiraatira : “Un mot qui manque ce soit c’est le mot ‘pardon’. Les engagements pris par ailleurs sont ceux qui avaient déjà été annoncé. Il n’y a aucune surprise (…) je pense qu’Emmanuel Macron est un homme intelligent. Je pense qu’il peut encore évoluer sur cette question.”

“Aucune avancée dans son discours”

Père Auguste, président de l’association 193

Du côté de l’association 193, c’est la colère. Pour Père Auguste : “le Président Macron vient de raconter conneries qu’on entend depuis les essais nucléaires (…) L’ouverture des archives c’était déjà prévu par le Conseil d’Etat. Et les indemnisations, au travers de l’Etat administratif (…) seront encore une fois le lot du guichet unique (…) Aucune avancée dans son discours. Que de la démagogie et que des propos d’une certaine lourdeur qui pèse encore plus sur ce pays. Et le président Fritch ainsi que son gouvernement local, derrière le club des fans qui applaudissent depuis tout à l’heure, sent bien que rien ne va avancer (…)”

Ce que je souhaite ce soir, c’est que celles et ceux qui ont été victimes de ça m’accordent leur pardon.”

Emmanuel Macron, Président de la République

Interrogé suite à son discours sur l’absence de “pardon”, Emmanuel Macron a expliqué : “Je me méfie des facilités.(…) C’est trop facile (…) le plus important pour moi ce sont les femmes et les hommes qui ont eu à subir les conséquences. (…) On leur doit vérité et transparence. On doit les indemniser et les accompagner. (…) il faut être lucide, il y en a d’autres qui ont fait une rente politique de ce combat.”

C’est finalement lors de cette interview le mot “pardon” est lâché : “Ce que je souhaite ce soir, c’est que celles et ceux qui ont été victimes de ça m’accordent leur pardon.”

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