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L’ONU va-t-elle sermonner la France ?

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Publié le 30/09/2016 à 5:53 - Mise à jour le 30/09/2016 à 5:53
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Que dit, pour le moment, le projet de résolution des Nations-Unies ? Il est bien sûr inspiré par les indépendantistes, au premier rang desquels Richard Tuheiava, influent auprès du comité des 24 de l’ONU. Le projet rappelle donc « le droit inaliénable du peuple de la Polynésie française à l’autodétermination ». Il « réaffirme les droits inaliénables du peuple de la Polynésie française à la propriété, au contrôle et à l’utilisation de ses ressources naturelles », notamment sous-marines. Il rappelle aussi les « importantes retombées sanitaires et environnementales des essais nucléaires ». Mais surtout, ce texte, encore une ébauche, reproche à la France, en langage diplomatique, de ne pas coopérer au processus d’autodétermination. A mots à peine couverts, les reproches pleuvent sur l’Etat à la dernière page du projet de résolution.
 
La France, qui avait boudé les rendez-vous diplomatiques liés à la Polynésie ces dernières années, devrait être cette fois bien présente, à travers son ambassadeur auprès de l’ONU.
 
Mardi, Edouard Fritch (qui arrivera dimanche soir à New York) disposera de dix à douze minutes pour convaincre la 4ème commission des Nations-Unies, celle qui examine les questions de décolonisation. Mais pour lui, la Polynésie française n’a pas besoin d’être décolonisée. Il devrait souligner sa très large autonomie. Une autonomie suffisante pour que la Polynésie soit intégrée comme membre à part entière du Forum des Îles du Pacifique, un mois plus tôt, alors que le Forum n’acceptait jusqu’à présent que des îles indépendantes. Un argument de plus dans la besace d’Edouard Fritch, qui rappellera sans doute aussi que les autonomistes ont gagné les dernières élections.
 
Mais il ne sera pas seul aux Nations-Unies. Loin de là. Oscar Temaru, parti dès jeudi soir, est arrivé vendredi à New York. Et le leader indépendantiste est bien entouré : Richard Tuheiava et Moetai Brotherson, ses deux spécialistes des relations internationales, sont arrivés samedi. Tout comme Antony Géros, Chantal Galenon, Eliane Tevahitua, Tina Cross et Justine Teura, tous venus au titre d’un mandat municipal ou comme représentant d’une association, et tous sur la ligne politique d’Oscar Temaru.
 
Et ce n’est pas tout : la liste des « petitioners », ces Polynésiens qui parleront devant l’ONU, s’allonge avec l’avocat Stanley Cross, le président de l’association « Blue Djeuns no Maohi Nui » Puarai Taerea, le professeur de tahitien à l’université de Hawaï Steve Chailloux, le roi de la procédure Yves Conroy, le syndicaliste et membre du CESC Patrick Galenon, Le Père Auguste Carlson pour l’association 193, et Maxime Chan, au titre de l’association Te Rau Atiati.
 
Chacun aura droit à trois minutes de temps de parole, et on peut supposer que tous défendront des arguments opposés à ceux d’Edouard Fritch. Sur le papier, ils cumuleront plus de trois quarts d’heure de temps de parole : quatre fois plus que le Président. Et parleront après lui. Sans compter des « invités surprises », qui devraient s’exprimer aussi, plus une douzaine d’autres sympathisants polynésiens, venus pour soutenir cette délégation déjà fournie.
 
Qui convaincra ? Edouard Fritch parviendra-t-il à adoucir le ton de la résolution à l’égard de la France, et par ricochet, à l’égard des autonomistes ? Oscar Temaru et ses proches, plus aguerris à l’ONU, convaincront-ils au contraire les Etats de maintenir la résolution aussi ferme ? Dans cette deuxième hypothèse, France et Polynésie pourraient s’engager sur un chemin « à la calédonienne » : un long processus qui pourrait déboucher sur un référendum au fenua. A condition bien sûr que, sous la pression onusienne, la France s’asseye à la table des négociations, ce qu’elle n’a jamais fait sur cette question.
 
La résolution, modifiée ou non, devrait être soumise au vote en décembre, devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies.
 

Mike Leyral, envoyé spécial à New York

Richard Tuheiava, représentant UPLD à l’Assemblée de la Polynésie française, à son arrivée à New York

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