jeudi 21 janvier 2021
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Moetai Brotherson regrette que les aides de l’État ne soient pas indexées

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Le député Moetai Brotherson était notre invité en plateau mardi soir. Nous avons fait un point avec lui sur la situation sanitaire et économique du fenua, mais aussi sur le procès en appel de Radio Tefana.

Publié le 25/11/2020 à 10:25 - Mise à jour le 25/11/2020 à 14:10
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Le député Moetai Brotherson était notre invité en plateau mardi soir. Nous avons fait un point avec lui sur la situation sanitaire et économique du fenua, mais aussi sur le procès en appel de Radio Tefana.

La Polynésie a évité un deuxième confinement. Les autorités locales ont-elles fait le bon choix selon vous ?
« C’est toujours difficile de refaire le match une fois qu’il est joué. Personnellement je n’aurais pas fait les choses de la même manière. On voit aujourd’hui la différence de situation entre la Nouvelle-Calédonie et nous. Il n’y a pas de morts en Nouvelle-Calédonie. Les gens circulent librement. Ils fêteront Noël normalement. Chez nous on a fait le choix de rouvrir les lignes internationales sans quatorzaine et ça a provoqué cette deuxième vague meurtrière. Donc je n’aurais pas fait les choses de la même manière. Les budgets finalement qu’on a mis pour aider l’économie qui est touchée du fait de la réouverture des lignes et de cette deuxième vague, on aurait peut-être pu mettre ces sommes à aider les entreprises du tourisme et aider notre compagnie aérienne qui auraient été impactées de toute façon. Ça c’est pour le passé. La situation présente, elle est ce qu’elle est. Il faut absolument respecter les gestes barrières. Il faut se laver les mains. On l’oublie souvent, on se focalise sur les masques, mais c’est très important de se laver les mains souvent. Il faut également développer la médecine de proximité par rapport à la gestion du covid. On ne va pas envoyer tout le monde à l’hôpital, donc il faut aussi que les gens puissent être traités chez eux, et être traités correctement. Je crois qu’il faut enfin sortir de ce faux débat sur l’hydroxychloroquine. Personnellement, des gens qui se sont traités à l’hydroxychloroquine, j’en ai tout un tas autour de moi. Ils s’en portent mieux aujourd’hui. Donc il faut peut-être arrêter ce débat-là. Je peux comprendre qu’en mars on a voulu éviter de conseiller l’hydroxychloroquine parce qu’on avait peur que les patients qui ont des pathologies qui nécessitent ce médicament tous les jours en soient privés. Mais depuis, on a pu en faire venir des stocks, donc je crois qu’il faut un peu changer de braquée. Et puis il faut que l’économie puisse se maintenir. »

En parlant d’économie, est-ce que vous estimez que la solidarité nationale joue suffisamment son rôle ici ? Le Medef souhaite notamment que le chômage partiel soit appliqué au fenua.
« C’est un souhait qu’on peut comprendre. Il faut des amortisseurs sociaux. Il y a une complémentarité entre les dispositifs locaux et les dispositifs nationaux. Moi ce que je regrette, c’est qu’on a ici des salaires qui ont été indexés, par contre les aides de l’Etat ne sont pas indexées, alors que le différentiel du coût de la vie, il est réel. Donc on a le même niveau d’aide ici qu’en métropole et c’est quand même regrettable. Il faut je pense, à situation exceptionnelle, imaginer des dispositifs qui vraiment permettent de sortir du carcan constitutionnel qui est le nôtre parce qu’on a toujours cette espèce de dispute sur les compétences locales et les compétences de l’Etat. A un moment donné, le virus, que ce soit l’Etat ou le gouvernement local, il s’en fout, il vous frappe de la même manière. Donc il faut sortir de ces débats de clocher. »

Les parlementaires et le gouvernement central sont-ils attentifs à la situation en Polynésie ?
« Le gouvernement central est très attentif et au moins il sollicite l’ensemble des parlementaires, ce qui n’est pas le cas du gouvernement local. Je n’ai à aucun moment été sollicité par le gouvernement local pour mener une réflexion. J’imagine que peut-être mes collègues de leur majorité ont été sollicités mais si c’est ça leur vision de la démocratie, ce n’est pas la mienne. En tout cas, le nouveau ministre des Outre-mer a pour l’instant toute ma confiance. C’est quelqu’un d’intelligent, quelqu’un qui est à l’écoute. J’ai fait une intervention dernièrement à l’Assemblée nationale pour interroger l’Etat sur éventuellement la mise en œuvre des accords FRANZ et éventuellement faire venir des personnels médicaux de Nouvelle-Zélande et d’Australie, et peut-être de Cuba. Là c’est en-dehors des accords FRANZ, mais ça relève du domaine de l’Etat. L’accueil de cette demande a été positif. Pour l’instant, dans la mesure où le gouvernement local ne demande pas, ce n’est pas mis en œuvre, mais si on évoluait vers ça, je pense que voilà. »

Dans un tout autre domaine, ce mercredi s’ouvre le procès en appel de Radio Tefana. Un procès qui fait réagir d’autres stations radiophoniques comme Hiti FM qui prévoit de fermer. Ce sont deux radios de proximité qui sont bien placées dans les sondages. Comment analysez-vous cette situation ?
« À l’ère de l’information, à l’ère de la démocratisation de l’information, ce qui est en train de se tramer au niveau judiciaire va conduire finalement à la suppression de la liberté d’expression, à la suppression du pluralisme de la presse et à la suppression de tout un volet culturel qui est assumé par ces radios de proximité. Je sais qu’il y avait d’autres communes qui voulaient, notamment dans les îles, lancer des radios locales. Je pense que tout le monde est en train de regarder ce qui va se passer cette semaine. »

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