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Nucléaire : “Je crois qu’Emmanuel Macron est allé au-delà” du pardon, estime Edouard Fritch

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Invité de nos journaux, le président du Pays Edouard Fritch a réagi aux annonces du Président de la République Emmanuel Macron en Polynésie.

Publié le 29/07/2021 à 12:02 - Mise à jour le 29/07/2021 à 12:03
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Invité de nos journaux, le président du Pays Edouard Fritch a réagi aux annonces du Président de la République Emmanuel Macron en Polynésie.

L’une des grandes annonces du Président de la République est l’octroie du prêt et fonds de solidarité en faveur de la Polynésie. À quoi doit servir ce nouveau prêt ?
“Ce nouveau prêt vient en prolongation du PGE que nous avons mobilisé au mois de juillet et vient surtout garantir l’année 2022. Vous savez qu’il y a une nouvelle crise qui se prépare avec la flambée du Delta. Donc il faut se préparer à tout. j’espère qu’on n’arrivera pas aux mesures que nous avions prises au début d’année 2020 car ces mesures que nous avions prises il faut le savoir, nous coûtent 1 milliard de Fcfp par mois. C’est énorme. Et donc, nous nous devions au départ de pouvoir garantir donc l’année 2022. Mais au-delà du fonctionnement du Pays, au-delà des aides que nous attribuons, il y a deux gros dossiers qui sont en suspend et qui sont très importants pour nous : c’est le dossier Air Tahiti Nui, car vous savez que Air Tahiti Nui risque de connaître d’énormes difficultés dès 2022, qui nécessitent plusieurs milliards de soutien rapidement. Le deuxième dossier qui est important pour nous, c’est celui de la CPS. C’est vrai que le Président n’a pas parlé du remboursement des frais engagés par la CPS sur les anciens malades. Mais il nous l’a dit à Paris et il s’est engagé à Paris qu’effectivement nous mettrions en place une commission qui va évaluer exactement…”

La CPS évalue à 40 milliards les dépenses…
“C’était 40 milliards. Ça a beaucoup fluctué. Mais je crois qu’il faut qu’on définisse avec l’Etat sur qui allons nous poser le calcul de cette dette. Mais il s’est engagé. Il faut savoir que tel que nous sommes partis aujourd’hui, la CPS a d’énormes difficultés puisque les recettes sont largement inférieures à ce qui est nécessaire à la CPS pour payer nos allocations, payer les retraites et payer la maladie. Donc nous prévoyons sur cette deuxième tranche effectivement, un autre soutien à la Caisse de prévoyance sociale.”

Avec les 72 milliards de Fcfp déjà accordés l’année dernière par l’Etat, la facture pour le Pays va être salée. La Polynésie a-t-elle les moyens de s’endetter autant ?
“(…) Nous sommes encore capables, pour être simple, aujourd’hui, de faire droit à nos obligations de remboursement de ces emprunts. Et je l’ai dit au Président de la République : aujourd’hui ça devient une grosse nécessité pour le Pays car, je ne veux surtout pas que la CPS connaisse des difficultés parce que la CPS, ce sont des allocations pour nos enfants, des allocations pour nos vieux. Et puis Air Tahiti Nui c’est quand même le moteur du tourisme de notre Pays puisque plus de la moitié des clients qui viennent dans nos hôtels arrivent par Air Tahiti Nui. Donc nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de risque à ce niveau-là.”

Lire aussi – Discours d’Emmanuel Macron en Polynésie : l’essentiel des annonces

Concernant le nucléaire, pas de pardon au nom de la Nation pour les essais et les victimes du nucléaire. Pourtant c’est ce qu’attendant une partie de la population et les associations anti-nucléaire. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?
“Le vrai pardon je le connais en religion… Je crois qu’Emmanuel Macron est allé au-delà. Il a reconnu, et il est allé dans le détail, il a reconnu que les essais ont causé des difficultés ici en Polynésie parce qu’ils n’ont pas pu contrôler des tas de choses. Il a reconnu que nous avions besoin de réparation, il a reconnu que nous avions besoin, pour reconstruire, que l’Etat nous accompagne. Moi j’aime mieux regarder la pénitence de ce monsieur qui vient aujourd’hui et qui, avec toute humilité, vient nous dire ‘oui, il y a eu de vrais problèmes, je m’engage’. Il a dit un terme qui est quand même fort, il a dit ‘j’assume, je vais assumer’. Au nom de ces prédécesseurs, puisque cette affaire a commencé dans les années 60. Au nom de ces prédécesseurs, il assumera les difficultés que connait aujourd’hui le peuple polynésien. Et dans les mesures qu’il a annoncé. Effectivement, il n’y a que ce point du pardon qui préoccupe certains. (…) Si on veut regarder la population, qu’attend la population ? C’est d’être soignée. Quand on a un cancer, il faut se faire soigner. Lorsqu’on est dans la déprim’ parce qu’effectivement on est malade et qu’on a servi l’Etat, ce dont on a envie c’est d’être indemnisé. Le Président de la République nous a bien dit et tout le monde l’a entendu, ‘je vais tout faire pour que l’accès au dossier Civen de ces gens qui sont blessés dans leur chaire, puissent accéder facilement. Je vais mettre en place les moyens qui vont permettre aux Polynésiens de constituer rapidement leur dossier’. Il a annoncé que le Civen disposera de moyens financiers supplémentaires. Parce qu’il s’attend bien, et c’est son objectif, à ce que les dossiers qui seront indemnisés, soient beaucoup plus nombreux que ce que l’on connait aujourd’hui. Et puis à côté de ça, les moyens qui sont mis en place pour l’oncologie. Il s’est prononcé clairement sur la création d’un institut du cancer ici. L’institut du cancer ici, c’est quand même un outil qui va être fantastique pour nos médecins, mais surtout pour nos malades puisque ça va être un espace où des spécialistes de toutes parts vont pouvoir venir ici. je pense que monsieur Macron qui a un coeur sensible, il a vu cela, il est allé entendre et écouter ces associations sur le terrain. Je crois qu’aujourd’hui effectivement, les mesures qui ont été mises en place sont largement suffisantes pour justifier sa reconnaissance des faits nucléaires.”

Et on a l’assurance que ces promesses seront tenues ? Emmanuel Macron qui arrive à la fin de son mandat… C’est une des inquiétudes des personnes que l’on a pu entendre…
“Je l’ai dit que nous voulons aller très vite. Après la réunion, après les discours que nous avons prononcé à la Présidence, il m’a demandé qu’avec le haut-commissaire nous puissions mettre en place un comité de suivi. Il veut que les annonces qu’il a faites soient suivies d’effets rapidement. Et on peut le faire. Je crois que pour l’institut du cancer, le président de l’institut national de cancer doit arriver en Polynésie, pas l’année prochaine. Il doit arriver à la fin du mois de septembre. Donc les choses vont s’accélérer et j’ai confiance parce qu’il faut avoir confiance. À un moment donné on ne peut pas rester que dans la résistance, taper des pieds et rouspéter. Je crois qu’à un moment donné il faut pouvoir avoir confiance. Et cet homme est un homme plein d’humilité. C’est un homme qui a je crois, compris la Polynésie française. Et qui a surtout apprécié l’accueil bienveillant que nous lui avons préparé.”

Le Président a beaucoup parlé de la mise en place d’une stratégie d’alliance Indo-Pacifique. De quoi s’agit-il concrètement ?
“Il a expliqué en partie. Moi je vais vous dire une chose : ce qui m’intéresse dans cet axe Indo-Pacifique, c’est que notre pays soit protégé. Il l’a dit à un moment-donné : ‘malheur aux tout petits’. Parce que, effectivement, on va se faire envahir si on ne développe pas cette politique de protection des populations, et puis de développement derrière. Nous allons être submergés et on n’entendra plus parler de la Polynésie française. Donc on va, dans le cadre de cette politique Indo-Pacifique, je lui ai demandé qu’on puisse détailler les actions que nous pouvons mener.”

Cela peut remettre en question le projet aquacole de Hao ?
“Sur le projet aquacole de Hao, le président se fait beaucoup de souci, et je pense que c’est fondé quelque part. Sur la technologie elle-même de l’élevage de poissons, il se fait du souci sur l’origine des fonds qui vont être investis ici en Polynésie. Puis, effectivement il est soucieux des retombées pour la Polynésie française de la mise en place de cette ferme. Moi ce que je lui ai dit, c’est que nous avons besoin de l’aquaculture. Aujourd’hui nous ne pouvons pas exporter nos poissons de lagon parce qu’ils sont atteints de la ciguatera. Il y a un risque énorme. Nous ne pouvons pas exporter donc nous avons besoin par contre d’un appui fort pour que l’aquaculture et la pisciculture c’est-à-dire l’élevage en milieu fermé des poissons, puisse se faire dans notre pays. Je crois qu’il a bien entendu le message.”

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