Jacky Bryant : « il faut une délégation permanente (de la Polynésie) à Bruxelles ou à Strasbourg »

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Pas de candidat polynésien sur les listes vertes aux Européennes mais Jacky Bryant apportera bien son soutien à la liste d'Europe Écologie Les Verts. Pour que les eurodéputés soient plus au fait des dossiers polynésiens, il souhaiterait qu'une délégation polynésienne soit mise en place au Parlement de Bruxelles.

Publié le 05/06/2024 à 13:14 - Mise à jour le 05/06/2024 à 13:25

Pas de candidat polynésien sur les listes vertes aux Européennes mais Jacky Bryant apportera bien son soutien à la liste d'Europe Écologie Les Verts. Pour que les eurodéputés soient plus au fait des dossiers polynésiens, il souhaiterait qu'une délégation polynésienne soit mise en place au Parlement de Bruxelles.

Tahiti Nui Télévision : Pourquoi, comme en 2019, n’y a-t-il pas de candidat polynésien sur les listes vertes ?
Jacky Bryant, soutien local de la liste d’Europe Écologie Les Verts, secrétaire général du parti Heuira Les Verts : « Parce que cela ne nous a pas semblé être un élément fondateur de notre engagement pour l’écologie. Nous sommes en relation avec les Verts, qui sont devenus Europe Écologie, depuis plus de 30 ans. Donc, nous avons une affinité de longue date. Et ceux qui vont nous représenter au niveau du Parlement européen porteront nos réflexions et les souhaits que nous avons formulés dans le cadre de nos échanges. Donc, il n’y a rien d’exceptionnel, nous n’arrivons pas comme un cheveu sur la soupe dans cette affaire. »

TNTV : Vous soutenez Europe Écologie-Les Verts, une liste menée par Marie Toussaint. Y a-t-il une mesure environnementale qui figure dans cette liste et pas dans les autres ?
Jacky Bryant : « Alors, il y a énormément de points communs avec les autres listes. Par exemple, le FED, le Fonds Européen de Développement et Erasmus se retrouvent dans les autres programmes. Le programme PROTEGE, le programme BEST, ce sont des programmes qui existent, et l’ensemble des candidats pour les DOM-TOM revendiquent ce bilan. Mais la différence est fondamentale dans les choix pour lesquels nous souhaitons continuer à développer nos relations avec l’Europe. Par exemple, avec la communauté des communes de Teporionu’u, qui réunit sur Arue-Pirae-Papeete pour les eaux usées, nous avons reçu, par arrêté du pays, 2,2 milliards provenant du Fonds Européen du 12e FED. Sans cet argent, la communauté des communes ne pourrait pas assumer les frais, rappelons-le, c’est un devoir et une compétence de nos communes. Nous n’aurions pas eu la capacité de le faire. Nous voulons aussi continuer à travailler sur une autre piste qui nous semble fondamentale : la transition énergétique. Par exemple, l’hôpital de Taaone bénéficie du SWAC (Sea Water Air Conditioning), d’ailleurs, vous avez fait un reportage à ce sujet, il a été en partie financé par le FED. Aujourd’hui, c’est 600 millions d’économies d’énergie par an, c’est énorme ! Donc, nous sommes bien dans une logique de transition. Nous voulons aller plus loin. Nous voulons que le Fonds Européen prenne une nouvelle orientation, notamment sur la formation et l’éducation. Nous avons besoin de continuer à travailler sur la mise en place de l’autonomie énergétique du pays, mais nous avons aussi besoin de cadres. Pour former ces cadres, il faut des financements et c’est extrêmement important. Nous avons déjà la possibilité d’avoir des financements. »

TNTV : On l’a entendu, votre priorité, c’est la transition écologique. Cela ne semble pas être la priorité des électeurs au Fenua, au vu de vos derniers résultats aux élections. Comment susciter de l’intérêt localement sur ces sujets ?
Jacky Bryant : « Alors, est-ce qu’il suffit de constater les résultats des élections pour dire : « Ah, pfff, ça ne sert à rien, on va continuer à polluer notre atmosphère en achetant des voitures électriques avec un pot d’échappement qui va continuer à polluer » ? On peut avoir ce discours et continuer à fournir dans les PPN un certain nombre de produits pour lesquels il n’y a ni éco-score ni nutri-score. On peut continuer à apporter cette réflexion-là. Nous pensons que l’éducation et la formation sont des éléments essentiels pour convertir et accéder à cet axe fondamental. Comment gérer concrètement ce qui est la ressource principale de notre pays ? Les résultats des urnes, c’est une chose, mais au niveau de la Polynésie, nous ne sommes pas très performants. On le reconnaît, mais il faut continuer à travailler et à militer. Et lorsque je dis que cela fait 30 ans que nous avons des liens avec les Verts, ce ne sont pas nos résultats électoraux qui vont nous faire reculer sur la pertinence de nos choix. Un moment ou un autre, nous allons y arriver ! »

TNTV : Dans le programme que vous défendez, il est également question du nucléaire et plus précisément d’une cellule de gestion européenne des effets du nucléaire en Polynésie. Pourquoi élargir cette question à l’échelle européenne ? Qu’est-ce qui pourrait être fait de plus ?
Jacky Bryant : « La Polynésie fait partie de l’Europe avec la carte d’identité et le passeport que nous avons. Vous pouvez circuler partout dans le monde avec le passeport européen. »

TNTV : Mais au niveau du nucléaire, alors pourquoi l’élargir ?
Jacky Bryant : « Lorsque ceux qui seront élus iront en Europe, ils vont parler de l’agriculture, de l’énergie, de la transition énergétique, mais il ne faut pas parler de nucléaire ? Lorsque j’étais aux responsabilités en 2011-2013, je suis intervenu au Parlement européen pour poser la question de la responsabilité de l’État français et comment nous devons, nous, au niveau de l’Europe, apporter des éléments de réponse à ce moment-là. Toute la problématique, d’aujourd’hui, c’est sur la prise en charge de la troisième génération de nos enfants pour qui on a des suspicions de la modification du patrimoine génétique. Nous, tous seuls, on n’y arrivera pas. Il faut aller chercher des financements. »

TNTV : Vous avez proposé de créer une délégation polynésienne au Parlement de Bruxelles. Comment faire ? Comment est-ce que ça va se traduire ?
Jacky Bryant : « C’est fondamental. Nous avons une délégation à Paris, une délégation polynésienne. Chaque fois que nos élus se déplacent à Paris, ils organisent le déplacement à Paris. Aujourd’hui, pour aller chercher de l’argent, en Europe, à Bruxelles ou à Strasbourg, à quelle porte va-t-on frapper ? Vous n’avez rien du tout. C’est complexe. Il faut une délégation permanente, à Bruxelles ou à Strasbourg, de manière à ce que les Tavana […] soient au plus près de la réalité et qu’ils sachent commenter la gestion de ces dossiers-là. Lorsque les délégations se déplacent dans le cadre du syndicat communal, il doit y avoir une obligation d’aller à Bruxelles ou à Strasbourg pour comprendre le fonctionnement et voir quels sont les éléments qui sont susceptibles de répondre à leurs besoins pour financer des opérations dans leurs communes. »

TNTV : Et vous, vous aimeriez faire partie de cette délégation si elle est créée ?
Jacky Bryant : « Non, non, je ne suis pas un technicien. Notre démarche à nous, en tant que responsables politiques, c’est de donner une vision. Et de cette vision-là, aujourd’hui, est absente du fait qu’au niveau du Parlement européen de Strasbourg ou Bruxelles, nous n’avons pas cette délégation du Pays. C’est fondamental. Lorsqu’on a récupéré pratiquement 5 milliards avec le 12e FED, comment faire pour avoir les 5 milliards avec beaucoup plus de facilité s’il ya une personne sur place ? Donc ça traîne et c’est très long. Et donc il faut accélérer le temps pour pouvoir accéder rapidement à ces fonds »

 TNTV : On reste donc à Bruxelles. Actuellement, le groupe des Verts représente environ 10 % du Parlement européen, ce qui fait 72 eurodéputés. D’après les sondages, depuis les dernières élections, le parti a perdu des points. Il en aurait perdu 4, ce qui équivaudrait à environ 6 %. Comment expliquez-vous cette chute ?
Jacky Bruyant : « Alors, on peut se baser sur les sondages. Aux élections de 2019, le candidat en tête de liste était à combien ? Il était à 5 %. À la sortie des urnes, il était à combien ? 13 %. Donc les sondages, ça vaut ce que ça vaut. Mais il faut attendre les résultats des urnes. La seconde chose, dans le classement des élus qui sont dans le Parlement européen, quel est le classement qui est fait ? Vous verrez que ce sont les Verts qui sont les plus présents, les plus actifs, les plus réactifs et qui apportent une contribution à la démarche. C’est Marie Toussaint qui est classée en tête de liste par rapport aux actions qu’elle mène. Et donc, ce qui fait qu’aujourd’hui, on n’est pas focalisés sur ces sondages-là parce que sinon, tu restes chez toi et tu ne fais plus de politique. »

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